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Les évaluations nationales ont débuté lundi dans les établissements secondaires avec les classes de terminale sous bonne garde des forces de l’ordre. Si dans certains établissements, « les élèves ont répondu au grand complet », dans d’autres, c’était le calme plat avec des lycéens de Bamako et de certaines localités de l’intérieur qui ont complètement vidé les lieux dès les premières heures de la matinée.

Lors d’un point de presse vendredi dernier, le secrétaire général de l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) avait réitéré que, contrairement aux évaluations avortées et émaillées de violences du 5 mai dernier, son Association accédait à l’organisation des compositions nationales par les autorités.

« L’AEEM a invité ses élèves à composer car nous ne voulons pas d’une année blanche. Tout le monde veut sauver l’année. Nous n’accepterons pas que notre avenir soit pris en otage », avait affirmé Mohamed Baby.

C’est hier, 19 mai que les élèves des classes de terminale devaient renouer avec les classes pour le début des toutes premières évaluations dans les lycées publics. Et l’appel du 1er responsable de l’AEEM a été plus ou moins suivi, car visiblement chaque élève se comportait en fonction de sa propre conviction et de celle de son entourage.

Au lycée Mamadou Sarr de Lafiabougou, au moment de notre passage (le matin), les élèves étaient dans les classes, concentrés sur le sujet de la première épreuve. Les surveillants des épreuves étaient venus du Centre d’animation pédagogique (Cap) de Lafiabougou.

A eux, s’étaient joints des enseignants militants de la Fédération nationale pour l’éducation et la culture (Fenarec), un syndicat non-membre de la Coordination syndicale des enseignants de secondaire (Coses).

« Les 11 salles ont fait le plein. Il n’y a aucune perturbation et les évaluations suivront leur cours normal », s’est félicité le proviseur Alou Diarra.

Ce dernier, qui s’apprêtait à accueillir le gouverneur du district de Bamako, Ibrahim Féfé Koné, en tournée dans les établissements a toutefois déploré l’attitude de la Coses : « Je suis frustré parce qu’il y a trop de passion dans l’attitude des enseignants. Le syndicalisme est une conquête et ne veut pas dire tout ici et maintenant.

C’est l’honneur de l’école et de la nation entière qu’il faut défendre ». Il a invité ses camarades à dépassionner la lutte et à savoir raison garder. Quant aux corrections, il a indiqué qu’elles « se feront normalement ».

La même atmosphère régnait au lycée Prosper Kamara (LPK) d’Hamdallaye. La cour de l’établissement avait les allures d’un jour d’évaluations.

A 10 heures, les élèves étaient encore en classe, et le censeur s’activait à donner des instructions aux surveillants. Un enseignant que nous avons croisé a laissé entendre que « les élèves sont dans toutes les salles sans problème ».

Constat d’échec

Cependant, dans certains établissements, le constat était amer tant l’échec était patent et l’accalmie inhabituelle, laissant perplexes les observateurs.

Au lycée Bah Aminata Diallo, ex-lycée de Jeunes filles, les salles de classes étaient complètement fermées en présence de forces de l’ordre tranquillement assises et échangeant sur divers sujets. Seulement quelques élèves erraient dans les alentours de l’établissement tandis que d’autres venaient s’informer de l’évolution de la situation avant de repartir aussitôt.

Un d’eux a témoigné que « les élèves disent qu’ils ne peuvent pas se faire évaluer dans de telles conditions. Tout le monde a quitté le lycée dès les premières heures de la matinée. Les responsables de l’AEEM ont brusquement disparu, car la police les cherchait. D’autres élèves en décousaient avec des forces de l’ordre ».

Non loin de là, au lycée Technique de Bamako, l’on pouvait noter la présence clairsemée de quelques élèves dans la cour et d’une poignée d’entre eux dans les classes. « Beaucoup d’élèves sont retournés à la maison et d’autres ne sont même pas venus. Ils estiment qu’ils ne peuvent pas se faire surveiller par des personnes étrangères. Ils disent tout simplement qu’ils soutiennent leurs enseignants », a dit un élève.

Partagés entre la participation aux évaluations et le boycott, des élèves se chuchotaient à l’oreille que « ces évaluations ne seront pas prises en compte dans la mesure où seulement une minorité d’élèves s’y soumettent. Tout compte fait, nous sommes derrière nos enseignants ».
Confortablement installé dans son bureau, le proviseur, Mamadou Kéita a indiqué que « les surveillants sont venus du lycée La Lumière de l’Hippodrome ».

« Je n’ai pas de sentiment particulier et rien à dire sur l’attitude de la Coses, dont les militants ne se sont point présentés aujourd’hui. Après les évaluations, nous collecterons les feuilles et les enverrons à l’inspection. Tout vient d’en haut. Rien ne dépend de nous », a-t-il ajouté.

Situé à quelques encablures du lycée technique, le lycée Alfred Garçon était lui aussi plongé dans une accalmie inaccoutumée. Les salles de classes étaient fermées et les élèves ne se signalaient même pas.

Sur la rive droite du district, aux lycées Massa Makan Diabaté de Baco-Djicoroni et Kankou Moussa de Daoudabougou, l’on notait également beaucoup de boudeurs.

A l’intérieur du pays, le même constat d’échec s’imposait. Selon des sources, « les évaluations n’ont pas eu lieu. Et il y a des sorties massives dans les lycées de la ville de Tombouctou, de Niafunké et à l’Institut de formation professionnelle de Diré ». Des sorties que les forces de l’ordre n’ont pas pu empêcher.

Joint au téléphone, le secrétaire général de la Coses, Tiémoko Dao a réitéré que « l’Etat fait du forcing et ne veut pas s’assumer. Aux nombreux élèves qui ne se sont pas faits évaluer, je dis que ces notes ne sauraient être prises en compte. Les pouvoirs publics ont fait preuve de mauvaise foi pour aplanir les divergences. L’année n’est pas encore perdue ».

Amadou Sidibé

Ogopémo Ouologuem

20 Mai 2008