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« Quand le nord fête » est l’intitulé d’une exposition du dispositif esthétique dans lequel a lieu une fête chez les communautés Sonrai, Touareg, Bellah et Maure du nord-Mali. Le vernissage a eu lieu le 12 janvier 2013, au Centre Culturel Kôrè de Sébougou.

Loin d’une fête, l’exposition « Quand le nord fête », est un combat. Selon Cheick Oumar Sissoko, ancien ministre de la culture du Mali, qui a participé au vernissage de la manifestation culturelle, aux côtés du Conseiller des affaires économiques du Gouverneur de Ségou, des maires de Ségou et de Sébougou et de plusieurs autres personnalités, dont Mamou Daffé, Directeur de la Fondation du Festival sur le Niger, initiatrice de l’évènement, a estimé que cette exposition participe du combat que notre peuple est entrain de mener pour la reconquête territoriale.

Une fois, franchie la porte de la galerie du Centre culturel « Kôrè », le visiteur est impressionné par la scénographie de l’exposition. Des photographies en noir et blanc, de danseurs et de joueurs d’instruments, traduisent toute la joie qui existait dans cette partie du territoire malien avant la date fatidique d’un 17 janvier 2012. Et, comme les photographies ne suffisent pas à traduire le fait que pour les Sonrai, les Touareg, les Bellah et les Maures, la fête est l’expression la plus totale de la joie collective, Amadou Chab Touré, commissaire de l’exposition, a pris toutes les dispositions pour occuper le centre de la salle, devenu le centre de la scène. Dans une scénographie qui met en scène trois cubes qui reçoivent 9 instruments de musiques, le tout placé dans un rectangle au sol, fait à l’aide d’une bâche imprimée d’images d’instruments, Amadou Chab Touré exprime tout son talent, par la suspension d’autres instruments, comme s’il leur ordonnait de danser.

Et, pourquoi pas danser, le nord n’est-il pas en fête au Centre Culturel « Kôrè » de Ségou. Mais, comprenez qu’en cette période cruciale de la vie de la nation malienne, « Quand le nord fête », ne peut être qu’une provocation artistique qui témoigne de la capacité de résistance du peuple malien, face un envahisseur qui nie une culture plus que millénaire. « Cette belle provocation est pleine de signification et d’enseignement. Elle rappelle combien douloureux sont le silence et l’absence de fête dans cette partie du pays », a indiqué le Commissaire de l’exposition. Avant d’ajouter que ce silence et cette absence, interdisent de se faire beau, de séduire et de vivre comme on l’a fait depuis toujours.

« Elle dit aussi, en filigrane, la gravité du déni de la culture et de l’art qui, ici plus que nulle part ailleurs, attestent un métissage historiquement millénaire des peuples du nord », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter que face à une menace aussi monstrueuse il est du devoir de la culture de résister. « Cette belle provocation veut dire un grand et fort ‘’NON’’ », a-t-il conclu. Après avoir coupé le ruban symbolique donnant accès à la salle d’exposition, le Conseil des affaires économiques et administratif du Gouverneur de Ségou, s’est réjouit de cette initiative qui est une prise de position claire pour la pérennisation d’un pan de la culture du Mali.

Assane Koné

Le Républicain du 14 Janvier 2013