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Pays pauvre parmi les pauvres de l’Afrique subsaharienne, le Mali a néanmoins offert, aux investisseurs internationaux, un environnement propice à leur enrichissement, avec des coûts d’exploitation parmi les plus bas du monde, au détriment de ses propres environnement et intérêts.

Élaborés pour attirer les investisseurs étrangers, les anciens codes miniers ( qui n’ont d’ailleurs jamais été appliqués) avaient instauré des rapports de force déséquilibrés entre l’Etat et les compagnies minières privées.

En effet, non seulement les ressources aurifères ne stabilisent pas le budget de l’Etat, mais elles fragilisent la balance commerciale du pays, en la surexposant aux fluctuations du cours mondial du métal jaune sur lesquelles et contre lesquelles le pays -en tant que petit producteur à l’échelle mondiale- ne peut rien, bien sûr.

C’est pourquoi on ne doit pas être étonné que plus d’une décennie après le début de l’exploitation du métal dans notre pays, personne n’ait vu sa couleur, ni dans les finances publiques, ni dans l’industrialisation, encore moins sur le marché de l’emploi où paradoxalement, les différentes sociétés minières dictent leur loi.

Au Mali moins qu’ailleurs, les investisseurs nationaux qui pourraient exploiter des mines de taille moyenne sont presque totalement absents. L’orpaillage traditionnel reste totalement absent des politiques publiques, bien qu’il fasse vivre, ou plutôt survivre,des centaines de milliers de personnes, dans des conditions très précaires.

Autre échec de la politique minière du pays : la diversification est au point mort, malgré les discours tenus par les plus hautes autorités. “Elles (les autorités) ne peuvent pas lever le petit doigt pour dire la vérité aux multinationales. Toutes sont corrompues par les sociétés qui exploitent ces ressources”. Telle est la conviction de plus d’un ressortissant d’un village où se trouvent les sites d’exploitation.


Un vol organisé

Selon les populations, l’Etat est complice de la mauvaise situation que vivent les travailleurs dans les différentes zones aurifères. Sinon, pourquoi assiste-t-on souvent à des licenciements abusifs, sans que l’Etat signifie à ces sociétés qu’un fils du pays est si précieux qu’il vaut mieux que ce que l’or rapporte.

Le contenu d’un rapport dressé par la mission internationale d’enquête avait rendu bien des Maliens perplexes, tellement les auteurs de ce fameux rapport sur l’exploitation minière et les droits de l’homme avait montré les limites des autorités.

Troisième producteur d’or en Afrique, le Mali ne récolte que des poussières” . Cette affirmation émane de ceux qui ont dressé le rapport qui, on se souvient, était le résultat d’un travail mené avec la plus grande minutie.

Aussi peut-on retenir certaines recommandations de cette mission. Pour les entreprises minières, il faut que ces sociétés remplissent leurs obligations de respecter, protéger et promouvoir les droits de l’homme, de telle sorte que ces obligations découlent notamment des principes directeurs de l’OCDE à l’égard des entreprises multinationales et du droit international des droit de l’homme.

Il faut qu’elles s’abstiennent de solliciter des exemptions aux obligations que fixe la législation malienne, notamment en matière fiscale.

Ledit rapport recommandait à l’Etat malien de publier les revenus reçus des sociétés, à partir d’un moyen de communication accessible au grand public ; de faire réaliser, par une société d’audit internationale, un rapprochement des revenus déclarés, d’une part par les compagnies minières, et d’autre part par les différents organismes collecteurs de l’Etat : Trésor Public, Direction Générale des Impôts…

Constat alarmant

Comme tout de monde le sait, les entreprises minières maximisent leur profit avec la complicité d’un Etat qui ne peut pas ou ne veut pas contrôler leurs activités et obligations à respecter en matière de droit de l’homme et de protection de l’environnement. Au niveau local, on assiste à une situation inqualifiable.

En effet, les entreprises achètent la paix sociale à moindre coût auprès des communautés avec lesquelles elles restent à peine quelques décennies. Il appartiendra ensuite, à ces communautés, de gérer les conséquences de la situation dans laquelle elles seront plongées, une fois que ces entreprises plieront bagages.

Qu’est-ce que l’Etat peut faire pour sortir de cette situation qui n’arrange pas le pays? Veut-il le faire? En tout cas, les passages des différents ministres à la tête du département des Mines n’ont pas donné de l’espoir aux citoyens qui continuent de souffrir, malgré tout ce qu’on dit sur l’or du pays. L’arrivée du banquier Mamadou Igor Diarra au département va-t-il changer les choses?

Ce sera difficile, car avant tout, il va lui falloir d’abord revoir les clauses du contrat qui lie l’Etat à ces différentes sociétés dites pilleuses de ressources. Les cas patents sont celui de MORILA-SA, SADIOLA, RANDGOLD, et d’autres multiplinationales qui exploitent cette ressource du pays, “les yeux fermés”.

L’Etat malien peut-il échapper à leur piège?…

Laya DIARRA

24 Octobre 2008