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Un réseau d’enseignants garantit le succès à l’examen pour seulement 10 000 Fcfa

Les examens constituent un dispositif essentiel de tous les systèmes scolaires modernes. Ils sont un exercice à travers lequel est évaluée la capacité de l’élève à passer à la classe supérieure. Défini comme tel, le passage à la classe supérieure de l’élève doit refléter le seul effort de celui-ci.

L’examen scolaire contribue donc de manière décisive à la définition de la compétence de l’apprenant, tout en assurant, un rôle régulateur sur les formations. Selon les spécialistes de la pédagogie, l’examen scolaire consiste, au sens propre, à porter un regard attentif sur l’apprenant. Sa particularité est qu’il classe les élèves en évaluant leurs performances et leurs talents au terme d’une formation.

Toutes démarches ou pratiques non reconnues par les règles de la pédagogie et contraires à l’esprit d’un examen scolaire constituent des fraudes. De façon générale, les fraudes sont inhérentes aux examens. Mais le genre de fraude qui menace aujourd’hui à Bamako vise une échelle assez grande et ses principaux responsables sont des enseignants avides d’argent. Ceux-ci constituent de véritables réseaux et proposent de faire passer les candidats aux examens moyennant espèces sonnantes et trébuchantes. Comment procèdent-ils ?

Le mécanisme est d’une étonnante simplicité comme nous avons pu le vérifier dans une école de Commune IV du District de Bamako. Selon un initié, le directeur de cette école propose aux candidats de leur faire passer avec succès l’examen du Diplôme d’études fondamentales contre le paiement de seulement 10 000 Fcfa.

En outre, il est proposé à l’élève nul de 7è qui veut passer en classe supérieure de payer 1000 Fcfa. Les nuls de la 8è année pour passer en classe supérieure déboursent 2000 Fcfa. Les sommes plutôt modiques, indiquent que les promoteurs de la fraude escomptent sur un nombre élevé de « clients ». Une trentaine de candidats au DEF se sont déjà acquittés de la somme requise.

Le directeur d’école, qui n’est pas à sa première expérience, nous a expliqué (sans savoir que nous étions journalistes) que l’initiative vient des élèves. « Quelques élèves m’ont contacté pour m’expliquer leur projet de collecter 10 000 Fcfa auprès de chaque candidat pour que nous leur donnions « un coup de main » lors de l’examen.

J’ai accepté car je sais que c’est quelque chose qui se fait dans plusieurs centres d’examen de la capitale », nous a-t-il indiqué. « Le projet rencontre actuellement la réticence de certains parents d’élèves du quartier à tel point que j’ai envisagé de l’arrêter », reconnaît-il avant de souligner qu’il y avait eu beaucoup trop de bruit autour de l’opération.

Or, poursuit-il, « ce sont des choses qu’on fait en catimini. Certains parents d’élèves ont vu çà d’un mauvais œil. Mais moi je pense qu’un enseignant doit tout faire pour que son élève soit admis à un examen ou passer à la classe supérieure. Les gens ne m’ont pas compris. Je crois que je vais arrêter ». En réalité, la machine semble déjà trop bien lancée pour s’arrêter tout net.

Évoquant les élèves qui échoueraient, notre directeur d’école propose de leur restituer leur argent. Mais pour lui ce cas de figure est fort improbable car le réseau travaille avec des surveillants cooptés des centres d’examen. Aussitôt que les noms des surveillants sont connus, le réseau propose de l’argent à ceux qui voudraient jouer le jeu. Dans ce groupement figurent des enseignants de toutes les disciplines.

Ce sont eux qui traitent les épreuves d’examen, lesquelles seront ensuite remises aux surveillants complices qui se chargeront à leur tour de remettre les épreuves traitées aux élèves dont les numéros de place leur ont été préalablement communiqués. Nous avons rencontré plusieurs d’élèves qui se sont déjà fait inscrire sur la fameuse liste du directeur. « J’ai été informé par des camarades de classe.

J’ai payé 10 000 Fcfa et j’ai été retenu parmi les candidats qui vont « être aidés », nous confie un élève, candidat au DEF. Une candidate énonce calmement : « Ce sont des choses qu’on fait dans tous les examens. Donc si on me le propose, je ne peux pas refuser à moins de pas être en possession de la somme demandée ».

Baye Coulibaly,

Mercredi 27 Juin 2012

Essor