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La situation économique des pays en développement, notamment ceux situés au sud du Sahara devient de plus en plus difficile en raison de la conjugaison de plusieurs facteurs, endogènes comme exogènes.

En effet, il y a les problèmes de la gestion des affaires publiques sur fond de corruption et de détournement de deniers publics. A cela s’ajoutent les difficultés de certains de nos cadres chargés des questions de développement à prendre des initiatives allant dans le sens de la consolidation, voire du développement de nos acquis économiques à travers une meilleure exploitation de nos potentialités économiques.

Comme on le dit, ce n’est pas par coups de baguette magique que les questions économiques récurrentes seront resolues. Pour arriver à bout des situations économiques conjoncturelles, il faudra que les actions soient mises en oeuvre dans les règles de l’art et dans le strict respect des législations en vigueur. Même si ces conditions étaient réunies, cela ne suffirait pas, puisque nous sommes à une étape très critique du développement de notre économie, à l’instar de celle des autres pays de la sous-région. Nous devons donc aller dans ces conditions vers la diversification des productions.

UN ENVIRONNEMENT INTERNATIONAL CONJONCTUREL

Cela se justifie par les austérités économiques nées de la hausse des prix au plan international, notamment de ceux du pétrole, de la détérioration des termes de l’échange dans le cadre de l’OMC. Face à tous ces problèmes, il devient impérieux que nous ayons plus d’imagination, de créativité afin de pouvoir renverser cette tendance qui met les populations à rudes épreuves.

En effet, ces dernières années, partout dans la sous-région, on ne cesse de parler de la hausse des prix, de l’aménuisement du pouvoir d’achat des populations, certains ayant du mal à avoir la ration alimentaire journalière régulièrement. Une situation à la limite scandaleuse qui est en train de rendre l’existence quasi insupportable aux populations de différents pays africains, puisque les démunis comptent parmi les plus nombreux.

LE CAS DU MALI

Le Mali, à la différence de plusieurs pays, a des potentialités de développement inestimables, notamment dans le domaine de l’agriculture, de l’élevage, du maraîchage entre autres. Une erreur consisterait à focaliser son attention sur les perspectives de l’exploitation des ressources naturelles, en particulier l’or et le pétrole.

A partir de ces exploitations, il faut surtout voir des ressources financières additionnelles, mais éphémères. Elles doivent venir en appoint à nos efforts de recherche, d’innovation et d’exploitation au quotidien.

C’est sans doute pour cette raison que le président de la République accorde une importance particulière au développement de l’agriculture qui occupe le plus grand nombre de Maliens, donc génère beaucoup d’emplois et rapporte aux exploitants des biens en tant que moyens de survivance d’abord, ensuite sources de revenus. Par là, il importe surtout de considérer son apport dans la réunion des conditions de la sécurité alimentaire et partant, de l’autosuffisance alimentaire.

LA SOLUTION PAR LES AUGMENTATIONS DE SALAIRES?

L’expérience a prouvé que les augmentations successives des salaires s’accompagnent toujours des hausses de prix sur le marché. Mais puisque nous sommes à un moment où le coût de la vie ne cesse de s’élever face au pouvoir d’achat, il va de soi que les différents syndicats engagent des offensives pour réclamer davantage de rémunérations.

Au finish, nous l’avons remarqué, à tous les coups, ce sont les commerçants qui trouvent les moyens d’en tirer profit. Si bien qu’aujourd’hui on se demande ce qu’il faut vraiment faire pour obtenir une baisse substantielle des prix des denrées de première nécessité.

C’est justement à ce moment qu’au sein de l’opinion publique nationale on accorde une attention particulière aux actions qui sont menées au niveau du département de l’Economie du Commerce et de l’Industrie. Il faut reconnaitre que sa tâche n’est pas du tout facile dans un environnement hautement conjoncturel.

DES OPPORTUINITES DE DEVELOPPEMENT

Dans ce cadre, il ne faut pas négliger l’existence de structures de contrôle à même de favoriser une utilisation judicieuse des ressources de l’Etat dans l’intérêt exclusif des populations, notamment des couches sociales qui comptent parmi les plus démunies. Nous sommes à un moment où l’impatience gagne les populations.

Pourtant, la loi d’orientation agricole initiée par le président de la République vise cet objectif spécifique d’assurer la sécurité alimentaire qui est une étape vers la réunion des conditions de l’autosuffisance alimentaire. Dans ce sens, il y a certes eu beaucoup d’efforts d’aménagement des périmètres irrigués, un début de mécanisation de l’agriculture avec la création de deux usines de montage des tracteurs.


UNE OBLIGATION DE VIGILANCE

Mais, si dans certains cas des résultats tangibles sont obtenus, dans d’autres, il y a encore des attentes. Aussi, les opérations de pluies provoquées en soi sont aussi une bonne initiative, mais il semble que leur gestion a posé quelques problèmes.

Toute chose qui oblige les plus hautes autorités du pays à être désormais vigilantes à ce sujet. Aussi, la construction de ponts, digues, barrages et le désenclavement de certaines zones participent pour beaucoup à améliorer les conditions d’exploitation mais aussi de commercialisation des produits.

ACCELERER LA MISE EN ŒUVRE DU PDES

Malgré ces initiatives et efforts, il est nécessaire aujourd’hui d’accélérer la mise en œuvre du PDES en vue d’une prise en charge plus rapide des préoccupations socio-économiques de l’ensemble des populations. Rien de tout cela ne pourra réussir sans une gestion plus rigoureuse des ressources de l’Etat et une exécution correcte des mesures prises pour soulager les souffrances des populations.

Comme on le dit toujours, le Mali est un grand pays, c’est pourquoi nous devons avoir toujours la possibilité de réussir là où ailleurs il y a des difficultés. En effet, avec la volonté politique, l’engagement patriotique, nous sommes en mesure de transcender la plupart des difficultés; grâce à l’expertise des uns et des autres ainsi qu’au sacrifice qu’ils accepteront de consentir.

C’est pourquoi aujourd’hui, il est davantage difficile d’être ministre contrairement à ce que pensent certains, car l’activité ne donne plus aucun répit à ceux qui sont nommés à cet effet. D’ores et déjà, au-delà des déclarations de bonne intention, il faudra que chaque membre du gouvernement joue de façon efficiente sa partition.

C’est à cette seule condition qu’on verra rapidement le bout du tunnel, malgré la conjoncture internationale. Il s’agit, en effet, de faire en sorte de transformer nos handicapes en atouts. Or, il n’est pas sûr que tous parviennent à s’adapter rapidement à cette politique pragmatique de la gestion des affaires publiques. Cela est du ressort des personnes expérimentées, rompues à la tâche et ayant fait leur preuve partout où ils sont passés. En est-il toujours le cas aujourd’hui? C’est la question que beaucoup de gens se posent depuis un certain temps.

En effet, pour la mise en œuvre de son PDES, le président de la République a besoin de ceux qui ont une capacité d’adaptation rapide. Puisque si certains restent à la traîne, ils pourraient compromettre les efforts des autres, en raison du fait qu’ils doivent travailler constamment en parfaite harmonie. Est-ce toujours le cas? Le temps nous en dira.
D’ailleurs, les séminaires gouvernementaux organisés par le Premier ministre Modibo Sidibé visaient un tel objectif. Le Premier ministre ainsi que le président de la République ont effectivement besoin d’une équipe qui gagne pour traduire le PDES en actes concrets que les populations doivent ressentir. Alors, une accélération du rythme du travail gouvernemental s’impose.

QUELQUES ATOUTS ECONOMIQUES

On ne cessera jamais de le dire, nous avons de nombreux atouts qu’il faudra aujourd’hui exploiter au maximum pour changer qualitativement nos forces productives et nos rapports de production. En termes d’opportunités, on peut citer une meilleure gestion de nos productions, la transformation des produits locaux en fonction de nos besoins alimentaires. Tout cela n’est possible qu’à travers la diversification de la production, un facteur important de la bonne gouvernance démocratique.

Et aujourd’hui, fort heureusement, après plusieurs années de recherche sur l’exploitation économique du pourghère, l’espoir est là qu’une production intensive de cette plante peut être salutaire par rapport à nos besoins énergétiques, à un moment où la crise énergétique est en train de s’emparer de tous les pays à travers le monde, en raison de la hausse du prix de l’or noir. Toute chose qui explique d’ailleurs l’épuisement des réserves pétrolières à travers le monde.

En effet, aujourd’hui, dans plusieurs localités du pays, des milliers d’hectares de pourghère sont cultivés. En outre, les efforts sont en cours dans le cadre de la culture du tournesol, du soja entre autres. Là encore il y a des motifs d’espoir. Seulement ceux qui se sont investis dans ce domaine ont sans doute besoin de l’accompagnement de l’Etat.

Cela est très important quand on sait que ces cultures pourraient se substituées à celle du coton moins avantageuse aujourd’hui. D’ailleurs récemment, les promoteurs d’huileries du Mali viennent de dire qu’il y a une insuffisance criarde de la graine de coton. C’est pourquoi certains d’entre eux se sont lancés dans la culture d’autres plantes à partir desquelles on peut extraire l’huile alimentaire.

En outre, le développement du maraichage aura à coup sûr un impact sur la sécurité alimentaire et la diversification de la ration alimentaire, à travers, bien entendu un changement progressif d’habitudes alimentaires. Dans ce sens, il faut considérer le fait que l’abondance de la production de certaines denrées et la baisse de leurs coûts peuvent être incitatives pour les consommateurs à moyen terme.

Bref, il nous faut davantage d’imagination, d’engagement, de vigilance, de transparence, de créativité, de synergie et de technicité pour relever ensemble les défis actuels qui se posent à la nation entière et ce, dans l’intérêt de tous les Maliens. Nous en avons les moyens, puisque seule la volonté politique faisait défaut par endroits.

Moussa SOW

01 Avril 2008.