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La révision du Budget d’Etat 2012, consécutive au coup d’Etat du 22 mars et à ses conséquences désastreuses sur les relations entre le Mali et ses principaux bailleurs de fonds, pour parler prosaïquement, se heurte à de nombreux obstacles. Premier en cause, une vision on ne peut plus optimiste des réalités par nos planificateurs.

Ainsi, nos experts tablaient sur une croissance économique réelle de 5,5% et un taux d’inflation de 2,2%. C’est-à-dire qu’ils attendaient pour 2012 des ressources financières de l’ordre de 1 341,5 milliards de FCFA, en augmentation de 5,2% par rapport à 2011. Quant aux dépenses, elles étaient estimées à 1 483,5 FCFA, en progression de 4,2% par rapport à l’année dernière.

Las, la dure réalité s’impose désormais à tous les Maliens et la relecture du Budget citoyen 2012 par le Groupe de Suivi Budgétaire, une organisation de la société civile, est on ne peut plus édifiante. Les membres du GSB étaient devant la presse la semaine dernière pour lui présenter leur «Analyse de l’impact de la crise politique, économique et sécuritaire au Mali sur le Budget 2012».

Le conférencier principal, Oumar Dembélé, n’a pas oublié de rappeler en introduction que, suite au coup d’Etat du 22 mars 2012 et à l’occupation des régions du Nord de notre pays, la plupart des bailleurs avaient suspendu leur aide au Mali et les ressources internes avaient fondu comme neige au soleil. Conséquence: une diminution des ressources de l’Etat de 312, 5 milliards de FCFA en 2012, soit 28% du Budget.
Pire, le taux de croissance révisé est de – 1,2% et celui de l’inflation s’élève à 5%. Tout cela se situe donc fort loin des prévisions de départ, qui s’avèrent même avoir été plus utopiques qu’optimistes! En mai 2012, un nouveau cadrage budgétaire à moyen terme (CBMT) a donc été publié par le ministère de l’Economie, des Finances et du Budget pour la période 2013 – 2015, mais l’on peut aussi s’interroger sur son réalisme, puisqu’il prévoit 7% de croissance en 2013, 5,7% en 2014 et 5,3% en 2015, estimant certainement (et pour le moment manifestement à tort) que les financements extérieurs pourront être entièrement mobilisés pour ces échéances.

En attendant, et toujours suivant les explications du conférencier, revenons-en donc au triste principe de réalité. Ainsi, nous sommes dans une situation que l’on peut qualifier de critique, car, concernant l’exécution du Budget, à la date du 30 juin 2012 «Sur un montant annuel de 1 080,09 milliards de FCFA de recettes prévues, ce sont 441,044 milliards qui ont été mobilisés, soit un taux de réalisation de 40,84%. Et, sur un montant annuel d’appui budgétaire (dons et prêts confondus) attendu de 127, 537 milliards de FCFA, seuls 5,358 milliards avaient été mobilisés».

D’où l’obligation de revoir les dépenses à la baisse. Elles ont donc diminué sur la même période de 38%, à 832 milliards de FCFA, pour une prévision de 1 350,4 milliards. Problème, des coupes drastiques ont été opérées, mais pas dans les dépenses courantes, dont le budget du personnel. Il y aurait pourtant de nombreuses économies à réaliser dans ce domaine, en revoyant par exemple les CV des fonctionnaires pour chasser de notre administration ceux qui y sont entrés par effraction, en étudiant de près les nombreuses missions, supposées incontournables et en optimisant l’utilisation du parc automobile pléthorique de l’Etat, qui peut bien ne pas être renouvelé, à grand renfort de 4 X 4 rutilants, aussi souvent!

Pour 2012 donc, les révisions budgétaires affecteront principalement les ressources allouées à l’éducation (moins 17%), à la santé (moins 35%) et à l’assainissement et à l’approvisionnement en eau potable (moins 94%). Dans le même temps, nos gouvernants prévoient 20 milliards de FCFA pour l’organisation des élections en 2013 et le secteur de la défense et de la sécurité sera «privilégié au niveau des budgets à élaborer». Cherchez l’erreur. Nous reviendrons sur ces chiffres lors de la validation ou non de la Loi des Finances rectificative par l’Assemblée Nationale.

Ramata Diaouré

22 Septembre du 13 Septembre 2012