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Le 15 septembre, les concertations régionales du forum national de lutte contre la corruption et la délinquance financière commenceront sur toute l’étendue du territoire national. En aval, certaines actions ont été menées par le comité préparatoire pour le bon déroulement de ces assises et des états généraux qui doivent les suivre. Le président du comité, l’ancien Premier ministre, Modibo Keïta, au cours d’un entretien accordé à L’Aube, clarifie ici ses missions et démarches.

Dans quelques jours, plus précisément à partir du 15 septembre, débuteront les concertations régionales des états généraux de la lutte contre la corruption et la délinquance financière. Le comité préparatoire de ce forum, selon son président, Modibo Keïta, est à pied d’œuvre et a beaucoup avancé dans les préparatifs. A en croire l’ancien Premier ministre, la complexité de ces deux phénomènes exige une préparation minutieuse, c’est pourquoi son staff a tenu à écouter tous les acteurs concernés.

Ont déjà été entendu, tous les secteurs, notamment ceux sociaux, économiques, financiers et judiciaires. Ainsi, il ne s’agit pas pour lui de se livrer à une chasse aux sorcières, à traquer les auteurs de corruption ou les délinquants financiers, rôles qui sont dévolus à d’autres structures, mais d’amener les uns et les autres à se prononcer sans complaisance, mais aussi sans contrainte sur ces fléaux qui menacent l’économie et la stabilité sociale du pays. Il a, au cours de ces auditions, également bénéficié de l’expérience de certains experts.

Mais pour parfaire son rôle et atteindre les objectifs qui lui ont été assignés, le président du comité préparatoire a décidé de s’inspirer de toutes les initiatives qui ont été prises, à travers le monde, en matière de lutte contre la corruption et la délinquance financière, notamment différents rapports de la Banque mondiale sur la corruption. Toutefois, si ces différentes expériences lui permettront d’enrichir son travail, elles ne seront pas portées à la connaissance des participants aux concertations régionales, lesquels devront se déterminer en toute objectivité, selon leurs propres expériences et connaissances des pratiques de corruption et de délinquance financière.

C’est par le décret N° 08-316/PM-RM du 3 juin 2008 que Modibo Keïta, en raison de son expérience personnelle, de ses qualités morales et de la crédibilité dont il jouit dans certains milieux, de même que ses collaborateurs, a été nommé en qualité de président de ce comité préparatoire. Sa lettre de mission lui a été remise par le Premier ministre, Modibo Sidibé six jours plus tard. La principale mission du comité consiste à concevoir et à mettre en œuvre toutes les activités relatives à la préparation de cet important forum national.

Son président doit s’assurer, à travers les concertations régionales et le forum national, ainsi que les ateliers thématiques, de la participation de l’ensemble des acteurs au processus. Sont donc concernés, les cadres et agents de l’administration d’Etat, les représentants de la société civile, les partenaires au développement, les organisations internationales et les acteurs du secteur privé.

Selon le chef du gouvernement, les états généraux devront constituer un espace et un moment de réflexion, d’échanges voire d’introspection collective visant à déboucher sur « un nouveau contrat accepté par l’ensemble des acteurs ». Il s’agit donc de créer une nouvelle relation à la chose publique et à l’éthique. Cela n’est pas possible sans un diagnostic complet des pratiques de corruption et de délinquance financière, sans un projet national partagé par tous.

C’est ce projet collectif que Modibo Keïta et son équipe sont chargés de concevoir afin de permettre au gouvernement d’initier un ensemble de mesures et de réformes susceptibles d’instaurer de « nouvelles pratiques saines de gouvernance et de gestion des affaires et des deniers publics, une citoyenneté nouvelle pétrie de valeurs et d’éthique ».

Cependant, initialement prévues pour courant septembre, les conclusions des états généraux ne seront pas prêtes avant novembre. Ce retard, qui a été expliqué au Premier ministre, est dû, selon le président du comité préparatoire, à sa volonté d’impliquer tous les acteurs de tous les secteurs au forum.

Cela ne va sans une préparation minutieuse, de nombreuses auditions et consultations, l’exploitation de plusieurs documents. De plus, Modibo Keïta est chargé de proposer au gouvernement un mécanisme de suivi-évaluation des recommandations qui seront issues des états généraux.

La tenue d’un tel forum est rendue nécessaire par l’ampleur prise par les phénomènes de corruption et de délinquance financière au Mali. La lutte contre ces fléaux est une exigence pour les pays en développement et une demande des populations et des partenaires au développement. Elle s’inscrit dans le renouveau de l’action publique, socle du projet présidentiel de développement économique et social.


CHEICK TANDINA

28 Août 2008