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Comme lors des précédentes rencontres, le chef de l’État n’a esquivé aucune question, même sur les sujets les plus sensibles


Au fil des années, l’exercice s’est bien rodé sans pour autant se diluer dans la routine. La traditionnelle conférence de presse du président Touré à l’occasion de l’anniversaire de son investiture fait toujours
recette. Il faut dire que le chef de l’État joue franchement le jeu en n’esquivant aucune question, en rendant l’atmosphère conviviale, et enfin en restant disponible pour toutes les questions sans compter le temps.

Pour la 4è fois, il était donc hier face à la presse. Ils étaient 169 journalistes et animateurs de radio à être conviés à la salle de banquet du palais de Koulouba, contre 122 l’année derrière. La rencontre s’est déroulée en présence du ministre de la Communication et des Nouvelles technologies, Gaoussou Drabo, et son homologue des Investissements et des Petites et Moyennes Entreprises et porte-parole du gouvernement, Ousmane Thiam.

L’intérêt grandissant des journalistes pour cet exercice s’est encore accru cette année, sous l’effet, sans doute en partie, des événements survenus à Kidal et Menaka le 23 mai dernier. C’est d’ailleurs pour que ce sujet ne monopolise pas les débats que la Cellule de communication de la présidence de la République a trouvé la bonne formule en partageant le temps de la conférence en deux séquences : la première pour parler de toutes les questions d’ordre général et la seconde exclusivement consacrée à la situation au Nord.

BONNES PERSPECTIVES ECONOMIQUES :

Dans son intervention liminaire, le président Touré sachant combien les yeux sont déjà rivés sur les échéances de 2007, a cadré l’esprit de la rencontre : « vous comprendrez bien que nous n’allons pas faire un bilan complet du mandat… Je pense qu’il fera l’objet d’une large diffusion au terme des délais« . Il a quand même tenu à évoquer certains événements qui ont marqué 2005, dont les conséquences « pratiques et psychologiques » de l’invasion acridienne.

L’année en cours se présente sous de bonnes perspectives, s’est réjoui ATT, tout en relevant cependant que des facteurs négatifs entravent les efforts du gouvernement : la hausse continue des prix du pétrole, la crise ivoirienne, le cours du dollar qui reste bas depuis des années, le déficit engendré par les cours du coton, les facteurs climatiques avec l’alternance de mauvaises, moyennes et bonnes pluviométries.

Cependant, a indiqué le chef de l’État, de l’avis de tous les analystes de la conjoncture économique (Banque mondiale, FMI, UEMOA, BCEAO), 2006 se caractérisera pour notre pays par une nette amélioration de la situation économique. Ainsi, le taux de croissance attendu est de 6 % selon toutes les projections alors que le taux de croissance prévu dans l’ensemble dans l’espace UEMOA est de 4 %. Pour la deuxième année consécutive donc, notre pays enregistre l’un des taux de croissance les plus élevés au sein de l’UEMOA.

Parlant des efforts déployés par l’État en faveur des salariés, le président de la République a révélé que la masse salariale a augmenté de 60,7 milliards de Fcfa entre 2002 et 2006, soit une moyenne annuelle de hausse de 15,2 milliards. Aujourd’hui, elle s’élève à 129,9 milliards contre 89 milliards en 2002. Les salaires des fonctionnaires des catégories B1 et B2 ont connu trois augmentations : en 2002, 2003 et 2006 (pour compter de février de cette année et payable à partir de juillet prochain). Au delà de ces efforts, la valeur du point d’indice des fonctionnaires passe de 292,5 à 300.

LES REALISATIONS ET LES CHANTIERS :

Le chef de l’État a ensuite consacrée une bonne partie de son intervention aux réalisations dans divers secteurs. Ainsi dans le domaine des mines, il ressort que la production d’or, de 44 tonnes en 2004 passera à 56 tonnes cette année avec l’ouverture de nouvelles mines (Loulo et Tabakoto). En matière d’accès à l’eau potable, plus de 1170 points d’eau ont été réalisés et 185 réhabilités. Dans le domaine de l’agriculture, 46 000 hectares ont été aménagés en maîtrise totale ou partielle de l’eau. En 2007, 67 000 hectares auront été aménagés, contre 50 000 programmés.

Amadou Toumani Touré a évoqué les nombreux chantiers de routes, avant de se réjouir de l’un des plus grands acquis de ces dernières années : l’accès facile au téléphone avec la baisse des tarifs de communication qui va de 36 à 76 % pour l’intérieur et de 75 à 92 % sur certaines destinations à l’étranger. Le chef de l’État n’a pas oublié les efforts dont ont bénéficié des secteurs comme la justice, l’éducation, l’emploi, le commerce et l’industrie, la jeunesse et le sport.

Amadou Toumani Touré sera-t-il candidat à l’élection présidentielle de 2007 ? C’est par cette question abrupte que démarra la séance des questions. « Ce ne sont pas les tâches qui me manquent. Je me concentre sur le mandat que vous m’avez confié. D’ailleurs pour le moment, personne ne s’est déclaré« , a répondu le locataire de Koulouba.

Fallait-il recevoir dans notre pays Nicolas Sarkozy, le ministre français de l’Intérieur, auteur d’une loi controversée sur « l’immigration choisie » ? Tout en rappelant que la visite de Sarkozy était programmée bien avant l’adoption de cette loi, ATT a estimé que l’on n’avait pas à la refuser. « Il est venu et nous lui avons dit ce que nous pensons » a poursuivi le président Touré, avant de faire remarquer qu’au moins Sarkozy avait eu le courage de venir malgré le contexte hostile.

ENTIEREMENT AVEC LA COMMUNAUTE CATHOLIQUE :

Répondant à une question relative à la situation de la justice, Amadou Toumani Touré a mis l’accent sur les efforts consentis en faveur de ce secteur en terme de construction de palais de justice, d’équipements et d’amélioration des conditions de vie et de travail des magistrats. Tout en soulignant que la famille judiciaire compte beaucoup de magistrats compétents et intègres, il a regretté que dans ce corps, d’autres « ne reculent devant rien« .

De la justice au litige foncier de Samaya qui oppose l’église catholique à Georges Francis, la transition était vite trouvée. Amadou Toumani Touré a réaffirmé sa position : « Je suis entièrement avec la communauté catholique dans cette affaire« . Il est inadmissible, a-t-il jugé, qu’une seule personne mette à mal la cohésion sociale. L’État prendra donc ses responsabilités, a assuré le président Touré en reconnaissant que l’affaire en question n’est pas facile à dénouer, car elle dure depuis 17 ans.

L’autre gros dossier de la rencontre était, comme nous l’avons annoncé plus haut, la situation au Nord. Avant même de recevoir les questions des journalistes, le chef de l’État a fait l’historique des différentes rébellions qu’a connues cette partie du pays, depuis la période coloniale jusqu’à nos jours. « L’État ne doit rien aux ex-combattants« , a-t-il précisé. Et de rappeler les différents programmes exécutés en leur faveur, dans le cadre du Pacte national, notamment les programmes PAREM, CARE-NORD et tout récemment l’ADN. Parallèlement à ces actions, 2000 ex-combattants ont été intégrés dans les différentes forces de sécurité. Rien qu’avec le PAREM, 866 projets ont été financés pour plus de 6 milliards de Fcfa.

Après avoir fait la genèse de la crise actuelle, il a donné le bilan des événements : 4 morts dont un soldat, un intégré qui avait refusé de suivre le groupe des assaillants. « En fait, les camps de Kidal n’ont pas été pris, ils ont été livrés« , a dénoncé ATT. Un acte de trahison puisque ce sont les chefs des camps qui ont livré les clés des magasins de munitions.
Mais comme, il l’avait déjà fait dans de précédentes interventions, le chef de l’État a insisté pour qu’on ne jette pas l’anathème sur tous les Tamasheq. Il s’agit d’un petit groupe qui avait d’ailleurs de nombreux autres espaces pour faire connaître ses revendications à travers notamment les élus.

ÉVITER L’AMALGAME :

Il y a-t-il une main étrangère derrière ces événements, par exemple la Libye ou l’Algérie ? Objectivement, aucun de ces deux pays n’a intérêt à déstabiliser le nord du Mali, a jugé ATT avant de citer les nombreuses actions de développement que finance la Libye dans notre pays. Tout en invitant donc à ne pas faire d’amalgame, il a demandé à la presse de faire preuve de responsabilité. « Nous jouons sur un terrain délicat. Il en va de la sécurité même de notre pays« , a-t-il plaidé, avant d’indiquer qu’il avait chargé le ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales, Kafougouna Koné, de gérer le dossier. « C’est un dossier interne qui doit donc se gérer à l’interne« , a dit ATT. Il a aussi précisé n’avoir officiellement mandaté personne pour aller négocier avec les rebelles. « Si des gens ont pris l’initiative d’aller les voir, je ne peux que les remercier« , a toutefois souligné le chef de l’État.

Mais il n’y a pas que le Nord qui soit exposé à l’insécurité. Ici même à Bamako, les forces de l’ordre ne rassurent pas toujours avec des affrontements entre corps, comme en témoigne la récente descente d’élèves-gendarmes sur des postes de police. Interrogé sur ce sujet, le président Touré a assuré qu’en la matière, le temps du laxisme est révolu. Tous ceux qui auront déshonoré l’uniforme seront radiés des forces de sécurité. « D’ailleurs je n’ai plus affaire aux hommes mais avec leurs chefs. On n’a aucune raison de confier un poste de responsabilité à quelqu’un qui ne peut pas contenir ses hommes« , a-t-il dit, en assurant que les sanctions seront exemplaires dans le cas présent.

S. TOGOLA

L’Essor du 09 juin 2006.