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Malgré les sanctions administratives ou judiciaires, le phénomène s’invite presque chaque année dans les examens de fin d’année. Pour y remédier, élèves, parents et autorités scolaires sont interpellés.

Par définition, une fuite est la divulgation d’informations destinées à demeurer secrètes. On entend par fuite dans le milieu scolaire lorsque les épreuves d’un examen, notamment le baccalauréat (bac) ou le diplôme d’études fondamentales (DEF) sont connues avant et pendant la composition. La fuite de sujets se définit aussi par la mise au grand jour et par la possession du public d’une manière ou d’une autre des sujets de composition ou d’examen susceptibles d’être très confidentiels. Elle peut enfin être une révélation de certaines informations confidentielles de l’organisation des examens.

Les sujets peuvent soit être connus à l’avance par les candidats, leurs parents soit par une tierce personne. Quelle est l’origine de la fuite des sujets ? Comment est-elle orchestrée? Qui sont responsables de cette pratique anti-pédagogique ? Comment y mettre fin ? Quelles sont les sanctions prévues en la matière ? Des questionnements auxquels notre équipe de reportage a tenté de répondre avec l’aide des acteurs de l’école.

Cheickna Kéïta est enseignant au lycée privé «Zéïna» de Niamakoro. Il explique qu’en fin d’année scolaire, les inspecteurs sillonnent les différents établissements scolaires pour s’enquérir du niveau d’élaboration des programmes scolaires. Les enseignants chargés des matières évaluées aux différents examens scolaires proposent des sujets d’examen à l’Académie d’enseignement, dont ils relèvent. À travers ces propositions, une commission chargée du choix des sujets est mise en place qui doit choisir les sujets d’examen parmi ceux proposés par les enseignants. 

Ainsi, trois sujets sont choisis pour chaque matière. «Personne d’autre n’est au courant du choix de ces sujets hormis les membres de la commission. S’il y a fraude, ça ne peut être que ceux-là qui choisissent les sujets», insiste Cheickna Kéïta. En clair, le pédagogue pense que la fuite des sujets vient très souvent des membres de la commission. 

L’enseignant à la retraite Siaka Taméga estime plutôt que la fuite des sujets pourrait avoir plusieurs origines. À en croire le sexagénaire, l’administration scolaire et les membres en charge de la gestion des examens scolaires tentés par le gain facile et le favoritisme pourraient être à l’origine de la fuite des sujets. 
Il s’empresse d’ajouter que la fraude peut aussi venir des centres d’examen juste après l’ouverture des enveloppes.

Le retraité pense que l’honnêteté et la probité des agents en charge de la gestion des examens sont des valeurs morales qui crédibilisent nos examens et diplômes. Il propose la déconcentration, la décentralisation des examens au niveau des Académies comme solutions. Cela permettra, selon lui, de situer rapidement les responsabilités et de prendre les mesures qui s’imposent. 

Au-delà des sanctions administratives, Siaka Taméga recommande, de mettre les fraudeurs à la disposition de la justice. Pour le professeur de lettres au lycée «Ba Aminata Diallo» (LBAD), Ousmane Almoudou, il n’y a pas deux coupables dans cette histoire. «Ce comportement incivique est orchestré par ceux qui sont chargés de l’élaboration et de la distribution des sujets», accuse-t-il.

SANCTIONS- Tout comme l’administration, les parents d’élèves sont aussi préoccupés par la fuite des sujets d’examen. C’est le cas de Mamadou Ouologuem. Ce parent d’élève pointe lui aussi un doigt accusateur sur les membres de la commission chargée des sujets d’examen. Et d’ajouter que l’expansion rapide de la fuite des sujets est due à la mauvaise utilisation des nouveaux moyens de communication à travers les réseaux sociaux comme WhatsApp. Le parent d’élève juge que la fraude à l’examen ternit l’image du pays et décrédibilise les différents diplômes.

«À cause de la fraude, les plus méritants et les médiocres seront tous égaux. Ce qui n’est pas normal», fait remarquer Mamadou Ouologuem. Comme solutions, il propose la sensibilisation, la collaboration des opérateurs téléphoniques de la place pour combattre la fraude et surtout les sanctions à l’encontre des coupables. 

L’enseignant Ousmane Almoudou pense qu’il faut davantage renforcer le système informatique pour minimiser les fuites de sujets d’examen. À ce niveau, il interpelle le ministère en charge de l’Éducation, le Centre national des examens et concours de l’éducation, ainsi que les Académies d’enseignement. 

«J’ai entendu parler de la fuite des sujets au DEF. Je pense que cette pratique nous déshonore au plan international. Nous devons compter sur nos propres efforts et non sur la fraude à l’examen», nous confie Fatoumata Sangaré, élève de 3è année au Centre de formation les «Réussisses» à Niamakoro. Cette initiative vise à rendre les examens plus fiables

Son camarade de 3è année à l’Institut moderne de formation «Sogholo», Cheick Hamala Sangaré, pessimiste, pense qu’il est difficile de combattre la fraude aux examens.  
La fraude aux examens n’est pas un sujet tabou au Centre national des examens et concours de l’éducation (CNECE). Son directeur, le Pr Mohamed Maïga, explique que la fuite des sujets est l’apparition d’un sujet avant l’examen. 

Ses origines, selon lui, peuvent être intentionnelles ou soit une erreur. «Celui qui met les sujets dans les enveloppes peut en être responsable. C’est difficile de combattre la fraude dans cette situation de notre pays, mais on peut minimiser cette pratique anti-pédagogique», souligne le Pr Mohamed Maïga qui rappelle qu’il y a bel et bien des sanctions contre les personnes responsables de fraude aux examens. Il est plutôt pour les sanctions administratives que judiciaires.

De son côté, le secrétaire général du ministère de l’Éducation nationale, Kinane Ag Gadéda, dira que la fuite des sujets signifie que les documents confidentiels frappés des sceaux sont diffusés auprès des personnes qui n’ont pas le droit de les voir ou de s’en procurer. D’après lui, les personnes mal intentionnées pour des raisons pécuniaires, de sabotage et pour des raisons inconsidérées sont à la base de cette mauvaise pratique dans le milieu scolaire. 

Kinane Gadéda reconnaît que ce phénomène qui revient presque chaque année lors des examens affecte notre système éducatif et détruit les ressources financières débloquées par l’État dans l’organisation des examens scolaires. «La fuite des sujets propage la médiocrité et produit des mauvaises graines. Le phénomène dévalorise et décrédibilise tous les acquis issus de notre système éducatif et les agents chargés de l’organisation des examens», constate-t-il. Et le secrétaire général d’avertir que toute personne qui se fera prendre subira des sanctions administratives, pénales et morales. 

Le phénonème peut-il être vraiment vaincu ? En réponse, Kinane Gadéda soutient qu’on peut mettre un terme à la fraude en minimisant les faiblesses du circuit des sujets et en expulsant pour le reste de l’examen le candidat pris en flagrant délit en train de copier  

Sidi Y. WAGUÉ