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Pour pallier l’insuffisance des professeurs devant évaluer les épreuves du Certificat d’aptitude professionnelle (Cap) et du Brevet de technicien (BT), qui débutent ce lundi 30 juin, le gouverneur et le maire du district de Bamako ont réquisitionné les enseignants de la Coses. Mais la Coordination y oppose une fin de non-recevoir.

« Nous allons faire le DEF et le bac sans eux », avait-on entendu des voix les plus autorisées. Et effectivement, les épreuves du DEF et du bac se sont déroulées sans la participation des enseignants militants de la Coordination des syndicats de l’enseignement secondaire (Coses).

Les autorités ont-elles poussé trop loin le bouchon avant de se rendre compte que la Coses est un partenaire incontournable dans la bonne marche de notre système éducatif et particulièrement dans l’évaluation des épreuves du Cap et BT ? Toujours est-il que le bras de fer continue.

Par décision n°08-764/GDB-CAB et 373 du 23 juin 2008, le gouverneur du district de Bamako et le maire du district ont réquisitionné les professeurs de l’Ecole centrale pour l’industrie, le commerce et l’administration (Ecica) et du Centre de formation professionnelle (CFP) pour évaluer des épreuves des examens du Cap et du BT.

Ces examens débutent ce lundi 30 juin. Au total, ce sont 108 professeurs toutes spécialités confondues (mécanique auto, maintenance, chimie, géologie, dessin, électronique, maçonnerie, froid…) qui ont été réquisitionnés et dont la liste a été rendue publique vendredi.

Au cours d’une assemblée générale dans les locaux du lycée Technique, la Coses a dénoncé cette décision des autorités administratives du gouvernorat de Bamako et de la mairie centrale. Tout en leur adressant une lettre de recours gracieux contre la décision qu’elle juge illégale, la Coses a invité ses militants réquisitionnés à refuser de l’observer.

Pour les membres du bureau de la Coses, la décision des autorités administratives du gouvernorat et de la mairie centrale de Bamako a été prise en violation des textes juridiques relatifs à la réquisition en République du Mali, notamment la loi n°87-48/AN-RM du 10 août 1987 relative aux réquisitions de personnes, de service et de biens.

Cette loi dispose en son article 1er que : « la présente loi a pour objet de définir les conditions d’exercice du droit de réquisition sur les personnes, les services et les biens dans les seuls cas prévus par les lois sur l’organisation générale de la défense et sur les états d’exception ».

Selon la Coses, la décision du maire et du gouverneur du district ne fait en aucun cas référence à cette loi qui, reste, ajoute-t-elle, la seule base légale en matière de réquisition en République du Mali.

Cette décision des autorités de réquisitionner les militants de la Coordination des syndicats de l’enseignement secondaire prouve à suffisance, n’en déplaisent à leurs détracteurs, que les enseignants affilés à la Coses restent indispensables pour notre système éducatif.

Denis Koné

Dépôts de bilan

Plus d’espoir pour les cotonculteurs maliens : la Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT), dernier vestige de l’industrialisation au Mali, sera « filialisée » ; un vocable lénifiant trouvé par le décideur pour cacher une privatisation imposée par les colons économiques (Banque mondiale et Fonds monétaire international agissant pour le compte de l’Occident capitaliste insatiable).

Les quelque 6 millions de Maliens, qui vivent directement ou indirectement de l’or blanc, devront faire leur deuil après l’intervention du ministre de l’Agriculture, interpellé sur le sujet jeudi dernier à l’Assemblée nationale et qui a été on ne peut plus clair : la CMDT, en l’état actuel des choses, est un fardeau.

Et pourtant dix ans avant, rien ne présageait cette issue aussi tragique pour le géant du coton malien : Ciwara d’excellence, réalisation de gros bénéfices. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et puis patatras !

Demain, la Société des télécommunications du Mali (Sotelma) également passera à la trappe. Alors que si on fait un retour 10 ans en arrière, l’on se souviendra qu’elle aussi avait été portée au pinacle. Ciwara d’excellence pour le manager en chef, extension de la couverture télévisuelle et du réseau GSM, etc.

Mais alors d’où vient donc que ces « géants » de l’économie, après avoir tutoyé les sommets du rendement s’écroulent subitement comme châteaux de cartes ? De deux choses l’une : ou bien les bilans présentés étaient faux et n’avaient d’autre but que de flouer l’autorité pour préserver des situations de rentes ;

ou bien le colon économique, qui ne crache sur aucun bénéfice, use une fois de plus de ruses pour nous ôter notre maigre pain de la bouche, en s’emparant de nos patrimoines nationaux qui ont juste besoin de bonne gestion des ressources (financières et humaines) pour se renflouer.

Dans les deux cas, la responsabilité de l’autorité est entière. Il s’agit bien d’un dépôt de bilan pour la CMDT et la Sotelma et partant pour l’Etat qu’elle pouvait anticiper et étouffer dans l’œuf grâce à la diligence des services de contrôle, si tant est que « gouverner, c’est prévoir ». Dommage ! Car pour une raison ou une autre, mais toujours aux dépens du peuple, on a laissé quelques individus s’en donner à cœur joie et même toiser le BGV. Ha « Mon pays-SA » !

Ça n’est peut-être pas fini parce qu’après la CMDT et la Sotelma, il ne restera plus qu’Energie du Mali (EDM) comme société « publique » d’envergure, dont les « efforts » sont constamment rappelés et salués par l’autorité suprême. Pourtant, devant tant de pommade, ses travailleurs doivent se poser les bonnes questions et trouver les réponses adéquates afin de se mettre à l’abri de surprises désagréables.

Ils doivent se méfier des lauriers et surtout se convaincre que certains consommateurs les attendent au tournant sur l’éclairage public par exemple.

Parce que tous les abonnés sont contraints de mettre la main à la poche, l’EDM n’en fait plus qu’à sa tête : éclairant certaines artères jusqu’à 8 h du matin et sevrant d’autres plus importantes la nuit. Ils ne comprennent pas non plus, qu’installés sur les berges d’un des fleuves les plus importants d’Afrique, on puisse les contraindre à une insupportable corvée d’eau.
« Un homme averti en vaut deux ».

A. M. T.

30 Juin 2008