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La pirogue fait partie des arsenaux de la pêche. Naguère, sa fabrication rapportait beaucoup d’argent et la profession était enviée. Ce temps semble révolu en raison de la rareté du poisson dans le fleuve.

La berge du fleuve Niger, à Djicoroni-Para, est le plus important port de pêche de Bamako. Là-bas cohabitent exploitants de sable, pêcheurs et fabricants de pirogues. C’est là que Bouba Djénépo, fabricant de pirogue, a installé son atelier de fortune, une profession qui se transmet de père en fils.

Hier, aux environs de midi, il se tournait encore les pouces, contemplant les va-et-vient des piroguiers exploitants de sable et le clapotis de l’eau.

Selon le jeune Djénépo, âgé d’une trentaine d’années et qui a quitté son Mopti natal pour s’installer à Bamako, il y a trois ans, son métier ne nourrit plus son homme. Cela fait trois mois qu’il n’a pas fabriqué une seule pirogue.

En temps normal, son atelier refusait du monde et il travaillait sans répit. Le moment est pour lui des plus durs. Sinon, même aux temps des vaches maigres, il ne pouvait pas faire cinq jours sans honorer une commande.

pirogue1.jpgBouba n’a d’autre métier que la fabrique de pirogue. Il est issu d’une famille dont les descendants sont experts en la matière. Le prix d’une pirogue moyenne (8 m de large) se situe entre 150 000 F CFA et 152 000 F CFA. Les prix des grandes pirogues (12 m de large), habilitées à pêcher dans les zones de barrage où le débit est grand comme Sélingué, Manantali ou Markala oscillent entre 150 000 à 225 000 F CFA.

Frappé de plein fouet par le manque de poisson dans le fleuve, Bouba affirme tout ignorer de cette soudaine rareté.

Kany Konta, son cousin, pratique doublement la pêche et la fabrication de pirogue. Il est en même temps l’imam de la mosquée bozo située sur la berge.

Selon lui, la raison principale de la pénurie de poisson est que les gens sont enclins à transgresser les lois traditionnelles sur la pêche. Parmi ces lois, il cite les interdits que s’imposaient aux pêcheurs et qui visaient à ne pas pêcher dans des lieux déterminés pendant un temps donné afin de permettre aux poissons de se reproduire.

Il accable par ailleurs les teinturières travaillant sur la berge du fleuve qu’il accuse d’empoisonner les poissons, les exploitants de sable qui les effraient par le bruit du moteur de leurs pirogues. La prolifération des pêcheurs de tous acabits est une autre cause citée par l’imam pêcheur, Konta.

« Des Bozos et non Bozos, chacun en a fait son gagne-pain », déplore-t-il.

Abdrahamane Dicko-Les Echos

03 août 2007.