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En 2021, le Centre de Recherche et d’Action sur les Droits Economiques Sociaux et Culturels (CRADESC) a effectué une étude sur les travailleuses domestiques dans cinq pays de l’Afrique de l’Ouest (Sénégal, Guinée, Côte d’Ivoire, Burkina Faso et le Mali). Cette étude a porté sur la documentation sur les violations des droits économiques, sociaux et culturels (DESC) des travailleuses domestiques, pour porter le plaidoyer en Afrique de l’Ouest. Au Mali, l’étude a été faite en collaboration avec ADDAD-Mali (Association de Défense des Droits des Aides Ménagères et Domestiques) et d’autres acteurs concernés. Un déjeuner de presse a été organisé par CRADESC et ADDAD-Mali, le 19 octobre 2022, à l’Hôtel Hanadi de Bamako pour restituer à la presse, les résultats de l’étude sur les droits des travailleuses domestiques : cas du Mali. C’était sous les houlette de la Directrice de CRADESC, Dr. Fatima Diallo, en présence de la présidente de l’ADDAD-Mali, Diallo Sitan Fofana ; Moussa Coulibaly d’Educo-Mali, représentant des organisations des défenses des droits des femmes ; de l’UNTM et autres. Il ressort du rapport que le Mali occupe la dernière place des cinq pays qui ont fait l’objet de la présente étude sur les travailleuses domestiques.

Dr. Fatima  Diallo  a d’entrée exprimé l’attente de CRADESC et de ses partenaires maliens à l’endroit de la presse. «On attend des médias en tant qu’ acteurs clés  dans tout changement social, d’être  les portes voix  de cette catégorie  vulnérable, à travers  l’utilisation des  informations  qui ont été relatées  dans le rapport, les résultats des différentes  études, les recommandations  de ces études, les débats que nous avons  eus à susciter  avec les différents acteurs», a souhaité humblement  Dr. Fatima Diallo.

Parlant  des conclusions  de l’étude,  Dr. Diallo n’est pas passée par mille chemins pour  souligner que le Mali est mauvais élève dans le traitement des travailleuses domestiques. « Quand on compare  les pays où  on a  eu à réaliser  l’étude, notamment  les cinq pays de l’Afrique de l’Ouest que sont  le Sénégal, la Guinée, la Côté d’Ivoire, le Burkina Faso  et le Mali, la situation est  très alarmante  un peu partout.  Mais elle reste encore  davantage alarmante au Mali. Parce que tout simplement, c’est dans ce pays  qu’on retrouve la catégorie ou composante  la plus  élevée de travailleuses  domestiques  qui ont moins  de 15 ans. On a  eu plus de 30%  de travailleuses  domestiques  qui  ont moins  de 15 ans,  d’après  les résultats. Cela  veut dire que des enfants  qui exercent  ce travail au-delà de son caractère assez  pénible, sont  sujettes  à toutes formes de violations », explicite-t-elle. Avant de faire savoir qu’au Mali, on  retrouve plus  de  60%  de travailleuses  domestiques  qui ont moins de  27 000 FCFA  comme  salaire mensuel. Ce  qui, à ses dires, est aussi très  bas  et qui peut s’expliquer par  le faible niveau de rémunération générale des travailleurs  dans  tous  les secteurs et le faible revenu  des ménages. «Mais  ce qui n’empêche, qu’en réalité, les travailleuses domestiques sont largement  moins payées par rapport  aux travailleuses domestiques  qui  sont dans la sous région. Cela veut dire qu’elles aussi ne disposent pas  de revenus qui  leur permettront en retour de subvenir à leurs  besoins  les plus élémentaires. Cela est une forme de violation des droits des travailleuses domestiques», a déploré Dr.  Fatima.  Elle a aussi déploré que les travailleuses domestiques ne disposent pas de contrat écrit et ne sont pas enregistrées à l’INPS. Par ailleurs, elle a souligné que plus de 90% de travailleuses domestiques ont subi une des formes de violences (physique, morale…). «Ça interpelle l’ensemble des acteurs et autorités gouvernementales  à qui on va remettre  l’ensemble  de ce rapport, les acteurs de la société civile, les syndicats, les médias, et la société de manière générale. Parce que ces travailleuses domestiques sont nos enfants, nos sœurs, nos nièces, et nous  avons  le devoir  de  les protéger. Si on ne les protège pas, personne ne viendra le faire à notre place. Chacun de nous aussi a des travailleuses domestiques dans sa maison. On  interpelle tous  les employeurs à commencer par nous-mêmes, à être assez conscients par rapport à la nécessité de protéger cette catégorie vulnérable », a conclu Dr. Fatima Diallo du CRADESC.

Au terme des échanges, le comité de pilotage (COPIL) sur les droits des Travailleuses Domestiques au Mali, composé d’associations, de syndicats, d’ONG, a fait un communiqué. «Les participant(e)s ayant constaté l’insuffisance de synergie d’actions des acteur(trice)s dans le domaine de la protection des Droits des Travailleuses domestiques, ont exprimé à la suite de cet atelier, la nécessité de mettre en place un Comité de Pilotage (COPIL) sur les droits des travailleuses domestiques. Ce COPIL se définit comme un collectif de  travailleurs pour renforcer les dynamiques et la synergie autour des droits des travailleuses domestiques. L’objectif général de ce COPIL, consiste à consolider le Cadre de Concertation existant pour la promotion et la protection des droits des travailleuses domestiques et d’amplifier les actions communes à travers un plan d’action collectif. Cette synergie d’actions est l’expression d’un engagement citoyen collectif des acteur(trice)s pour se mettre à la hauteur des enjeux afin de relever les défis à travers une vision commune en vue d’un changement qualitatif pour une amélioration des conditions de vie et d’un traitement légal des Travailleuses domestiques. L’ensemble des participant(e)s note avec  satisfaction la mise en place  de ce COPIL  qui renforce la dynamique permettant d’agir et d’interagir à travers des engagements citoyens collectifs portant entre autres sur : le partage d’expérience des initiatives, des projets et programmes sur la protection des droits des Travailleuses domestiques ; le renforcement des capacités des membres du COPIL sur les enjeux d’un travail en synergie ; l’identification des leçons apprises, des bonnes pratiques et des outils en matière de protection des droits des Travailleuses domestiques, la proposition au niveau national des actions concrètes, notamment des plaidoyers afin d’être un vrai moteur pour le Cadre de Concertation », dit le communiqué.

Hadama B. FOFANA

SOURCE : Le Républicain