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Pour faire face à la flambée des prix, l’Etat a accordé une exonération ouverte à tous les importateurs de riz. Une mesure salutaire pour le consommateur mais qui ne serait pas du goût des opérateurs économiques. Bakoré Sylla et Modibo Keïta, deux grands importateurs céréaliers, viennent de rejeter la mesure gouvernementale.

Le dialogue social tant clamé ces temps-ci autour de la problématique de la hausse des prix des produits de première nécessité montre-t-il déjà ses limites ?
Tout porte à le croire, si on se réfère à l’attitude de certains gros importateurs de riz en l’occurrence Bakoré Sylla, Modibo Keïta et autres qui viennent de rejeter les dernières mesures prises par le Gouvernement ayant un impact direct sur les prix au consommateur.

Pour stopper la hausse continue des prix des produits, notamment ceux qui sont de première nécessité et dans le souci d’assurer l’approvisionnement du pays et de soutenir le pouvoir d’achat des consommateurs, le gouvernement de Modibo Sidibé, après concertation avec les partenaires sociaux, avait arrêté un cahier de charges pour l’importation du riz permettant de réduire le prix du riz à la consommation en contrepartie des droits et taxes perçues au cordon douanier.

Une exonération ouverte à tous les opérateurs économiques du Mali contrairement aux autres années, et qui a une durée relativement longue s’étendant du 1er Avril 2008 au 30 septembre 2008 soit 6 mois.

Cette exonération concerne le riz blanchi en emballage immédiat de plus de 5 kg ou en vrac et le riz en brisure.

Pour ces différentes catégories de riz, les opérateurs économiques bénéficiaires des avantages prévus dans le cahier de charges devaient s’engager à céder (vente en gros) à un prix plafond de 250 000 Fcfa la tonne et à un prix de détail plafond de 280 Fcfa/kg.

L’opérateur devait s’engager à maintenir les prix visés jusqu’à la fin de l’opération. Et le riz importé dans le cadre de cette opération d’exonération devait être obligatoirement vendu sur le territoire national et ne pourra en aucun cas être réexporté.

L’opérateur économique bénéficiaire de l’exonération dans le cadre de cette opération devait aussi s’engager à assurer une large publicité des prix pratiqués dans la limite des prix plafonds par voies de médias et par affichage. En outre, il doit s’engager à se soumettre au contrôle de l’application du présent cahier de charges par les services compétents de l’administration.

Et enfin tout opérateur économique bénéficiaire d’exonération dans le cadre de cette opération devait signer un contrat avec le représentant de l’administration dûment mandaté à cet effet.

Voilà autant de mesures salutaires tendant à soulager les conditions de vie des laborieuses populations qui viennent d’être rejetées en bloc par certains gros importateurs de riz. Des opérateurs économiques qui ne veulent nullement céder leurs marges bénéficiaires au profit d’une quelconque opération tendant à soulager le peuple malien.

Ces gros importateurs de riz ont en effet clairement fait savoir aux autorités gouvernementales que cette opération d’exonération n’est pas dans leur intérêt avant de rejeter en bloc la cession du prix du gros à 250 000 Fcfa la tonne et le prix de détail à 280 Fcfa kg;

Est-ce à cause de l’ouverture de cette opération d’exonération à tous les opérateurs économiques de la place ou est-ce à cause des dispositions contenues dans le cahier de charges qui stipule que “le riz importé dans le cadre de cette opération d’exonération doit être obligatoirement vendu sur le territoire national. Il ne peut en aucun cas être réexporté”.

A notre connaissance, la deuxième question répond plus à la préoccupation des dits importateurs car au temps fort de l’affaire des criquets pèlerins, certains d’entre eux ont non seulement triché sur les exonérations de l’Etat mais pire ils se sont permis de réexporter le riz importé vers d’autres destinations telles que Dakar, Abidjan, Brazzaville, entre autres.

Si donc pour eux l’exonération des droits et taxes à l’importation sur le riz, sans limitation des quantités et du nombre d’importateurs et dans un délai relativement raisonnable, est tentant commercialement parlant, les autres conditions à savoir les prix plafonds conjoncturels du riz, la non réexportation ne sont pas acceptables car considérés comme sources d’ennuis.

Birama Fall

19 mars 2008.