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Dans le cadre de la décentralisation du festival Etonnants Voyageurs, des délégations d’écrivains se sont rendues dans toutes les capitales régionales du Mali et à Kita. Du 20 au 22 novembre 2006, la ville de Ségou a reçu une délégation conduite par le Pr Pascal Baba Couloubaly, ancien ministre de la Culture. Composée du français Michel Le Bris, codirecteur du festival ; de l’ivoirienne, Murielle Diallo et du franco-tchadien Thomté Ryam, la délégation a animé des débats autour du livre dans plusieurs établissements de la cité des 4444 balanzans.

Dans la brume matinale du lundi 20 novembre 2006, aux environs de 7 heures, neuf personnes, quatre écrivains, deux journalistes, une photographe et deux cameramen, s’embarquèrent dans un mini-bus, stationné dans l’arrière cour de l’hôtel Colibris. Mission : dans le cadre de la sixième édition du festival Etonnants Voyageurs, ils doivent se rendre dans la légendaire capitale du royaume Bambara de Ségou pour entretenir les élèves et lycéens sur les vertus de la lecture.

Arrivée à Ségou, après avoir parcouru plus de 200 Kilomètres et enregistré une crevaison, la délégation a rendu une visite de courtoisie à Abou Sow, gouverneur de la région. Convaincu des vertus de la lecture, surtout chez des apprenants, le gouverneur de Ségou a félicité les initiateurs de la manifestation pour le merveilleux travail, en cours depuis 2001. Il a souhaité que les élèves et les lycéens de la ville tire le maximum de profit des rencontres programmées dans différents établissements de la ville.

Les élèves fuient la bibliothèque Premier établissement à recevoir la délégation, le lycée Cabral n’est plus que l’ombre d’un établissement prestigieux. Des élèves timides et peu confiants, pour la plupart ont préféré se taire, craignant de faire des fautes élémentaires. Les plus courageux d’entre eux qui se sont jetés à l’eau se sont noyés dès les premières minutes de discussions pour déficit de maîtrise de la langue française. A l’évidence, ces lycéens sont si loin des bibliothèques qu’ils trimbalent dans leur cursus scolaires des lacunes élémentaires qu’ils auraient pu élaguer dès l’école fondamentale.

Face à ce constat alarmant, Pascal Baba Couloubaly, ancien ministre de la culture et auteur de plusieurs livres dont le plus célèbre est “Les angoisses d’un monde”, est sorti de sa réserve. “Vous ne pouvez pas devenir de bons intellectuels sans lire les livres. Les extraits qu’on vous donne en classe ne suffisent pas”, a-t-il déclaré.

Pour sa part, Michel Le Bris a indiqué qu’il n’y a pas meilleure méthode pour découvrir le monde que par le livre. “Autant de livres, autant de monde. Et mieux, les livres sont les voyages les moins chers”, a-t-il estimé.

Le professeur Pascal Baba Couloubaly, en plus de la lecture, a exhorté les jeunes à écrire. Selon lui, aucune voie n’est forte comme celle de l’écriture pour réclamer la liberté. “L’écriture est un acte fondamental de libération et de liberté”, a-t-il déclaré.

Mieux, l’ancien ministre de la culture a estimé que ce sera toujours aux générations de dénoncer les maux de leur époque pour espérer avoir des solutions. A son avis le moyen le plus sûr pour le faire est de maîtriser la plume.

Pour cela, Michel Le Bris a suggéré aux élèves du lycée Cabral de Ségou de mettre sur pied un club de lecture. De son côté, le franco-tchadien, Thomté Ryam, auteur d’un roman intitulé “Banlieue Noire”, a présenté son œuvre aux lycéens. Selon lui, le livre parle de la vie de quatre jeunes qui vivent dans une cité difficile de Paris. “Je parle de la vie en banlieue parisienne et mon roman aide ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans les cités chaudes de se refaire une idée”, a indiqué Ryam.

Au même moment, Murielle Diallo était allée à la rencontre des élèves d’une classe du second cycle Bandiougou Bouaré. Ivoirienne vivant à Paris depuis 2004, Muriel Diallo est peintre, illustratrice, conteuse à l’occasion et auteurs de plusieurs livres, dont le dernier est intitulé “Mbéla et la perle de mamiwater”.

Au second cycle Bandiougou Bouaré, l’Ivoirien a travers son exemple a convaincu, les élèves des vertus de la lecture. Mieux, elle les a exhortés à écrire. “Vous avez la capacité d’écrire. Ayez le courage et mettez vous à l’œuvre, vous verrez le résultat dans quelques mois”, a-t-elle conseillé.

En l’espace de trois jours, une catégorie de résidents de Ségou, l’un des bastions de la tradition orale au Mali, a synchronisé son programme avec les manifestations autour du livre. “Le chemin parcouru pour que le livre rentre dans les habitudes des maliens est formidable. Mais, nous sous sommes rendus compte qu’il faut continuer sans relâche afin que le livre s’impose définitivement aux maliens”, a estimé le sage Haïdara, enseignant à la retraite à Ségou.

Assane Koné

28 novembre 2006.