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La demande d’entrée officielle en scène de l’émirat du Qatar, comme médiateur dans la crise du Nord-Mali, formulée par la médiation burkinabè auprès du Quai d’Orsay, a tant déconcerté la France qu’elle décide elle-même de prendre, le plus urgemment possible, les choses en main. Aussi, sans perdre de temps, elle a envoyé un émissaire à Bamako mardi, qui devait, impérativement, obtenir du président du Mali par intérim, Dioncounda Traoré, une demande officielle d’une intervention militaire de la Cedeao au Mali. Aussitôt formulée, cette demande a été remise à Alassane Dramane Ouattara, président en exercice de l’organisation ouest-africaine, le même jour.

jpg_une-1028.jpgLe Nord-Mali, qui échappe aujourd’hui à tout contrôle, représente un espace stratégique pour les islamo-terroristes, les narcotrafiquants et toutes sortes de grands bandits. Tout le monde découvre, jour après jour, l’ampleur croissante des dégâts. Quant au Sud-Mali, il est tel un butin écorché. Tout le monde est en train d’obtenir sa part et tant pis pour l’avenir. Il n’y a plus d’autorité, plus de classe politique, plus d’armée depuis belle lurette, la société civile instrumentalisée. Le drame, c’est que même les religieux ont pris leur part du gâteau, en piétinant la laïcité. Il est clair que la France a constaté le silence laxiste du président par intérim, Dioncounda Traoré, face aux atermoiements du Premier ministre Cheick Modibo Diarra. D’ailleurs, le Quai d’Orsay a demandé à la médiation burkinabè d’être plus explicite dans le concept «de plein pouvoir du Premier ministre», dans le fameux accord-cadre qu’elle a concocté en solo. Le ministre Djibrill Bassolé a rectifié en précisant qu’il s’agit «de plein exercice».

Il est utile de revenir un peu plus en détail sur la médiation du Burkina Faso dans la crise du Mali, avant d’entrer dans le vif du sujet. Le Burkina Faso a traité le dossier de la crise malienne avec des procédés de médiation hors du commun. Le président Blaise Compaoré a inventé son propre modèle de médiation dans la crise malienne, en agissant au nom de la Cedeao.

Aux lendemains du coup d’Etat du 22 mars, après des inspections interminables de son émissaire au siège de la junte à Kati, il conçoit seul un accord-cadre que les putschistes signent ; il joue de son influence sur la Cedeao pour qu’elle l’accepte. Il convoque toute la Nation malienne, toutes les forces vives qu’il avait mises hors jeu au début, à Ouagadougou, deux fois de suite, pour les tourner en bourrique. Il reçoit pour des discussions, successivement, les indépendantistes touaregs du Mnla, Ançardine, le Mujao sans la participation des autorités maliennes. Entre temps, il joue le rôle de Don Corleone (du film Le Parrain) dans la libération des otages sur le territoire malien. Pour finir, c’est la médiation de l’émirat du Qatar, un pays avec lequel il a récemment tissé des liens étroits (été 2011), qu’il sollicite dans la gestion de la crise du Mali.

Le rôle obscur que l’emblématique monarchie absolue du Golfe joue dans la crise du Nord-Mali est un secret de polichinelle. Tout le monde sait que les groupes islamo-terroristes qui se sont incrustés dans la partie septentrionale de notre pays sont allègrement financés par certains responsables de l’émirat du Qatar, qui leur fournissent directement des armes et des instructeurs militaires. Mais aussi, qu’ils louent le terrorisme et entretiennent le narcotrafic.

La France a très bien fait de vite comprendre que le fait que le ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso, Djibrill Bassolé vienne demander, au nom de la médiation, auprès du Quai d’Orsay, l’approbation officielle de la France de la médiation de l’émirat du Qatar dans la crise du Mali, n’est pas de bonne augure. Elle a donc dépêché un émissaire, son représentant pour la Sahel, auprès du président par intérim, Dioncounda Traoré, pour lui faire parapher une demande officielle d’une intervention militaire de la Cedeao. « Je sollicite par la présente, au nom du peuple du Mali et en ma qualité de président par intérim l’aide de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), dans le cadre du recouvrement des territoires occupés du nord du Mali et de la lutte contre le terrorisme », tel est le premier paragraphe de la demande de Dioncounda. Dans cette requête, tout ce que Bamako avait refusé, en premier lieu, y figure: sécurisation des institutions de la transition, renforcement des moyens techniques, réorganisation de l’armée malienne.

Dans l’espoir de voir le drapeau noir du Jihad en berne dans le Nord-Mali, l’armée remise sur pied, les institutions de la transition sécurisées, Bamako doit s’aligner derrière cette décision salutaire du président par intérim, sans polémiquer sur la question de souveraineté du Mali. Parce que notre souveraineté, nous l’avons momentanément perdue ou presque…

Rokia Diabaté

Le Prétoire du 6 Septembre 2012