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Lundi 10 mars 2008 : la ville de Gao a vécu un événement émouvant avec le retour au bercail des 22 derniers otages militaires retenus depuis près de huit mois par la bande à Ibrahim Bahanga. Comment cette libération est-elle intervenue ? Où ? Qui sont les acteurs de cette libération ? Où étaient détenus ces militaires ? Dans quelles conditions ? Notre envoyé spécial à Gao fait le point.

Lundi dernier, le chef de l’Etat, Amadou Toumani Touré, à la tête d’une forte délégation comprenant le ministre de la sécurité intérieur et de la protection civile, Sadio Gassama, le chef d’Etat major général des Armées, le Général Seydou Traoré, le chef d’Etat major de l’Armée de terre, le Colonel Gabriel Poudiougou et celui de la Garde nationale, le Colonel Broulaye Koné, quitte Bamako aux environs de 10 heures à destination de Gao.


Promesse présidentielle

En effectuant ce déplacement, le chef suprême des Armées honorait une promesse faite depuis l’enlèvement au Nord-est de Kidal d’une trentaine de soldats de l’Armée par Ibrahim Bahanga, celle de ramener tous les otages sains et saufs dans le pays et au sein de leurs familles respectives.

Avant le décollage de l’avion présidentiel, Amadou Toumani Touré avait eu au bout du fil, Mamadou Bany Kanté, Directeur général de la Libya Africa Portofolio for Investiment pour l’Afrique de l’ouest (LAP). Proche du président Touré, Bany Kanté a pris une part prépondérante aux négociations menées par les Libyens en vue de la libération des otages. Il sera parmi les membres de la délégation libyenne qui a conduit les ex otages à Gao.
Bany Kanté confirmera au président Touré la remise aux autorités libyennes des 22 otages. Une remise qui a eu lieu, la veille à Seba, dans le sud de la Grande Jamahirya Libyenne.

C’est dans cette ville, en effet, que le lundi 10 mars, vers 6 heures, les ex otages maliens et nigériens ont embarqué dans un bœing de commandement affrété par le Guide de la Révolution libyenne, Mouammar Kadhafi.
C’est tout rassuré que le président Touré, qui a eu un autre échange téléphonique avec le seul officier du groupe des otages, un Capitaine, a quitté Bamako à destination de Gao.

Vers 11 heures, l’avion présidentiel atterrit à l’aéroport où le président de la République fut accueilli par la hiérarchie militaire conduite par le colonel El Hadj Gamou, chef du PC opérationnel de Gao et Kidal.

Dans le hall de l’aéroport, le chef de l’Etat fit une brève déclaration devant une assistance composée de nombreux éléments des forces armées et de sécurité déployés actuellement en 8è région.

ATT a rendu hommage à ces hommes et femmes accomplissant actuellement leur mission de défense de la patrie, souvent dans des conditions difficiles. Il a mis l’accent sur les efforts entrepris par lui-même et d’autres au Mali et à l’extérieur pour le retour des otages.


Ils sont là

Il était 11 heures 30, lorsque le bœing de commandement de la Grande Jamahirya libyenne s’est posé sur le tarmac de l’aéroport de Gao. Un moment d’intenses émotions. Le chef de l’Etat, en compagnie des chefs militaires et des gouverneurs des régions de Gao et de Kidal qui, la veille, avaient ramené à Gao, 7 otages libérés dès le samedi 8 mars, s’avance vers l’avion.

A 11 heures 37, le Dr Mansour El Meïdy, ancien Ambassadeur de la Libye au Tchad et actuellement Coordinateur de la Fondation Seif El Islam Kadhafi, franchit la porte de l’avion. Il est suivi de Mamadou Bany Kanté et Moussa Kony, ex Consul de la Libye à Kidal.

Ensuite, les 15 ex otages, avec à leur tête, l’officier du groupe, franchissent la porte de l’appareil.

Certes éprouvés, mais nos soldats, visiblement, gardent le moral. Témoin, le sourire qu’ils affichent à leur descente d’avion. Le président de la République, au bas de la passerelle, leur serre la main un à un.

Un petit mot de bienvenue et d’encouragement est adressé par ATT à chaque membre du groupe. Habillé en treillis, les ex otages semblaient éprouvés par cette longue captivité, mais tous se portent bien. Les épreuves qu’ils ont endurées sont loin d’entamer leur détermination à poursuivre leur mission de défense de la patrie.


Déténus hors du territoire national

Issus pour la plupart du contingent 2006, de l’Armée, un groupe d’ex-otages avait été dispatchés et détenus vers la frontière algérienne. Mais par crainte d’une attaque de l’Armée, leurs geôliers procédaient régulièrement à leur déplacement d’un endroit à un autre. Au nombre de 7, ce sont eux qui ont été libérés à Tamanrasset, le samedi 8 mars, puis amenés à Gao, via Kidal.

Un autre groupe, parmi les 15 arrivés à Gao, était détenu au Niger.

Au nombre de 7 soldats, ce groupe, selon des témoignages recueillis à Gao, a été gardé, dans les massifs nigériens sous le contrôle du MNJ (Mouvement Nigérien pour la Justice).

Très remontés contre l’Armée malienne en raison des pertes qu’ils ont subies lorsqu’ils ont tenté de porter secours à Bahanga à Tinzawaten, les Nigériens ont trouvé prétexte à se venger sur les otages maliens.

Le troisième groupe composé de 8 otages, avait été déporté jusqu’au Tchad où ils étaient gardés dans le Tibesti.
Finalement, ces deux groupes ont été acheminés, la semaine dernière, dans le sud libyen, d’où ils ont rallié Seba pour être libérés.

Constance dans la démarche

Quatre mois de tractations pour aboutir à ce résultat, le président Touré a fait preuve d’une constance dans sa démarche.

En effet, le chef de l’Etat, depuis le début de cette affaire, a opté pour une solution négociée, tout en restant ferme sur le respect strict de l’Accord d’Alger, signé entre le Gouvernement malien et l’Alliance du 23 mai.

Aussi, Amadou Toumani Touré a exclu toute négociation directe entre le Gouvernement et le groupe Bahanga.

Ainsi, ATT a, dans sa démarche, opté pour une approche qui fut basée, à l’intérieur, sur l’implication des notabilités de Kidal. Celles-ci ont joué un rôle déterminant dans la décrispation de la tension dans la région de Kidal, suite au coup de Bahanga.

A l’extérieur, Abdel Aziz Bouteflika, avec la dernière visite du président Touré en Algérie, s’est impliqué pour la libération d’un groupe d’otages.

Parallèlement, le chef de l’Etat, conscient du rôle que joue la Libye dans le règlement de certaines crises, a fait appel au Guide de la Révolution Libyenne afin de trouver une issue favorable à cette prise d’otages. Dès lors, le président de la République et Kadhafi ont personnellement suivi tout le processus entamé, au mois de décembre 2007, par des émissaires de la Fondation de Saïf Al Islam Kadhafi et de la LAP, dirigée par le directeur de cabinet du Guide, Bachir Salah Bachir. Depuis, d’incessantes tractations eurent lieu en vue de la libération des otages.

Courant décembre 2007, Bahanga avait quitté l’Algérie pour la Libye. Il voulait discuter directement avec le Guide des conditions de la libération des otages. Kadhafi refusera de le recevoir tant qu’il détient un seul otage. Ce voyage en Libye provoquera l’ire des Algériens qui ont senti qu’ils étaient sur le point de perdre le contrôle sur les bandits conduits par Bahanga. Ainsi, Alger accepte mal une intervention de Tripoli dans le dossier des otages.

A son retour en Algérie, Bahanga sera placé temporairement en résidence surveillée à Tamanrasset par les autorités qui entendaient, par cette mesure, le rappeler à l’ordre.
Par la suite, 10 otages seront libérés. Il ne restait plus que 22 entre les mains du bandit.

Le processus de négociation pour leur libération se poursuivit donc à Seba, Tripoli et Bamako. Des négociations menées sur le terrain par le Dr Mansour, Moussa Kony et d’autres responsables libyens sous la supervision de deux hautes personnalités libyennes, Saïf El Islam Kadhafi et Bachir Salah Bachir. Côté malien, Bany Kanté et Iyad Ag Ghaly (un moment) superviseront les pourparlers.

Tout ce dispositif était en place depuis quatre mois. Bachir, en décembre 2007, effectuera une visite de quelques heures à Bamako au cours de laquelle il a rassuré le chef de l’Etat malien de la détermination du Guide à aller jusqu’au bout. Dès lors, les deux présidents se sont régulièrement tenus informés de l’évolution des négociations, lesquelles étaient menées dans la plus grande discrétion.

Au finish, le président Touré, en recevant le dernier groupe d’otages, ne pouvait que saluer les efforts incessants de son homologue libyen qui ont abouti à un dénouement heureux.

CH. Sylla
Envoyé spécial à Gao

13 Mars 2008.