Partager

Le changement que réclament les Maliens de tous leurs vœux n’est pas pour demain. Cela, quand on sait que les principaux acteurs de ce changement que sont les jeunes sont contraints à la corruption par des hommes malintentionnés et sans scrupule dans les facultés. Une illustration parfaite de cette triste réalité est la pratique mafieuse, malhonnête, indigne et malsaine qui se passe actuellement à la Faculté des Droits Privés (Fdpri) de l’Université des Sciences Juridiques et Politiques de Bamako (Usjpb).

Après la proclamation des résultats, c’est un véritable commerce de notes qui se déroule actuellement au sein de cette faculté. Des étudiants pointent du doigt certains cadres de l’administration, non moins enseignants dans ladite faculté. Ces cadres sans scrupule sont en complicité avec certains membres de l’Aeem et des responsables de classe.
Leur système consiste à soutirer des sommes allant de 75.000 Fcfa à 100.000 Fcfa aux étudiants qui n’ont pas été admis.

Un mal qui s’amplifie

En son temps, l’ancien Recteur, le Pr. Salif Berthé, avait mené un dur combat pour assainir l’Université des Sciences Juridique et Politique de Bamako, qui est gangrenée par une corruption sans précédent. Aujourd’hui, son successeur Abdoulaye Diarra, ainsi que le vice-Recteur Dr. Moussa Djiré continuent sur la même lancée, en vue de juguler le mal.
Au niveau de la Fdpri, le même combat est mené par le doyen Dr. Cheick Hamalla Fofana, le vice-doyen Alfousseyni Diawara, le chef de Der, Dr. Mamadou Samassékou….. Aussi plusieurs enseignants s’impliquent-ils pour réussir cette mission de salut public. Mais le chemin est difficile et le bout du tunnel bien loin.
En fait, tous les efforts entrepris par ces cadres pour lutter contre la corruption au sein de la Faculté des Droits Privés sont jusque-là compromis par un groupe mafieux composé de quelques responsables de ladite faculté, de membres de l’Association des Élèves et Étudiants du Mali (Aeem) et de responsables de classes.

La situation est telle que l’on constate que des étudiants ayant composé n’ont pas leurs noms sur la liste, alors que d’autres ont eu la note zéro (0) dans plusieurs matières sans justification. D’après nos sources, ces notes sont données sciemment pour obliger les étudiants à débourser pour obtenir réparation. En effet, les membres du fameux réseau mafieux mettent à profit le moment des réclamations pour soutirer aux étudiants des sommes allant de 75.000 Fcfa à 100.000 Fcfa. Un constat réel, à la fois amer et écœurant.

Les cris de détresse des étudiants nous ont amené à mener des investigations pour mieux cerner les pratiques du fameux réseau mafieux. Des étudiants nous ont dévoilé les noms de certains chefs de file dudit réseau que nous avons jugé nécessaire de taire, pour le moment, pour ne pas compromettre le cours de nos investigations.

FDPRI: le rectorat n’aurait pas été saisi d’aucune plainte

A la Fdpri, nous avons cherché à voir le Doyen Cheick Hamalla Fofana. Mais à notre passage à ladite faculté, M. Fofana était en dehors de Bamako. Il semble que sa maman venait de décéder et qu’il s’était rendu au village. Le vice-Doyen, Dr. Alfousseyni Diawara, qui a été nommé à ce poste il y a à peine un (1) mois a jugé nécessaire de ne pas se prononcer pour le moment sur ce phénomène dont l’éradication est une priorité à ses yeux.
Un autre responsable de la Fdpri qui a sollicité l’anonymat nous a confié que les résultats ne sont ni au niveau du Doyen, ni au niveau du vice-Doyen. Lesdits résultats seraient entre les mains des responsables du réseau de corrupteurs, qui occuperaient des postes de responsabilités au sein de la Fdpri.
Au cours de nos recherches, nous nous sommes rendus au Rectorat. Là, nous avons été informés que le Recteur Abdoulaye Diarra de l’Usjpb est en congé, mais nous nous sommes entretenus avec le vice-Recteur, Dr. Moussa Djiré.

Selon le vice-Recteur Djiré, le Rectorat ne reconnaît pas les résultats qui sont proclamés sans qu’il en ait été au préalable informés officiellement.
Aux dires du Dr. Djiré, avant la publication des résultats un contrôle en amont est effectué par le Rectorat pour constater si les notes données par les professeurs figurent réellement dans les fiches de résultats. Concernant les pratiques frauduleuses qui ont lieu à la Fdpri, le vice-Recteur a affirmé en avoir eu les échos à travers des rumeurs et que pour le moment le Rectorat n’a pas reçu de plainte de la part d’un étudiant.
« Le rectorat est toujours sur sa position de transparence. Au cas où il s’avère que des étudiants ont payé de l’argent ou veulent payer de l’argent pour être admis, qu’ils gardent leur argent. Nous sommes en train de poser tous les garde-fou pour que tout se passe dans la transparence », a affirmé Dr. Moussa Djiré.

Toujours selon le vice-Recteur, les résultats publiés comportent trop de zéros et d’irrégularités. Pour lui, la proclamation devrait prendre tout le temps nécessaire pour éviter ces irrégularités. Dr. Djiré se demande pourquoi les résultats de la Fdpri ont été proclamés dans la précipitation, sans les contrôles requis et sans que le Rectorat ait été informé au préalable.
« Il n’est pas question d’accepter les résultats qu’on va nous apporter dans ces conditions. Ceux qui prennent l’argent avec les étudiants répondront devant la justice », a mis en garde le vice-Recteur de l’Usjpb.
Au cours de nos recherches, des témoins nous ont fait savoir que le même réseau qui est trempé dans cette pratique honteuse prend aussi de l’argent (2.000 à 5.000 Fcfa) avec les étudiants en fin de cycle pour qu’ils puissent obtenir leurs attestations.

Les autorités sont interpelées à démanteler ce réseau de corrupteur qui pousse nos étudiants à la corruption et qui ternit l’image de cette Faculté des Droits Privés (Fdpri), appelée a former les futurs cadres du pays. Affaire à suivre !

Modibo KONÉ

Nouvel Horizon du 20 Septembre 2013