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La Faculté des Sciences Juridiques et Politiques continue de défrayer la chronique à travers son lot de violences quotidiennes: affrontement entre forces de l’ordre et étudiants, incendie volontaire, agression des responsables de l’administration. Dans la nuit du mardi au mercredi 6 février, elle a été encore le théâtre d’affrontement entre les policiers (appelés d’urgence pour sécuriser les bureaux de l’administration) et les étudiants.

Ceux ci étaient venus voir les résultats des réclamations. Paradoxalement, l’accès de l’université leur a été interdit. Ce qui provoqua des actes de violences tout au long de la nuit.

L’administration a proclamé avant hier un deuxième résultat des examens sur la base des réclamations. La déception était grande et cette désolation se lisait sur le visage des recalés. Apparemment leurs attentes n’ont pas été comblées. Certains d’entre eux nous l’ont confirmé.

Mais aux environs de 19 heures, les policiers ont quadrillé toutes les issues de l’Université, et ils cognaient dans le désordre tout ce qui bougeait. Ce qui provoqua une course poursuite jusqu’au niveau de la DAF du ministère de l’agriculture. C’est dans cette situation confuse que nous avons cherché à savoir ce qui s’est réellement passé.

Nous tombions sur une étudiante ensanglantée qui nous expliqua sa mésaventure : « j’étais venue voir mes résultats et vous voyez comment je suis blessée sans que je ne sache pourquoi. Avec cette réaction des policiers, l’administration se reproche évidemment quelque chose. Nous avons eu des informations selon lesquelles elle n’a pas traité toutes les demandes. Nous mettrons tous les moyens pour de bons résultats« .

Acculés jusque dans leurs derniers retranchements, les étudiants se sont repliés et ont brûlé des pneus un peu partout à travers le centre ville. Hier matin, la tension prévalait toujours à la FSJP avec la présence d’un important dispositif policier et les différents lycées des alentours ont été contraints de vider les lieux. Au dernières nouvelles, le domicile du doyen a été incendié dans la nuit du mardi au mercredi. Par rapport aux réclamations, un professeur qui a requis l’anonymat, nous a fait savoir que tous les cas ont été pris en compte.

Mais aujourd’hui la question est de savoir à quand la fin des hostilités? Les étudiants ne sont pas prêts à accepter les résultats , l’administration est décidée à redresser la barre, le ministre Amadou Touré s’en remet à l’arrêt de la Cour suprême. Dans ces conditions, comment résoudre le problème de façon définitive dans une université qui, depuis l’instauration du système universitaire au Mali, n’a pas cessé de dominer l’actualité sur le plan scolaire ? Tantôt ce sont les professeurs qui vont en grève en prenant les notes en otage, tantôt ce sont les étudiants qui profitent de la mise en place du comité AEEM pour régler leurs comptes entre eux.

La dernière année académique 2006-2007 n’a pas fait exception à la règle. La nouvelle administration dirigée par Harouna Dembelé, sitôt installée, devrait d’abord faire face à un conflit juridictionnel, relatif à sa légitimité. La prise en otage des notes par les professeurs a été un rajout aux nombreuses difficultés qu’elle doit gérer pour redresser la barre dans une université ou les conditions d’études laissent à désirer. Et depuis la proclamation des résultats en début du mois de Janvier, on assiste quotidiennement aux scènes de violence.

Et pour cause : les étudiants recalés rejettent à la fois ces résultats et la méthode adoptée par l’administration pour remplacer les notes prises en otage. Leur ras de bol se situait à un seul niveau : la volonté de l’administration de maintenir les calendriers des épreuves orales avant la proclamation des résultats sur la base des réclamations qu’ils ont déposées. Aujourd’hui ces résultats ont été proclamés , mais les étudiants les rejettent. Où se situe en réalité le problème ?

Voila une question dont la réponse permettra au ministre Amadou Touré de savoir les vrais maux dont la FSJP souffre.

O . Roger Sissoko

07 Février 2008.