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En visite récemment dans la région de Kidal, entre Tessalit, Aguel-hoc, puis la ville de Kidal, nous avons entendu plusieurs versions par rapport aux événements survenus à Kidal, les 17 et 21 mai 2014, occasionnés par la visite du Premier ministre Moussa Mara. Certains habitants ont quitté Kidal depuis ces affrontements et vivent à Tessalit. D’autres se sont retrouvés à Gao pour rester proches des militaires maliens. Nos interlocuteurs ont tous décidé de nous parler sous couvert d’anonymat. L’un d’entre eux nous a raconté ce qu’il a vécu ce jour «sanglant», un jour qui ne peut pas oublier pour avoir aidé les soldats maliens à enterrer les administrateurs et militaires tués. Pour les militaires maliens qui ont mené ce combat, «l’armée malienne est en dehors des suspicions et des allégations fallacieuses, politiques en cours actuellement à Bamako».

La visite mouvementée qui pouvait être évitée
Pour percer le mystère autour de la question des événements survenus à Kidal, suite à la visite de l’ancien Premier ministre Moussa Mara, nous avons fait une visite dans la région de Kidal, pour échanger avec certains rescapés, victimes et acteurs des tueries barbares perpétrées contre les administrateurs et soldats maliens dans le gouvernorat de Kidal. Une série noire qui s’est prolongée jusqu’aux affrontements sanglants du 21 mai 2014. Nous avons pu faire des échanges directs avec des populations de Tessalit, Aguel Hoc et Kidal ville. Dans le lot des personnes rencontrées, nous avons choisi le témoignage d’un acteur qui a assisté à tout ce qui s’est passé du 17 au 21 mai 2014 jusqu’à l’enterrement des premières victimes du gouvernorat vers 22 heures.
«Pour la visite de Moussa Mara, tout le monde avait été informé. La Minusma, face à la situation, avait pris des dispositions pour assurer la sécurité. Un communiqué avait même été fait dans ce sens afin que la visite soit une réussite. Au même moment, le gouverneur Kamissoko a informé toute la région de cette visite», nous confie notre interlocuteur. Dans la même foulée à Kidal, dit-il, il y avait un forum du Mnla à Kidal. Lequel forum, selon notre interlocuteur, n’a jamais eu lieu. «C’était un prétexte pour les bandits armés de se retrouver à Kidal et pour planifier l’attaque du gouvernorat bien avant l’arrivée du Premier ministre». Et d’ajouter : «Le même jour, certains habitants, plus vigilants, ont informé le gouverneur qu’un bâtiment blanc situé à 200m du gouvernorat était en train d’être occupé par des hommes armés». «Naturellement, quand on est dans un bâtiment comme celui-ci, c’était pour avoir une position idéale pour faire des tirs», dit notre témoin.
La Minusma a été informée par les mêmes personnes qui ont mis la puce à l’oreille du gouverneur, mais ils ont été pris pour des plaisantins. Vers 09 heures du matin, le 17 mai 2016, les tirs ont commencé avant l’arrivée du Premier ministre. Il n’y avait qu’un dispositif léger des FAMA devant le gouvernorat. Avec les coups de feu dans la ville, cette garde légère a riposté. «Ce que je n’arrive pas à comprendre jusqu’à aujourd’hui, quand nous avons constaté que des terroristes, jihadistes, séparatistes étaient en train d’avancer vers le gouvernorat, les militaires maliens à travers feu le lieutenant Mamadou Doumbia ont voulu faire un pas pour essayer de les arrêter dans leur mouvement. Je me rappelle encore qu’un officier de la Minusma, un Sénégalais, avait empêché les FAMA d’avancer vers les séparatistes. C’était vers 09 heures 45 minutes», explique-t-il.
Ce qui a fait que les FAMA sont restés au gouvernorat alors que les autres groupes terroristes et jihadistes avançaient vers le gouvernorat. Et d’affirmer sa surprise, «ce qui surprenant, les 4 check-points de Kidal étaient détenus par la Minusma. Aucune force ne pouvait rentrer à Kidal sans la bénédiction de la Minusma. Tout le monde sans exception. Même si vous étiez du côté du gouvernement, vous ne pouviez pas avoir accès à la ville de Kidal sans l’aval de la Minusma».

À Kidal, les 4 check-points sont sur la route d’Aguel Hoc : un sur la route de Tin Essako, un autre sur la voie de Takalot, le 4ème et dernier sur la route de Gao. Il n’y a que 4 voies d’accès à Kidal. C’est dire que tous les groupes terroristes qui sont rentrés à Kidal au moment de la visite de Moussa Mara, y compris Abdoul Karim Targui, sont rentrés sous les yeux de la Minusma qui n’a absolument rien dit. Abdoul Karim Targui est un neveu d’Iyad Ag Ghali qui a été tué par la force Barkhane dans les environs de Kidal. Alors que les FAMA n’avaient aucun droit de recevoir des renforts, même si des véhicules devraient arriver à Kidal, ils étaient obligés de laisser les armes lourdes à Anefif. «Il y a un renfort de policiers qui est venu dans le cadre de la visite de Moussa Mara par avion, mais ils n’étaient pas armés. Ils n’avaient que des gaz lacrymogènes dans une situation de crise. Vers 12 heures, le Premier ministre et sa délégation sont arrivés par hélico dans le Camp 2, qui est le camp de la Minusma, et on leur a refusé des véhicules blindés. Le Premier ministre est entré dans la voiture du gouverneur de Kidal. Avec une simple balle, on pouvait le tuer. Ils ont été escortés par les FAMA jusqu’au gouvernorat. Ils ont tenu la rencontre, tout a été filmé. Après, ils ont pris la route pour le Camp 2 qui est celui de la Minusma pour aller à Gao. Mais ce qui était terrible, c’est le fait que toutes les deux heures, un hélico survolait le gouvernorat de Kidal, comme s’il y avait un lien entre l’hélico et l’ennemi terroriste. À chaque fois que l’hélico faisait un tour, les FAMA perdaient des positions. On était carrant jusqu’à ignorer cette connexion entre l’hélico et l’ennemi terroriste ? Il y avait un vent de sable, le Premier ministre et sa délégation n’ont pu partir, ils sont retournés passer la nuit dans le Camp 1 qui est celui des FAMA. Quelques minutes après, le gouvernorat est tombé. Quand le gouvernorat est tombé, il y avait des civils, des préfets et sous-préfets, qui ont été lâchement abattus. J’ai compté 5 qui ont reçu des balles dans leur tête, d’autres sauvagement assassinés. 7 des victimes étaient des fonctionnaires de l’Etat et un civil, un jeune touareg», affirme notre vis-à-vis. «La Minusma a vu les corps, elle a filmé et après, elle a donné les corps aux FAMA, c’était 72 heures après. J’ai même participé à leur enterrement vers 22 heures derrière le gouvernorat parce que certains corps étaient difficiles à transporter», déclare-t-il.

En plus de cela, il y avait trois militaires dont les corps ont été calcinés dans le BTR et devant la communauté internationale. Ce n’est que trois jours après que leurs corps ont été enterrés parce que les terroristes et jihadistes ne voulaient que personne s’approche d’eux. Entre-temps, le Premier ministre est parti pour Gao. Les FAMA ont reçu un léger renfort. Le Premier ministre devrait au moins aller voir les corps avant de repartir, mais lui et sa délégation étaient tous pressés que le jour se lève sur Kidal pour quitter cette ville.

Les éléments du 21 mai 2014 et les non-dits d’un combat à double vitesse
Quand Moussa Mara a quitté Kidal, des groupes armés, des terroristes et jihadistes sont venus gonfler les rangs des combattants de la CMA. C’est ainsi que le mercredi 21 mai 2014, vers 08 h 30, les premiers tirs ont commencé. Les FAMA, du début des combats jusqu’à 12 heures, étaient en bonne position. «Ils ont repoussé l’ennemi jusque derrière le marché de Kidal, pour ceux qui connaissent la ville. Maintenant, la terrible leçon se trouve à trois niveaux. Et ce que je ne comprends pas, personne ne parle des hélicoptères qui survolaient les positions des FAMA. Après chaque survol d’une position, les FAMA perdaient des hommes et des positions. Je vois que personne ne parle de ces hélicoptères. Les premiers blessés des FAMA ont tous été touchés aux pieds, pour réduire leur mobilité. Et dans ses positions attaquées, des débris de balles ont été récupérés, mais qui ne peuvent pas être tirées avec des armes automatiques. On entendait le bruit des armes, chaque tir était précis. Ce n’était pas des amateurs, mais des professionnels. De véritables professionnels qui connaissaient parfaitement les coins et recoins de Kidal. Il y a même eu un fameux hélico qui a atterri à 15 Km de Kidal, que les nomades ont signalé. Ce changement de situation a commencé vers 13h 23 ou 25 minutes, où d’abord les armes ont changé de bruit, et les positions des FAMA ne pouvaient plus résister pendant 15 minutes face à la nouvelle force. Dans tout cela, ce qui m’intrigue, c’est la condition dans laquelle le colonel Façal est mort. En faisant face à une maison qui n’était pas loin du lycée, des hommes très clairs, très clairs je dis bien, plus que moi, ont été observés avec des turbans mal noués. Cela m’a tiqué parce qu’on ne peut pas être nomade et être touareg et ne pas pouvoir bien nouer son turban. Ensuite, il y a eu une certaine agressivité après la mort de trois de ces peaux claires. Dès qu’ils ont enregistré ces trois morts, ils ont commencé à tirer aveuglement sur les FAMA. Les premiers militaires maliens sont morts dans cette zone», affirme-t-il.
Selon nos sources à Kidal, Tessalit et Aguel Hoc ont salué la bravoure des soldats maliens, qui n’avaient plus de matériel de communication ou était limité, et pas assez de véhicules. «Mais quelques rares militaires maliens ont défendu la patrie avec la manière», affirment nos sources. Ils se sont donné corps et âmes pour sauver le Mali. Après avoir perdu la bataille, les rescapés se sont dispersés ; certains ont pris la route de Gao, d’autres sont partis à la Minusma qui les a désarmés avant de les accepter. Le lendemain, une colonne de militaires français a sillonné la ville pour récupérer les débris de balles. Ça, ce n’est pas un fait du hasard. Pourquoi récupèrent-ils des débris de balles, se demandent encore certaines personnes. Pendant que d’autres s’interrogent sur la provenance des armes utilisées par les rebelles, sans oublier les appels téléphoniques et les vidéos des hélicos qui ont fait des va-et-vient incessants.

La commission d’enquête devrait faire des enquêtes d’abord sur l’assassinat de nos préfets, sous-préfets et civils, commis par ces barbares qui sont dans le processus de réconciliation, soutient notre interlocuteur. Avant d’ajouter : «Au jour où je vous parle, même la communauté internationale a reconnu la qualité avec laquelle les FAMA sont en train d’occuper au fur et à mesure le territoire national, notamment au nord du Mali. Nous pensons que le débat de caniveaux actuel à Bamako peut se faire mais l’armée malienne est hors des suspicions et des allégations fallacieuses, politiques en cours actuellement à Bamako. C’est un faux débat que dire aujourd’hui que les FAMA ne sont pas à la hauteur, ou essayer d’indexer les chefs militaires, les officiers supérieurs de l’armée. Ils ne doivent pas être cités dans ces affaires parce qu’ils répondaient d’un commandement qui a bien travaillé et même bien travaillé à Kidal ici. Pendant leur cours séjour à Kidal ici, la situation était normale parce qu’ils savaient faire leur travail. Pour moi, c’est le lieu de remercier ces vaillants soldats. Les FAMA et tous les chefs militaires de l’armée malienne, les officiers ainsi que les soldats».
D’après nos sources, les attaques de Kidal ont été bien préparées et étaient dirigées contre les militaires, les civils et les administrateurs de l’Etat. Et de déplorer : «malheureusement, la main invisible n’a pas été dénoncée. Une force étrangère, une force amie, a armé nos ennemis contre nous, a donné des informations sur les positions de nos hommes, pour nous chasser de Kidal, pour nous imposer la signature de l’accord de défense entre le Mali et la France, qui n’a pas tardé après ces événements».

Après la signature de l’accord de défense avec la France, ajoutent nos interlocuteurs, les rebelles sont restés à Anefif. Après, il y a eu des pourparlers avec le président mauritanien, comme s’il s’agissait d’un plan déjà préparé pour précipiter le Mali dans l’abîme, et le pousser ainsi à céder facilement. Nos interlocuteurs ont par ailleurs salué les généraux Didier Dakouo, El Gamou et Mahamane Touré, chef d’état-major général des armées maliennes, pour leur bravoure sur le terrain. «Ceux qui sont à Bamako n’ont rien vu, ils ne savent pas la réalité des choses. Vous êtes venus ici plusieurs fois, vous avez fait Tessalit, Aguel Hoc et Kidal. Est-ce que vous parlez de la même façon que ceux qui ne sont jamais venus ici. On voulait même vous amener dans d’autres localités, mais la situation sécuritaire ne le permet pas pour le moment. Nous n’avons pas entendu, nous étions dans le feu de l’action. C’est pourquoi nous saluons ces généraux, Didier, Gamou et Touré, sans eux, leur présence, ça aurait été encore pire que ce que nous avons raconté maintenant. La réforme en cours de l’armée est en quelque sorte fonction de leur abnégation au travail, chacun d’entre eux est un exemple. Ils doivent être soutenus pour permettre à l’armée malienne de rester debout, parce qu’ils nous ont prouvé leur bravoure sur plusieurs fronts, depuis le début de la crise jusqu’à nos jours. Il serait aussi bien de vous rappeler quel que soit le nombre d’officiers que vous avez sur le terrain, si vous avez en face une coalition de pays bien formés, bien équipés et développés contre un seul pays, vous ne pouvez pas tenir. C’est ce qui s’est passé à Kidal. Il y avait un complot contre le Mali et cela n’a jamais été caché», soutient notre interlocuteur.
Il en existe beaucoup de témoignages, en sus de la part de vérité de ce rescapé, sur les événements survenus à Kidal, suite à la visite du Premier ministre Moussa Mara, du 17 au 21 mai 2014. Nous en avons d’autres qui seront utiles à savoir surtout concernant les actes posés par nos braves FAMA et leurs différents chefs pour l’unité du Mali, la paix et la réconciliation nationale.

Sinaly KEITA

Le Reporter du 31 Mai 2016