Partager

La tentative de musellement de la presse entreprise à travers les agressions sauvages sur les journalistes n’est que la première étape de l’instauration de la terreur dans notre pays. Réveillons-nous pendant qu’il est encore temps !

Ce sont de centaines de journalistes et autres professionnels des médias publics et privés ainsi que de personnalités politiques et d’associations de la société civile qui ont battu le pavé hier du siège du journal « L’Indépendant » en zone ACI-2000 jusqu’à la Primature.

Ils voulaient dénoncer le système de terreur qui s’installe petit à petit et qui va frapper petit à petit tous les citoyens sans distinction aucune si une solution radicale n’est pas trouvée pour le circonscrire. Une déclaration exigeant une enquête pour débusquer les auteurs des agressions des journalistes et la sauvegarde de la liberté de la presse a été remise au directeur de cabinet du Premier ministre.

« Non aux agressions des journalistes », « Les journalistes sont en danger », « Où sont le Premier ministre, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité« , étaient, entre autres, des slogans des marcheurs. La colère des manifestants, suite aux agressions des journalistes, s’est exprimée tout le long de la marche. Après la presse, c’est toutes les autres libertés qui risquent de s’envoler sous les coups de boutoir d’inconnus connus encagoulés.
Vers une liquidation de la démocratie

L’agression des journalistes maliens a atteint son paroxysme la semaine dernière avec l’enlèvement puis le passage à tabac du directeur de publication du quotidien « L’Indépendant » El hadj Saouti Haïdara par des individus encagoulés et armés. Cet éminent journaliste de 62 ans a eu le bras droit fracturé avec plusieurs contusions. Il est présentement à Dakar (Sénégal) pour y recevoir des soins appropriés.

Deux semaines auparavant, c’était Abdramane Kéita, directeur de la rédaction du journal « Aurore » qui tombait dans un guet-apens de tortionnaires. Il avait été entraîné jusque dans la zone aéroportuaire, battu et laissé pour mort. L’intéressé qui préparait son mariage, dit avoir été soulagé d’une somme de 1,3 million de F CFA.

La marche de protestation de la presse malienne, organisée mardi sous l’égide des organisations et organes de la presse se veut un signal fort à l’endroit du gouvernement de Cheick Modibo Diarra. En quatre mois seulement de gestion, ce gouvernement a, en effet, battu le record du nombre de journalistes agressés.

Birama Fall, directeur du journal « Le Prétoire », Baby directeur du journal « Agora », El hadj Saouti Haïdara et la liste n’est peut-être pas exhaustive. L’ire de la presse envers le gouvernement se justifie d’autant que depuis sa nomination le 24 avril 2012, le gouvernement CMD est installé dans l’immobilisme et est incapable d’assurer la sécurité des personnes et des biens.

Denis Koné


Ils ont dit

Oumar Sangaré (journaliste réalisateur) : « Un drame pour le Mali ».

« La presse ne sera rassurée que lorsque les auteurs de ces agressions physiques contre les hommes de médias ne seront identifiés et traduits devant la justice. Mais je suis quelque peu pessimiste quant à une issue positive des enquêtes pour débusquer les auteurs ou commendataires de ces agressions, celles devant trouver les coupables de l’agression du président de la transition Dioncounda Traoré, demeurant sans suite. Pourtant un gouvernement est là, une commission est créée pour ce faire. Qui sont les éléments de ces escadrons de la mort ? Il faut que l’Etat, les autorités les débusquent ».

Mme Sy Kadiatou Sow (présidente Adéma Association) : « La liberté de la presse est essentielle »

« Nous nous opposerons toujours à ceux qui tenteront d’entraver ou de confisquer la liberté d’expression par quelque moyen que ce soit. La liberté de presse est essentielle et nous nous sommes toujours battus pour qu’elle soit. A travers cette marche, il ne s’agit pas seulement de la défense de la liberté de la presse, mais aussi de la démocratie. Celle-ci est sérieusement en danger au Mali. De quel droit une poignée d’individus peut-il remettre en cause des acquis de 20 ans ? Je pense que cette marche est un pas. Elle est organisée à temps. Mais je pense que prochainement (ce que je ne souhaite pas franchement) si une marche devait avoir lieu, d’associer toutes les organisations ».

Iba Ndiaye (vice-président de l’Adéma/PASJ) : « Le Mali est en danger »

« Il n’y a pas de démocratie sans liberté de presse et cette liberté de presse suppose aussi des journalistes qui exercent leur métier en sécurité. Il faut que les libertés soient restaurées y compris la liberté d’expression. Mais cette liberté est remise en cause ce qui fait que le Mali est en danger ».

19 Juillet 2012