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L’histoire politique des Etats-Unis ne sera plus jamais la même après les élections de novembre. Barack Obama est passé par là…
Jamais une course à la Maison-Blanche, en cette ère moderne, n’a suscité autant d’articles, d’analyses, de prédictions, tant la passion est grande.

Les deux grands partis qui règnent sur le pays de l’Oncle Sam, depuis la déclaration d’indépendance de Philadelphie, présentent des candidats atypiques.

Les Républicains ont choisi John McCain, un ancien combattant du Viêt-Nam, 73 hivers, peu instruit et peu conformiste, n’ayant quasiment pas de liens avérés avec le puissant complexe militaro-complexe. Les Démocrates ont opté, après une course épique à l’investiture, pour un mulâtre d’à peine 46 ans, considéré comme noir parce qu’il n’entre pas dans les statistiques officielles (les mulâtres).

On entend sans arrêt, depuis janvier 2008, de savants analystes pérorer sur le thème : les Etats-Unis sont-ils prêts à élire un président noir ? Je pense qu’au fond, au-delà de la question qui peut paraître légitime, ces penseurs transposent leurs propres fantasmes, préjugés et peurs inhibés sur les Américains.

Il ne faut surtout pas croire que les Etats-Unis sont peuplés par une bande d’imbéciles racistes et peu cultivés qui ne vivent encore que dans les vieux clichés.

Parce que, rarement en Occident, un pays a autant marqué sa différence d’avec les autres.

Les USA, pour ceux qui prennent le temps de chercher à aller au fond des choses, sont tout simplement un pays extraordinaire. Jamais, dans toute l’histoire de l’humanité, les Noirs et citoyens de ce pays n’ont fait des progrès aussi immenses en si peu de temps. Il y a à peine 40 ans, il ne faut pas l’oublier, la ségrégation raciale était la règle dans presque les 2/3 du pays. Les Noirs n’avaient même pas le droit d’entrer dans certaines universités.

Aujourd’hui, ils ont investi tous les champs de la vie active. Ils ont des ministres, des PDG de très grandes firmes, des généraux dans l’armée, des artistes, des acteurs, des scientifiques, des professeurs, des journalistes célèbres et respectés, des médecins, etc.

Les USA sont le seul pays au monde où 90 % des spectateurs (sont des Blancs) paient cher des billets pour voir des matches de basket, base-ball, ou football avec 90 % de joueurs noirs.

Beaucoup d’intellectuels, donneurs de leçons, feraient mieux d’y penser. Certes, tout n’est pas rose au pays de l’Oncle Sam, mais le pire de l’Amérique existe aussi dans tous les pays du monde sauf que dans ce cas précis, il est contrebalancé par ce que l’Amérique a de meilleur.

« Oui, nous le pouvons ! »

Je suis convaincu que, si au lieu de choisir les Etats-Unis pour exercer ses talents, l’astrophysicien Cheik Modibo Diarra avait choisi de rester en France après ses études, il serait aujourd’hui chauffeur de taxi ou plongeur sans papiers. Certainement pas directeur dans un laboratoire de recherche spatiale ou PDG de Microsoft Afrique. En matière d’intégration et de tolérance, la décence devrait inciter beaucoup de personnes à la prudence.

Au fond, dans mon entendement, peu importe le résultat final. L’essentiel, pour Barack Obama est déjà fait : il est entré dans l’Histoire des Etats-Unis d’Amérique par la grande porte et c’est tout ce qui compte. Quel que soit le verdict des urnes, l’Histoire retiendra que le premier Noir investi par un grand parti du pays pour briguer le fauteuil présidentiel s’appelait Barack Obama et cela, rien au monde ne pourra le lui enlever.

En Obama, on distingue clairement la trace des grands, des monuments, des géants ; l’empreinte des hommes qui marquent leur temps. Ce jeune homme longiligne, au sourire optimiste et ravageur est né en Amérique.

Le divorce de ses parents n’a pas brisé sa vie. Il a été élevé à l’autre bout du monde, en Indonésie, puis avant de se lancer en politique, il a été s’incliner sur la tombe de son père au Kenya et demandé la bénédiction de sa grand-mère paternelle, encore vivante et bien-portante. C’est ce qu’on appelle la « Baracka » de la bénédiction.

Je suis encore intimement convaincu que Barack Obama n’a pas fini d’étonner le monde. Il faut voir l’enthousiasme qu’il provoque pendant ses meetings, son magnétisme qui puise dans la force de l’Amérique, la jeunesse.

Dans un pays meurtri par le drame du 11-Septembre, secoué par les scandales politico-financiers, troublé par les mensonges éhontés de l’administration Bush et sa guerre en Irak, terrassé par la crise des prêts hypothécaires et la flambée des prix du pétrole, menacé de récession, Obama arrive comme une cure de jouvence, comme du baume sur les douleurs enfouies. « Oui, nous le pouvons ! » est son slogan fétiche.

Il dit à l’Amérique la vieille maxime : « A cœur vaillant rien n’est impossible ». Il insuffle à la jeunesse étasunienne cette dopamine dont à besoin toute jeunesse pour espérer en l’avenir.

Avec Barack Obama, l’Amérique entre dans une nouvelle ère : la fin de la génération gnangnan qui se croyait investi du droit divin de gouverner. Il met fin à ce conservatisme hypocrite qui défend la possession d’armes et appuie la peine de mort. Barack Obama rappelle tout simplement que même la première puissance économique et militaire du monde, face au doute existentiel, à besoin d’hommes charismatiques pour revivre.

C’est ce genre de leaders qui a manqué à l’Afrique après les indépendances et nous en payons encore le prix. Bravo Obama et que s’écrive l’Histoire !


Ousmane Sow

(journaliste, Montréal)

25 Juin 2008