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Après la signature d’un accord entre le gouvernement et les insurgés du 23 mai 2006 à Alger, la semai­ne dernière, les choses semblent aller vite désormais.

Le cantonnement des combattants de l’Alliance Démocratique pour le Changement est prévu pour le 8 mars prochain et le forum de Kidal est attendu le 23 mars. Comment ce changement est perçu dans la ville de Kidal ? Et quels sont les espoirs de réussite ? Reportage.

En prenant les armes le 23 mai 2006 contre les garnisons de Kidal et Ménaka, les touaregs qui se réclament aujourd’hui de l’Alliance Démocratique pour le Changement juraient à qui voulait les entendre que leur combat n’avait pour objectif que le développe­ment de cette région. Mais la suite des événements montre qu’à Kidal tous les touaregs ne soufflent pas dans la même trompette.

Ainsi, nombreux sont les habitants de la ville à croire que le coup de théâtre de mai dernier a été une aventure. Pour eux, le développement de leur ville ne nécessite aucunement l’option de la violence.

Ce n’est pas pour rien qu’il y a cette divergence d’approche entre les habi­tants de la ville. En réalité Kidal a beaucoup changé depuis 1994. Le donjon du fort qui surplombait jadis la cité n’est plus visible aujourd’hui. Les nouveaux chantiers de construction donnent à la ville l’allure d’une agglomération en pleine croissance écono­mique.

Dans ces conditions, la perspective d’un change­ment de la situation qui prévalait jusqu’à la semai­ne dernière est perçue comme le signe d’une réelle paix. Mais la question ne suscite pas beaucoup d’en­thousiasme chez les habi­tants. D’ailleurs, plusieurs personnalités de Kidal s’in­forment à travers le blog des insurgés.

Avant la signature de l’accord du 20 février 2007 à Alger, rien n’était su de l’évolution des négocia­tions par la population de Kidal. « On attend la suite des pourparlers qui se déroulent actuellement à Alger« , a expliqué un haut cadre de la ville. Mais s’agissant des raisons du blocage du cantonnement des insurgés, il ne fit aucun commentaire, estimant que la situation dans laquelle se trouvent les responsables de l’insurrection a été une erreur.

Tout compte fait, les habitants de Kidal pensent que l’espoir est permis pour la paix. Cependant, leur espoir ne se fonde pas sur l’accord qui vient d’être signé. Ceci n’est considéré que comme une étape vers la paix. La condition sine qua non de la paix, selon certains ressortissants de Kidal, est la fermeté de l’Etat face à ceux qui choi­sissent la voix de la violen­ce.

« Tout ce qui se passe ici à Kidal a été favorisé par l’Etat« , s’indigne un jeune fonctionnaire pour qui les raisons politiques ont beaucoup prévalu dans l’embourbement de la crise depuis 1994. Ce qui est sûr, c’est que les insurgés eux-mêmes sont fatigués de la situation.

« Les montagnes, vous savez, ce n’est pas vraiment confortable« , iro­nise un habitant de la ville qui estime comprendre pourquoi certain parmi ceux qui avaient rejoint les insurgés sont de retour à Kidal.

Soumaïla T. Diarra

1er mars 2007.