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« La vie chère » ! L’expression est malheureusement devenue courante aujourd’hui. A cause d’elle, des émeutes éclatent un peu partout, dans la sous-région et même ailleurs.

Si aucun pays n’est épargné, les États africains sont particulièrement touchés à cause de la faiblesse du pouvoir d’achat de leurs populations. Chaque pays tente de gérer la mauvaise passe en élaborant sa propre stratégie.

Chez nous, les pouvoirs publics qui ont eu le mérite d’anticiper le mouvement depuis l’année dernière, gardent une attention particulière sur le riz, l’une des céréales les plus demandées dans le pays avec une consommation estimée à plus 55 000 tonnes par mois.

Il faut dire que dès que le prix du riz bouge vers le haut, les ménages le ressentent durement et l’on ne parle plus que de ça. Conscientes de cette situation, les autorités ont pris des mesures pour que cette céréale reste disponible en quantité sur le marché et à des prix accessibles au citoyen moyen.

POUR SIX MOIS :

C’est le 14 mars dernier que le gouvernement, à travers un communiqué annonçait que suite à des concertations avec les partenaires sociaux, il avait décidé d’accorder des exonérations aux opérateurs économiques pour l’importation de riz. La mesure est entrée en vigueur à compter du 1er avril et sera valable jusqu’au 30 septembre prochain.

Cette mesure, explique le directeur national du Commerce de la Concurrence, Mahamane Assoumane Touré, vise à éviter toute rupture de stock de riz sur le marché. Car un déficit entraînerait automatiquement une flambée des prix.

La « crise » actuelle du riz, précise-t-il, est liée à des bouleversements internationaux comme la forte augmentation de la demande mondiale, les déséquilibres du commerce international, la faiblesse du dollar, la hausse vertigineuse des produits pétroliers.

Le directeur national du Commerce de la Concurrence relève ainsi que le prix du riz a presque doublé sur les marchés internationaux au cours des trois derniers mois. Un cauchemar pour les pays de grande consommation comme le nôtre.

Déjà, l’année dernière, le prix du riz avait augmenté de plus de 8 %. La situation est aggravée par la décision de certains pays gros producteurs de diminuer leurs exportations.

Par exemple, le Vietnam a décidé de réduire cette année ses exportations de riz de près d’un quart. Cela pour faire face à sa consommation intérieure. Dans le même temps, l’Inde aussi a interdit l’exportation de toutes les qualités de riz, à l’exception de celles qui sont les plus chères.

La diminution de la quantité de riz disponible a eu un effet immédiat sur les prix à la consommation sur le marché malien. Ceux-ci ont globalement progressé de 250 Fcfa à 325 puis 350 Fcfa, soit 19 % d’augmentation.

C’est pour enrayer cette spirale de hausse que le gouvernement a décidé des mesures d’exonération. Des opérations similaires avaient déjà été engagées par le passé. Mais elles n’ont pas donné les résultats escomptés, provoquant au contraire la polémique.

D’un côté, des commerçants qui ne remplissaient pas les conditions pour bénéficier de cette mesure d’exonération crièrent à la « ségrégation« . De l’autre, les consommateurs et les syndicats critiquèrent une mesure qui n’avait eu aucun effet sur le niveau des prix.

Les commerçants bénéficiant de la mesure furent accusés de s’être enrichis des milliards auxquels l’État avait renoncé en suspendant les droits et taxes.

Tirant les leçons des précédentes opérations du même type, les pouvoirs publics ont adopté une nouvelle formule. À la différence de l’année passée, la mesure d’exonération est accordée à tout opérateur économique habilité à importer.

Il suffit d’être inscrit au registre du commerce et du crédit mobilier, d’avoir un numéro d’identification fiscale et une patente d’import-export en cours de validité.

L’exonération porte sur les droits et taxes perçu au cordon douanier à l’exception du prélèvement communautaire (CP), du prélèvement communautaire de solidarité (PCS) et de la redevance statistique (RS).

Ainsi l’État renonce aux 18% de la TVA et aux 10% de droits de douanes, soit un total de 28%. L’importateur est quand même obligé de payer les taxes et prélèvements communautaires qui ne représentent que 2,5%.

Pour le moment, l’exonération concerne seulement deux type de riz : « le riz blanchi en emballage immédiat » de plus de 5 kg ou en vrac et le riz en brisure. L’opération, répétons-le, s’étend sur six mois.

Pour cette année, l’opérateur économique doit s’engager à travers un cahier de charge qui définit les conditions posées par l’État. Entre autres conditions, l’opérateur doit s’engager à céder le riz à un prix de gros plafonné à 300 000 Fcfa la tonne.

En détail, le riz doit être vendu tout au plus à 310 Fcfa le kilogramme. L’importateur doit aussi s’engager à maintenir ces prix jusqu’à la fin de l’opération.

Le riz importé dans le cadre de cette opération d’exonération doit, évidemment, être obligatoirement vendu sur le marché national. Des mesures seront prises pour empêcher la réexportation de la céréales comme ce fut le cas par le passé.

Les opérateurs qui adhèrent à ces clauses sont tenus de signer un contrat avec l’État et de procéder ensuite à une levée d’intention d’importation. Ils s’engagent à assurer une large publicité des prix pratiqués dans les limites des prix plafonds fixés, par voie de médias et par affichage.
Le bénéficiaire est tenu de se soumettre au contrôle de l’application des dispositions du cahier de charge par les services compétents de l’administration.

À la question de savoir quelles sont les dispositions prises pour garantir l’application stricte de ces mesures, le directeur national du Commerce de la Concurrence, Mahamane Assoumane Touré répond que le ministère en charge du commerce en partenariat avec les consommateurs et les observateurs des prix, veillera avec vigilance.

Malgré les conditions plus strictes imposées cette année, une dizaine d’opérateurs se sont déjà engagés dont les Grands greniers du bonheur de Bakoré Sylla, Modibo Kéita (GDCM), la SOMACOF, Abdoulaye Niang, les Grand moulins, la SODIMA, la Société céréalières du Mali.

Ils ont tous signé le contrat et s’engagent à respecter les clauses du cahier de charges. Ils vont importer 127 000 tonnes de riz.

Le PDG des GGB, Bakoré Sylla confirme que sa société s’engage à importer 34 500 tonnes pendant deux mois. Il assure que deux mois suffisent pour importer cette quantité.

Doussou Djiré

L’Essor du 09 avril 2008.