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économique et social (PDES), le président de la République a schématisé le phénomène avec une remarquable pertinence. « Il y a peu d’entreprises dans nos pays en voie de développement, mais beaucoup d’affaires. De genres divers. L’affairisme se définit par sa préoccupation exclusive de gagner de l’argent et par tous les moyens. De ce point de vue, l’affairisme englobe la corruption, la concussion, les trafics d’influence, le népotisme, la fraude et toutes sortes de trafics.

Probablement, cela tient du poids de l’État dans les pays en voie de développement, où en dépit du libéralisme, il demeure un acteur majeur du jeu économique. Cela tient certainement aussi à la faiblesse de la société civile dont fait partie le secteur privé et qui explique l’absence de contre-pouvoirs face à la prédominance économique et politique de l’État. Il y a souvent peu d’alternatives à la fonction publique et aux postes de responsabilité politique. Certainement que cela tient aussi aux modes de consommation. Il est important de comprendre ces aspects socio-économiques, politiques et culturels pour conduire une lutte efficace contre la corruption. »

En introduisant ainsi son discours d’ouverture des travaux des États généraux sur la lutte contre la corruption et la délinquance financière au Mali, le chef de l’Etat, Amadou Toumani Touré, a donné le ton de ce que doivent être ces assises.


Une feuille de route

Il y avait du monde hier au Centre international des conférences de Bamako pour la cérémonie d’ouverture des travaux : le Premier ministre, Modibo Sidibé et les membres du gouvernement, les présidents des institutions de la République, les gouverneurs de régions et du District, les représentants du corps diplomatique et des organismes internationaux et un parterre de responsables d’organisations de la société civile.

« En prenant l’initiative des États généraux sur la lutte contre la corruption et la délinquance financière, notre pays a voulu instaurer un débat national pouvant amener toutes les couches de la population à travers l’information et la sensibilisation à une meilleure compréhension du phénomène de la corruption et de la délinquance financière, de sa nature, de ses conséquences négatives sur le développement du Mali », a indiqué Amadou Toumani Touré.

Ainsi, trois jours durant, les participants venus de tout le pays et de la diaspora discuteront des contributions issues des différentes écoutes et concertations régionales qui ont permis au Comité préparatoire d’élaborer une feuille de route pour cadrer les débats du forum.

Les domaines délimités pendant la phase préparatoire concernent tous les aspects de la vie : les services économiques (ceux de l’assiette et du recouvrement), la gestion foncière, les marchés publics, l’administration et la Fonction publique. Ils englobent également les services judiciaires et la justice, la santé, la gestion des ressources naturelles et culturelles, les déviances dans les valeurs sociétales.

Et ce n’est pas tout. Le phénomène de la corruption sera analysé à la loupe dans la vie politique et institutionnelle, la décentralisation, les forces armées et les services de sécurité, la société civile, la coopération internationale.

Un combat vigoureux

Modibo Kéïta, le président du comité préparatoire des Etats généraux, a ainsi rappelé que les auditions ont concerné les organisations de la société civile, les organisations socioprofessionnelles, le secteur privé, les administrations d’État, les partis politiques, les partenaires techniques et financiers, des personnes ressources. L’exercice a permis d’écouter attentivement plus de 150 structures et personnes ressources. Ensuite, ce fut la phase des concertations régionales.

Les entretiens se sont déroulés autour de deux grands axes : l’identification et la description des manifestations de la corruption et de la délinquance financière et les propositions de solutions visant à combattre le phénomène. Il ressort des différentes écoutes, que la corruption et la délinquance financière constituent une réalité dans notre pays et affectent la plupart des secteurs. Leur éradication nécessite un combat vigoureux, a indiqué Modibo Kéïta.

C’est justement ce que préconise le chef de l’État contre le fléau. Et pour lui, la lutte contre les pratiques illicite ne doit pas se limiter à l’indignation morale ou à la dénonciation outrée. Mais pour le combattre, il faut disposer d’une administration efficace et performante avec des agents vertueux, des règles transparentes de recrutement, de promotion, de sanction des fautes et de récompense du mérite.

En somme, une administration apte à impulser le développement, une administration au service des citoyens, une administration dont les responsables ont comme souci principal le Mali et l’avenir de ses enfants , a poursuivi Amadou Toumani Touré, avant d’inviter à une prise de conscience collective. Car, la seule responsabilité individuelle ne suffit pas pour venir à bout du le fléau.

Le président Touré a fait remarquer que depuis 2002, un certain nombre de réformes ont été engagées en vue de circonscrire le phénomène. Après son arrivée au pouvoir en juin de cette année, il avait ainsi mis en place, dès septembre, un comité ad hoc, chargé d’examiner le rapport de la Banque mondiale sur la corruption au Mali. Des pôles économiques et financiers institués par le code pénal en 2001 ont été installés auprès des tribunaux de première instance de Mopti, de Kayes et de la Commune III du District.

Les réformes ont concernés aussi la réduction du seuil à partir duquel les établissements publics sont tenus d’observer les règles de la concurrence dans l’attribution des marchés publics, en ramenant de 250 millions à 50 millions de Fcfa, le niveau des marchés de gré à gré, le renforcement des moyens humains et financiers des structures de contrôle de l’administration, l’institution du Vérificateur général et la création de l’Autorité de régulation des marchés publics.


Le combat le mieux servi

En dépit de ces mesures, le mal reste entier, a reconnu le chef de l’État qui a jugé bon d’inscrire la lutte dans la durée en adaptant de façon constante les principes de gestion des ressources publiques, les normes et les procédures et les mécanismes de contrôle et d’évaluation des structures en charge de la prévention et de la répression.

Le président de la République a souligné combien la corruption, est un phénomène complexe, aux formes de plus en plus sophistiquées, impliquant la loi du silence. Le corrupteur et le corrompu sont des complices. Aussi, chaque pas fait dans le sens de réduire la corruption si minime soit-il doit être salué à sa juste mesure. Chaque acquis doit être renforcé et intensifié. C’est pourquoi, les États généraux offrent l’occasion de se pencher sur les ressources humaines de notre pays.

Il ne s’agit donc pas au cours de ces assises de réinventer la roue, mais de poser les questions pertinentes et d’y apporter des réponses appropriées. La lutte contre la corruption et la délinquance financière a été le combat le mieux servi parmi tous les autres dans notre pays. En effet, elle a été au rendez-vous de tous les régimes qui se sont succédé depuis l’Indépendance, a rappelé le chef de l’Etat.

A.O. Diallo

Essor du 26 Novembre 2008