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Les trois jours de réflexions ont permis aux acteurs du secteur des assurances d’examiner à la loupe, tous les goulots d’étranglement qui bloquent l’épanouissement de ce secteur. Avant d’esquisser des pistes de solutions susceptibles de booster l’industrie des assurances au Mali, pourvoyeuse de sécurité pour les entreprises, les ménages et partenaire de l’Etat dans le financement de sa politique économique.
« La fenêtre des opportunités ne reste pas ouverte tout le temps. Il faut donc saisir l’occasion au moment où les conditions sont réunies à l’instant T au lieu d’attendre l’instant T+1 ». C’est ce sage conseil que l’ancien ministre de l’Economie et des Finances, Lassine Bouaré a donné aux organisateurs des premiers Etats Généraux de l’Assurance qui ont fermé leurs portes hier à l’issue de trois jours de travaux.
Au cours de cette assise, les participants ont posé des diagnostics sans complaisance sur les entraves qui font obstacle au décollage de l’assurance au Mali. Les observations concernaient le repositionnement des autorités de régulation pour une application des tarifs et l’indemnisation rapide des sinistres et le comportement des entreprises d’assurance elles-mêmes. Lequel impacte sur la relation entre Assureurs et Clients. Toutes ces critiques ont été développées à travers quatre grandes thématiques qui se sont étendues sur les trois jours des travaux.

C’est ainsi que la première journée a été consacrée à l’examen du thème : « quels acteurs pour moderniser la gestion des sociétés d’assurance », avec comme modérateur Mossadeck Bally du Patronat du Mali avec quatre panélistes. Le deuxième panel a discuté du thème : « quels produits d’assurance pour accompagner le développement économique et social du Mali ». Pour la même journée, il y a eu deux autres panels sur «les leviers à actionner pour promouvoir le développement de l’assurance au Mali » avec comme modérateur Jean Kacou Diagou, président du groupe NSIA et sur «les réformes institutionnelles pour le secteur des assurances au Mali ».

Selon les organisateurs, la session introductive a fait une revue critique du secteur des assurances au Mali. Tout en situant sa place dans l’économie mondiale à travers ses taux de croissance, de pénétration et sa densité. Elle a mis également en exergue, la contribution des assurances dans l’animation des marchés financiers, dans les pays émergents et en Afrique. Mais a permis ensuite de situer sa place dans le monde, dans la zone CIMA et dans les pays de l’UEMOA qui évoluent dans un même contexte économique et monétaire que le Mali.

Parlant de la première session thématique, les organisateurs diront que le marché malien de l’assurance compte présentement 12 sociétés d’assurance. Lesquelles ont à leurs cotés, d’autres acteurs qui concourent activement à l’émergence du secteur notamment, les courtiers, les banques et les agents généraux d’assurance qui sont les maillons incontournables des produits d’assurance. Il s’agit aussi des experts évaluateurs, des experts automobiles, des experts médicaux dont le concours reste déterminant en matière de règlement de sinistres par les assureurs. Et pour compléter cette nomenclature d’acteurs disent-ils, il y’a aussi la présence de l’autorité de tutelle et le Fonds de Garantie Automobile en création qui vient épauler les assureurs en matière d’assurance automobile.

Il s’agissait donc pour cette étape, d’examiner les difficultés que rencontrent ces composantes susmentionnées dans l’atteinte de leurs objectifs afin d’être solutionnées car selon eux, elles résument en partie, le manque de leur compétitivité à l’échelle sous régionale et régionale. Parmi les difficultés les plus courantes, ils ont signalé la forte pression fiscale et parafiscale, le non-respect des assurances obligatoires, le niveau élevé des frais généraux, les défaillances de la politique de communication. S’y ajoutent la taille des entreprises liées au faible niveau de leur capital social, l’émiettement du marché et la prolifération d’intermédiaires légaux et illégaux, entre autres.

Pour la deuxième session thématique disent-ils, elle a mis l’accent sur le secteur primaire dont le Mali tire l’essentiel de ses ressources (mines et agriculture) ainsi que sur le secteur tertiaire dominé par l’informel dont la contribution est estimée à plus de 40% du PIB. Selon les organisateurs, cette particularité explique en partie, le faible développement de l’assurance dans la mesure où les assurables ne se reconnaissent pas toujours dans les produits commercialisés, les canaux de distribution utilisés et les mécanismes de répartition des préjudices subis.

Quant à la troisième session thématique, elle a fait ressortir tous les moyens adéquats servant à la promotion du développement du secteur des assurances. Car, aux dires des organisateurs, s’il s’avère que l’assurance est le reflet des activités économiques d’un pays, cette réalité est très controversée au Mali.

D’après eux, malgré le poids économique du pays dans la sous-région, le chiffre d’affaires du marché malien de l’assurance est l’un des moins importants de cet espace. Et ce mauvais classement est plus accentué dans la zone CIMA où le Mali se place loin derrière le Burkina Faso, le Togo et le Benin qu’il devançait avant.
Enfin, la quatrième session thématique préconisait les reformes institutionnelles pour le secteur. Car, à en croire les organisateurs, le Mali est membre d’un espace intégré appelé Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances (CIMA) regroupant 14 Etats. Et cette organisation est dotée de structures qui concourent à l’atteinte des objectifs du traité instituant la CIMA.

Partant de là disent-ils, ils ont noté que deux types de textes s’appliquent dans le cadre de la régulation du marché dont le Mali doit se conformer. Il s’agit du traité en son annexe I relatif au Code des assurances et les textes nationaux. Etant donné que le Code des assurances définit les règles et les grands principes qui régissent le secteur de l’assurance, pour eux, certains secteurs tels que celui des intermédiaires et des assurances obligatoires peuvent être réglementés par les autorités nationales. Toute chose qui constitue selon eux, une niche importante à explorer pour le développement de l’industrie des assurances au Mali.

Moussa Sékou Diaby

Du 28 Juillet 2017