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Il n’y a aucun doute, l’or malien ne brillera jamais pour de nombreux maliens. Comment voulez vous que l’or brille pour les maliens, alors qu’il n’arrive pas à briller pour les travailleurs des mines qui arrachent le minerai à la terre à la sueur de leurs muscles et souvent au prix de leur vie.

Le bras de fer qui oppose aujourd’hui, la direction de Morila-SA à une centaine de ses travailleurs, vient à nouveau confirmer que les sociétés minières ne sont pas venues s’installer au Mali pour le bonheur des maliens, notamment ceux d’entre eux qui y ont pu décrocher un emploi. En violation de toute la procédure prévue par le code du travail, Morila-SA vient de licencier 100 travailleurs.

Ismaëla Mama Doumbia, porte parole des délégués du personnel de la mine d’or de Morila-SA, nous a rendu visite à notre rédaction pour nous entretenir sur les péripéties de cette crise qui nous rappelle qu’au Mali, le droit du travail est fait pour être violer par les grandes sociétés minières. Morila-SA vient de rééditer son exploit.

La puissante société minière vient de licencier 100 travailleurs et non des moindres. Ismaëla Mama Doumbia, porte parole des délégués du personnel de la mine de Morela-SA, a indiqué que parmi la centaine de licenciés, on dénombre 75 % des délégués du personnel, 40 % des délégués syndicaux de la CSTM et 20 % des membres du comité d’hygiène et de la sécurité.

Il a rappelé que tout a commencé le 13 novembre 2008. Selon lui, ce jour-là, la direction de Morila-SA a convoqué les représentants du collectif des délégués du personnel pour les informer d’un projet de réduction du personnel, en raison de l’arrêt des activités de la SOMADEX en avril 2009. Depuis cette réunion d’information, les travailleurs disent qu’ils n’ont plus eu de contact avec la direction, jusqu’en décembre 2008, à la publication d’une liste de postes à supprimer.

«La liste a été publiée en violation de l’article-L 48, alinéa 2 qui impose à l’employeur de la porter à la connaissance des délégués du personnels afin de recueillir leurs suggestions», a-t-il révélé. Avant d’ajouter que cette première violation de la loi a été suivie d’une seconde, avec la publication en janvier 2009 de la liste nominative des 100 travailleurs à licencier.

«Avec la publication de cette liste, la direction a prétexté d’un licenciement pour motif économique. Et conformément à l’article-L 46 du code du travail, nous avions demandé à la direction d’établir les raisons économiques qui motivent sa décision. Nous n’avions jamais obtenu de réponse», a-t-il précisé. Avant d’ajouter que conformément à l’article-L 47, nous avions pris la direction à ses propres mots. «Elle a avancé le motif économique pour justifier les licenciements, alors qu’en la matière, le code du travail prévoit des dispositions à respecter obligatoirement pour l’éviter.

Selon le code, l’employeur doit d’abord réunir les délégués du personnel pour voir avec eux s’il n’y a pas des possibilités de déterminer des mesures alternatives pour éviter le licenciement», a-t-il indiqué. Avant d’ajouter qu’étant donné qu’à Morila-SA, il y a des secteurs tel que la métallurgie, la protection des biens et l’ingénierie, où les employés travaillent 12 heures par jour.

«Ces travailleurs ont souvent plus de 300 heures supplémentaires. Donc nous avions proposé comme mesure alternative de réduire ces heures supplémentaires et d’y redéployer ceux qui doivent être licenciés. Mais, notre employeur a refusé au motif que la disposition est inopérante à Morila-SA», a-t-il précisé. Et pour se donner bonne conscience, notre employeur a saisi l’inspecteur du travail à Sikasso. Le 3 février 2009, les délégués du personnel ont été conviés à une réunion à l’inspection du travail à Sikasso.

«Le procès-verbal fait ressorti que le licenciement pour motif économique ne peut pas être un prétexte pour licencier les travailleurs à Morila-SA. L’inspecteur a demandé à Morila-SA de respecter le dispositif de l’article-L 47», a révélé Ismaël Mama Doumbia. Avant d’indiquer que Mamadou Diakité, directeur national du travail, s’est directement impliqué dans l’affaire.

«En se fondant sur crise mondiale, il a autorisé Morila-SA à licencier les travailleurs», a-t-il déclaré. Avec cette décision du directeur national du travail, l’inspecteur du travail n’avait plus le choix que de revenir sur sa décision, en autorisant Morila-SA à licencier, même les représentants des travailleurs que sont : les syndicalistes, les membres du comité d’hygiène et de sécurité et les délégués du personnel. Surpris par la décision du service d’Etat chargé de réguler les relations entre employeur et employés, le collectif des délégués du personnel de Morela-SA, n’avait plus le choix que de saisir le tribunal de travail de Sikasso.

Là, après l’échec d’une tentative de conciliation qu’ils imputent à la direction de Morila-SA et à ses avocats, le 6 avril 2009, le jugement a eu lieu et l’affaire fut mise en délibéré pour le 20 avril 2009. Arrivé confiant au tribunal, les travailleurs devaient se résoudre quelques minutes après de faire appel de la décision du juge du travail de Sikasso.

«Reçoit la requête en la forme et la rejette au fons», fut la substance de la décision du juge de Sikasso. Et mécontent de cette décision, les travailleurs qui estiment qu’ils ont été abusivement licenciés ont relevé appel de la décision et attende que le dossier arrive arrivent à la Cour d’appel de Bamako pour se voir replacer dans leur droit.

Assane Koné

29 Avril 2009