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En exigeant la démission du Premier ministre Cheick Modibo Diarra, le Front uni pour la sauvegarde de la démocratie (FRD) risque de mettre une partie du peuple à ses trousses, malgré qu’il soit composé de grands partis politiques, il est contesté par une partie de la population de la capitale.

Notre pays n’est pas encore près de voir le bout tunnel de sa crise, surtout que les deux tiers de ses territoires sont envahis par des bandits de tout acabit. Depuis le coup d’Etat du 22 mars et les événements qui l’ont suivi, le tout ayant entraîné la démission d’ATT, Bamako est confronté à un problème de leadership. En effet, au lendemain desdits évènements du 22 mars dernier, un front dit anti-putsch, composé de tous les grands partis politiques, a été mis sur les fonts baptismaux. Un front que le peuple accuse de complicité avec l’ex-Président ATT concernant l’effondrement du pays.

Le FDR est composé de représentants de la société civile, du syndicat des travailleurs du Mali (UNTM) et plus de la majorité des députés de l’Assemblée nationale. Notons en passant que le mandat des députés a été prolongé pour la durée de la transition et que le gouvernement de Cheick Modibo Diarra a été mis en place le 24 avril dernier. Bien que n’ayant pas été consulté, et dans le souci de préserver la paix sociale, le FDR avait déclaré qu’il ne ferait rien pour entraver l’action gouvernementale et qu’il la jugerait à l’œuvre, notamment à travers ce qu’elle entreprendrait pour recouvrer l’intégrité du territoire national, protéger les droits de l’homme et préparer des élections crédibles.

Suite aux douloureux évènements qui ont suivi le putsch et ayant obtenu le soutien de la CEDEAO et de la communauté internationale, le Front des anti-putschistes (FDR) a pour la première fois réclamé un gouvernement d’union nationale. Aussi, le Front a répondu à l’invitation de la CEDEAO pour discuter de la formation d’un gouvernement d’union nationale à Ouagadougou. A cette occasion, la CEDEAO a sommé notre pays de mettre en place un gouvernement d’union nationale avant le 31 juillet. Mieux, les Chefs d’Etat de la CEDEAO ont exigé que ce nouveau gouvernement soit mis en place par le Président intérimaire. Ce qui veut quelque part dire que Dioncounda Traoré est libre de continuer avec Cheick Modibo Diarra ou de choisir un autre Premier ministre.

Contre toute entente, à moins de 8 jours de ce délai-butoir (31 juillet), le FDR fait une déclaration exigeant la démission du Premier ministre. Nos sources affirment que cette exigence du Front va de pair avec les vœux de la CEDEAO. Le Front a noté que trois mois après sa formation, le gouvernement ne fait que s’enliser dans l’incompétence et l’amateurisme, alors que le pays continue de s’enfoncer. Le Front justifie que l’action du gouvernement est marquée du sceau de l’immobilisme, de l’improvisation et du pilotage à vue.

Le FDR a parlé de l’agression du Président de la transition et celle des journalistes pour justifier l’exigence de la démission du Premier ministre. Pour le Front, il ne reste plus que des preuves concrètes et solides pour exiger sa démission.

Mais le hic, c’est que le bas peuple est partagé, et plusieurs d’entre eux qui ont donné leur voix à ces partis politiques à l’Assemblée nationale ne les soutiennent plus, pour cause ils ne sont pas d’accord avec leurs élus.

Autrement dit, les grands partis politiques ont perdu leur base depuis le coup d’Etat militaire du 22 mars dernier car ladite base soutient que les dirigeants sont complices d’ATT. Par ailleurs, les avis divergent et les rumeurs vont bon train, certains citoyens affirment que Cheick Modibo Diarra a mené des changements depuis qu’il se trouve à la tête du gouvernement. Aussi militent-ils pour la formation d’un gouvernement d’union nationale, mais pas pour le départ du Premier ministre. Selon ces citoyens, les grands partis qui forment le FDR aspirent à revenir aux affaires pour masquer leurs gaffes passées en vue d’échapper aux mailles de la justice.

D’autres soutiennent que c’est avec la complicité du FDR que la CEDEAO a mis l’embargo sur des armes du Mali en les bloquant aux ports du Sénégal et de la Guinée Conakry. Ils signalent que le FDR et la CEDEAO ne tiennent pas à ce que, sous le règne de Cheick Modibo Diarra, l’armée récupère le moindre territoire sous contrôle des bandits armés. Quoi qu’il en soit, le FDR doit faire attention pour éviter le blocage de la formation d’un futur gouvernement d’union nationale et de laisser le choix au Président de la transition comme le demande la CDEAO. Le Mali n’a plus droit à l’erreur car le nouveau gouvernement ne doit en aucun cas faillir à ses missions : il doit plutôt donner satisfaction aux Maliens.

Oumar Diakité

Le Combat du 26 Juillet 2012