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Lors d’une conférence de presse, le Secrétaire général de la FEN, Youssouf Ganaba, a déclaré bouder les deux ministres en charge de l’Education et menace de perturber l’école si les revendications des enseignants ne sont pas prises en compte.

«Si l’attitude actuelle des ministres continue à notre égard, la FEN sera obligée d’entrer dans la danse…Nous allons perturber l’école au niveau fondamental. Nous avons les moyens de le faire à travers tout le pays. C’est pour protester contre le comportement de l’Etat que nous avons décidé de boycotter les deux ministres en charge de l’éducation. Désormais nous ne participerons plus à aucune cérémonie présidée par l’un ou l’autre», a déclaré jeudi dernier Yousouf Ganaba, secrétaire général de la Fédération de l’éducation nationale (FEN), lors d’une conférence de presse à Bamako.

En effet, ce syndicat d’enseignants ne veut plus sentir la ministre de l’éducation de base, de l’alphabétisation, Mme Sidibé Aminata Diallo, et son homologue des enseignements secondaire, supérieur et de la recherche scientifique, le professeur Amadou Touré. Les deux personnalités sont jugées inefficaces par les syndicalistes qui ne manquent pas d’arguments pour décrire leurs défaillances.

«Malgré la lettre invitant les ministres en charge de l’éducation à accueillir les marcheurs de Bamako au ministère des enseignements secondaire, supérieur et de la recherche scientifique, à l’issue de la marche du 26 février 2008, seul le chef de cabinet du ministre des enseignements secondaire, supérieur et de la recherche scientifique était à l’accueil. Quant à Mme la ministre de l’éducation de base, de l’alphabétisation et des langues nationales, elle n’a même pas daigné se faire représenter», a dénoncé le secrétaire général de la FEN.

Cette attitude des nouveaux ministres pour le moins inattendue est considérée par le bureau fédéral national de la FEN et bien d’autres enseignants comme un mépris à leur endroit. Pour protester contre ce comportement, le bureau fédéral national «demande à toutes ses structures régionales, locales et communales et aux syndicats fédérés de boycotter les ministres en charge de l’éducation» et cela jusqu’à nouvel ordre. «Ce boycott consistera à : ne pas participer aux cérémonies présidées par les ministres en question ; ne pas participer à l’accueil de ces ministres au cours de leurs missions», a expliqué Youssouf Ganaba.

Toutefois, les syndicalistes déclarent qu’il n’y a pas de blocage dans les négociations. Ils en veulent seulement aux personnes en charge de leur département. « Nous sommes ouverts au dialogue, mais pas avec les ministres. Nous ne voulons plus nous asseoir à table avec eux», a précisé M. Ganaba. C’est surtout contre Mme Sidibé Aminata Sidibé que les militants de la FEN sont en colère.

«Depuis son arrivée aux affaires, elle n’a jamais pris contact avec nous. Elle n’est jamais venue nous voir, à la différence du Pr. Amadou Touré. Il faut reconnaître que ce dernier a le mérite d’avoir fait le déplacement pour nous contacter. Il nous a aussi présenté les réponses du gouvernement, même si ces réponses ne sous arrangent pas», a témoigné un syndicaliste.

Aux origines de cette crise de confiance entre l’Etat et les enseignants, il n’ y a pas que la marche du 26 février 2008. Mais cet évènement y est pour beaucoup. Il faut rappeler que, «excédée par l’immobilisme du gouvernement face à la déliquescence de l’école malienne», la Fédération de l’Education Nationale avait battu le pavé.

Une première qui, loin d’être un événement anodin, était le signe précurseur du mécontentement général dont les enseignants font montre maintenant. A l’occasion, les enseignants ont dit non à la banalisation de la fonction enseignante, aux innovations pédagogiques. La FEN avait réussi à mobiliser un nombre important de ses militants dans le cadre de cette marche de protestation.

Ce jour-là, comme lors de la conférence de presse, les dirigeants du syndicat ont dénoncé le silence et l’immobilisme des autorités sur leurs doléances. Cette négligence se serait accentuée depuis la prise de fonction du nouveau gouvernement. Ainsi, ils ont condamné avec la dernière énergie ce triste sort réservé à leurs revendications étant entendu que l’administration est une continuité.

C’est parce que cette «école ressemble aujourd’hui à un imbroglio indescriptible compte tenu de l’attitude de navigation à vue adoptée par les autorités» que les militants de la FEN ont pris la rue pour se faire entendre.

M. Ganaba estime que l’école malienne est de nos jours un champ d’expérimentation de plusieurs méthodes pédagogiques qu’on ne se soucie guère d’évaluer. Il s’agit notamment de la pédagogie convergente et du curriculum. Les innovations pédagogiques sont incessamment introduites dans le système sans créer les conditions indispensables à leur réussite et à leur pérennisation (formation des maîtres, matériel didactique, adhésion des parents, suivi- évaluation).

«Même pour préparer une leçon, les enseignants perdent beaucoup de temps car ils ne maîtrisent pas les innovations pédagogiques», s’est plaint le secrétaire général de la FEN. A ces problèmes viennent s’ajouter les effets pervers d’une privatisation effrénée. Cependant, la FEN n’est pas opposée à l’intervention des privés dans le domaine de l’éducation.

«Mais cette intervention doit être soumise à une réglementation que l’Etat doit faire respecter dans tous ses aspects car il y va de l’avenir de la nation. Il ne suffit pas d’avoir de l’argent ou des locaux pour entreprendre dans le domaine de l’éducation», avait déclaré Youssouf Ganaba bien avant la conférence de presse.

Un autre point de désaccord entre l’Etat et les enseignants est la fonction publique des collectivités. «Nous voulons également attirer l’attention des autorités sur les conséquences de la décentralisation au niveau de l’éducation. L’application de la décentralisation ici se traduit par le transfert de certains ordres d’enseignement à certaines collectivités qui n’ont pas toujours les moyens de faire face à leurs nouvelles charges. Cela jette les enseignants dans les conditions précaires de vie et de travail et entraîne la chute de la qualité de l’enseignement», a dit le secrétaire général de la FEN.

En somme, la FEN condamne la politique de désengagement multiforme de l’Etat tendant à tuer l’école publique qui doit demeurer l’ossature de l’école malienne. Elle invite les autorités à faire des choix souverains et judicieux en matière d’éducation et à rompre avec la navigation à vue en cours.

En ce qui concerne le volet des revendications, la FEN, de sa naissance à nos jours, a de haute lutte enregistré des résultats importants. Par ailleurs, beaucoup reste à faire. Son secrétaire général pense que ces dernières années le bureau fédéral national est confronté à des fuites en avant voire à une mauvaise volonté manifeste des autorités dans le traitement des revendications majeures des enseignants.

Il s’agit de la relecture de la convention collective de l’enseignement privé catholique ; la levée des obstacles juridiques à l’accès des contractuels aux postes de responsabilité et à la formation ; la mise en place du conseil supérieur de l’éducation ; l’octroi d’une indemnité de logement à tous les enseignants eu égard aux exigences spécifiques de leur fonction.

Soumaila T. Diarra.

07 mars 2008.