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La fraude pendant les examens scolaires au Mali a atteint son paroxysme. Tout le monde en parle, tout le monde le décrie, mais personne ne veut vraiment qu’elle s’arrête. Aucune frange de la société n’est épargnée. Les parents d’élèves, les directeurs d’écoles, les enseignants et même les plus hautes autorités scolaires, chacun à son niveau est impliqué.

Dans plusieurs écoles pendant les examens, on a l’impression que ce sont les enseignants et les parents d’élèves qui subissent le test plutôt que les candidats. Si certains enseignants s’adonnent à la fraude pour se tirer la couverture dessus, d’autres le font contre espèces sonantes et trébuchantes.

Ils sont nombreux ceux d’entre eux qui pensent que tout échec des candidats à l’examen est de leur seule responsabilité. Des enseignants, sans moralité, corrigent et polycopient les corrigés qu’ils distribuent aux candidats qui auront proposé de l’argent. Malgré cette pratique, on assiste aujourd’hui à des résultats « catastrophiques » aux examens.

Cette situation fait que nul ne peut être sûr du succès d’un élève, car quel que soit le niveau du candidat, le jour de l’examen, il est amené à reproduire sur sa copie les mêmes choses que tous ses camarades de classe. Alors qu’il peut arriver que l’on leur propose des corrigés qui ne sont pas potables. En corrigeant à la va-vite les sujets, le présumé correcteur peu commettre des erreurs. Les candidats qui n’attendent que ça ne doutent de rien. Ils les reproduisent textuellement.

Avec la multiplication des écoles privées, l’école est devenue un fonds de commerce. Les promoteurs sont prêts à tout pourvu que leur établissement réalise un bon taux de réussite. Pour cela, il n’est pas rare de voir certains proposer de l’argent aux surveillants et aux présidents de centre pour s’assurer qu’ils ne risquent rien.

Les échecs collectifs sont devenus monnaie courante. C’est fort de ce constat qui nous interpelle tous que nous avons tenté d’en savoir plus.

Dans une école d’un quartier populaire de Bamako, sur plus 800 candidats, il n’y a eu qu’une vingtaine d’admis au diplôme d’étude fondamentale (DEF). Un candidat malheureux raconte sa mésaventure : « On nous apportait toujours des corrigés, je ne peux pas comprendre après tout cela que pratiquement personne n’ait réussi ici dans notre école ».

Dans cette affaire, les parents d’élèves ne sont pas innocents. A l’approche des examens, beaucoup sollicitent les faveurs des enseignants afin qu’ils viennent en aide à leurs enfants. Le hic dans cette histoire est et demeure la question de fuite des sujets. Une pratique qui est devenue parti intégrante des examens scolaires au Mali. D’année en année, elle prend de l’ampleur. Mais fort curieusement aucune tête ne tombe. Faut-il donner raison à l’autre qui dit qu’« il n’y a pas de tête qui puisse tomber car tout le monde est complice ».

En s’adonnant à la fraude, les coupables et leurs complices qui ne font que mettre en péril l’avenir de la génération future. Pour cette raison, ils méritent d’être débusqués, traqués et punis. Car dans le contexte actuel de globalisation et de mondialisation, ceux qui ont un niveau approximatif auront du mal à se tirer d’affaire sur le marché de l’emploi ; seuls les excellents sont recherchés.

Diakaridia Sanogo

Les Échos du 17 Juillet 2013