Partager

A quels moments et circonstances faut-il rire, sourire, rire et sourire, rire sans sourire, ou sourire sans rire ? Voilà une question qui, quoi qu’insignifiante de prime abord, perturbe pourtant le sommeil, sinon blanchit les nuits et rend poivre et sel les cheveux de bien des grands de ce monde : entre autres, les Chefs d’Etat, les politiciens, les diplomates…

Et pourquoi? Le sens et le souci du maintien et de la retenue, tout simplement. Car lorsqu’un homme “entre dans la cour“ de ces grands et devient dès lors influent, tous les regards sont désormais braqués sur lui, dès qu’il apparaît en public.

Aussi, le moindre de ses faits et gestes est suivi et surveillé à la loupe ; et le moindre de ses comportements ou attitudes est disséqué, analysé et commenté comme on le ferait d’un cobaye en laboratoire. Si bien que ces hommes en vue (les pauvres !) sont tenus de cogiter maintes fois avant de parler, d’agir, et même de rire ou de sourire.

Pourtant, toutes les formes de rire ou de sourire se font ici-bas. Et selon les circonstances, l’intention et l’action du moment, ils sont permis, voire recommandés souvent, du fait même de leur caractère libérateur. Mais comme dirait l’autre, ”mieux vaut un franc rire qu’un rire hypocrite qui peut tourner en éclats de voix“.


Le rire, une véritable thérapeutique

Mais au fait, que nous rapporte le rire, celui qui est franc, naturel et spontané, bien sûr? Selon un médecin, “le rire fait digérer, diminuer le taux de cholestérol et raffermir des traits du visage“.

Et rire en se pliant en deux? La réponse du médecin : “Cela contracte l’abdomen . C’est un moyen efficace de lutter contre la constipation, favoriser le fonctionnement des intestins et stimuler le foie, le pancréas et la vésicule biliaire“.

Et rire en se roulant par terre ? “Cela entraîne une sécrétion d’hormones aux propriétés anti-depressives, libère des morphines naturelles qui agissent contre la douleur, diminue le stress et améliore le sommeil”, nous renseigne le toubib. C’est dire que le rire est une thérapeutique infaillible pour celui qui le fait naturellement.

Faux rire, vrai sourire

Par contre ,rire à propos de tout et de rien relève tout simplement de l’ineptie, de l’idiotie, ou d’une politique de camouflage de sa vraie nature, dit-on. Bien sûr, il y a ceux qui sont naturellement portés sur le rire, et qui le font sans aucune intention de plaire ou de nuire : ces “phénomènes“ sont l’exception qui confirme la règle, pourrait-on dire.

Comme l’affirmait le dramaturge français, un certain Jean Baptiste Poquelin dit… Molière (1622-1673), “la nature nous est donnée, non pas pour en rire, mais pour sourire à la vie“. En effet, si, en dépit des aléas et revers de l’existence, il est affiché en tout lieu et à tout moment, le sourire, même figé, est un réconfort pour soi-même d’abord, ensuite pour les autres. Ce qui, hélas, constitue une performance difficile à atteindre, pour un humain dit ordinaire.

Cependant, un sourire, si amère soit-il, est préférable à un faux rire. Le célèbre acteur et comédien défunt, Balla Moussa Keïta (paix à son âme) en savait quelque chose. Bien qu’étant un homme atypique, il était pétri dans le moule de nos valeurs ancestrales de morale et d’éthique.

Aussi, lorsque de son vivant, on lui demanda un jour pourquoi il ne riait presque jamais, il répondit sans sourciller : “Parce que le rire doit être franc et spontané. Il doit jaillir sans qu’on s’y attende, sans qu’on puisse le retenir. C’est en cela qu’il est réparateur pour le coeur et salvateur pour l’esprit“. Combien il avait raison !…


Et le rire stéréotypé?

De l’entendement du comique français, André Issac dit Pierre Dac (1893-1975), “le rire fait sur commande (NDLR : entendez, le rire stéréotypé), c’est comme un masque sur le visage. Il dénote un vice de forme intentionnellement caché, dans un but assez cruel pour être honnête“. C’est dire que de par son intonation, il est souvent facile de faire la différence entre le rire authentique et le faux. Et il suffit tout simplement d’en être averti pour s’en rendre compte.

C’est dans ce sens qu’un autre humoriste français de renom, feu Michel Colucci dit Coluche (1944-1986), soutenait sans prendre de gants : “A vouloir vaille que vaille exhiber un rictus hideux en guise de souire, au risque de se déformer le portrait et de s’en faire mal au faciès, je préfère, quant à moi, m’abstenir, quitte à conserver ma mine d’enterrement et déplaire qui veut bien en être mécontent. Au moins, j’aurai la tranquille conscience d’être moi-même”.

Et Coluche concluait : “En tout cas, les sourires trop plats et affichés, les rires trop bêtes et voyants, à se décrocher les mâchoires, histoire de faire mal , de cacher son hypocrisie ou de vouloir plaire coûte que coûte, ce ne sont que des masques en papier. Et ces masques-là, c’est très peu pour moi”. No comment, comme dirait l’autre.

Oumar DIAWARA

25 Aout 2008