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“Chaque franc compte dans le combat implacable contre la pauvreté ”, dit ATT

C’est parti depuis hier au Centre International de Conférences de Bamako pour quatre jours de concertations dans le cadre des Etats généraux sur la corruption et la délinquance financière. Les travaux d’ouverture étaient présidés par le président de la République Amadou Toumani Touré en compagnie du Premier ministre Modibo Sidibé, des 19 membres du gouvernement, des représentants du corps diplomatique, des présidents des institutions de la République, des gouverneurs des régions, des hauts cadres de l’administration et des représentants de la société civile.

Au cours de ces quatre jours de conclave, les participants, à la lumière des différentes contributions faites préalablement, feront des propositions de solutions visant à combattre le phénomène.


L’identification des forces vives

Le président du comité préparatoire des Etats généraux sur la corruption et la délinquance financière Modibo Keïta a relevé que, conformément aux orientations de la lettre de mission, le comité a procédé à l’identification de toutes les forces vives et s’est mis à leur écoute sur la période d’un mois. Ces auditions ont concerné les organisations de la société civile, les organisations socioprofessionnelles, le secteur privé, les administrations d’Etat, les partis politiques, les partenaires techniques et financiers, des personnes ressources.

Les entretiens ont porté sur l’identification et les propositions de solutions visant à combattre le phénomène. Chacune des structures entendues s’est efforcée, selon le président du comité préparatoire, de ne pas personnaliser le débat, mais de faire en sorte d’assainir le secteur concerné.

De l’avis général des personnes entendues, il ressort très clairement que la corruption et la délinquance financière constituent bel et bien une réalité dans notre pays et affectent la plupart des secteurs. Cet exercice d’écoute attentive a suscité un grand engouement. Ainsi, plus de 150 structures et personnes ressources ont été concernées.

Les auditions régionales

Après la phase qui s’est déroulée dans le District de Bamako, le comité préparatoire a transporté les auditions dans les régions à travers des débats larges conformément à la démarche initiale. Aucun thème spécifique n’a été préalablement soumis à l’examen des participants aux concertations régionales pour ne pas étouffer le débat. Ce qui abouti à des propositions courageuses et intéressantes.

C’est à la lumière des questions abordées lors des différentes auditions et des idées exprimées par des personnes ressources qu’il a été retenu de cerner et d’analyser le phénomène de la corruption et de la délinquance financière dans les domaines tels que les services économiques, la gestion foncière et les marchés publics, l’administration et la fonction publique, l’éducation nationale et la formation ; les services judiciaires, la santé, la gestion des ressources naturelles et culturelles, les déviances dans les valeurs sociétales, la vie politique et institutionnelle, la décentralisation, les forces armées et les services de sécurité, la société civile et la coopération internationale.

Le PDES et la lutte contre la corruption

Le président de la République Amadou Toumani Touré, dans son intervention, a tout d’abord salué Modibo Keïta et son équipe pour la qualité des concertations organisées en prélude à ces assises. Tout en rappelant que le premier chapitre du Projet de Développement Economique et Social est relatif au renouveau de l’action publique.

Il stipule:Il ya peu d’entreprises dans nos pays en voie de développement, mais beaucoup d’affaires. De genre divers. L’affairisme se définit par sa préoccupation exclusive de gagner de l’argent, par tous les moyens. De ce point de vue, l’affairisme englobe la corruption, la concussion, les trafics d’influence, le népotisme, la fraude et toutes sortes de trafics. Probablement, cela tient au poids de l’Etat dans les pays en voie de développement où, en dépit du libéralisme, il demeure un acteur majeur du jeu économique, à la faiblesse de la société civile, dont fait partie le secteur privé et qui explique l’absence de contre-pouvoirs face à la prédominance économique et politique de l’Etat.

Il ya souvent peu d’alternatives à la fonction publique et aux postes de responsabilité politique. Certainement que cela tient aussi aux modes de consommation. Il est important de comprendre ces aspects socio-économiques, politiques et culturels pour conduire une lutte efficace contre la corruption”.

Comprendre et combattre la corruption

De l’intervention du président Amadou Toumani Touré, il ressort que le défi est de comprendre les facteurs qui favorisent la corruption et d’expliquer pourquoi il est nécessaire et même vital pour un pays comme le Mali et un continent comme l’Afrique de combattre la corruption sous toutes ses formes. La lutte contre la corruption, ne doit pas se limiter à l’indignation morale ou à la dénonciation outrée.

Une des conditions selon ATT pour la vaincre, sinon pour la réduire significativement est de disposer d’une administration efficace et performante, avec des agents vertueux, des conditions décentes de vie et de travail, des règles transparentes de recrutement, de promotion, de sanction des fautes et de récompense du mérite.

En clair, il s’agit d’une administration apte à impulser le développement, une administration au service des citoyens, une administration dont les responsables ont comme souci principal leurs conditions de vie.

Les actions entreprises depuis 2002

Face au phénomène de la corruption et de la délinquance financière le pouvoir d’ATT a engagé des initiatives entre autres : la mise en place en septembre 2002 d’un comité ad hoc chargé d’examiner le rapport de la Banque mondiale sur la corruption au Mali, l’installation des pôles économiques et financiers, la réduction du seuil à partir duquel les établissements publics sont tenus d’observer les règles de la concurrence en la ramenant de 250 millions de F CFA à 50 millions de F CFA, le renforcement des moyens humains et financiers des structures de contrôle de l’administration, l’institution du Vérificateur Général, dont l’originalité réside dans sa double indépendance organique et fonctionnelle, et la création de l’autorité de régulation des marchés publics.

Malgré toutes ces mesures et avancées, ATT reconnaît que le fléau demeure. Il soutient également que c’est une lutte de longue haleine qui nécessite l’adoption constante des principes de gestion des ressources publiques et une prise de conscience des populations.

Cette prise de conscience doit déboucher sur une meilleure implication de la population dans la lutte contre le fléau et favoriser l’émergence chez nos concitoyens d’une forte exigence par rapport à l’intégrité morale, à la sauvegarde du bien public, et à la fourniture de services corrects et performants.


Chaque franc compte dans le combat contre la pauvreté

Les Etats généraux sur la corruption, selon ATT, sont enfin à inscrire dans la continuité de la volonté de transparence qui confère à l’action publique sa crédibilité. “Notre pays ne détient ni un monopole, ni un record en matière de corruption. Mais nous avons pris le parti d’en parler sur la place publique, de ne pas dissimuler les problèmes car chaque franc compte dans le combat implacable que nous menons contre la pauvreté et pour le bien-être des maliennes et des maliens”, a-t-il ajouté.

Dans la lutte contre la corruption et de la délinquance financière, le président ATT propose une double combinaison à savoir la mémoire et l’imagination. Le président de la République Amadou Toumani Touré a par ailleurs un message dénommé <<Message de la patrie mère nourricière>> qui dénonce les pratiques allant à l’encontre des intérêts de la patrie.

Mamoutou DIALLO (Stagiaire)

26 Novembre 2008