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Hier lundi 21 octobre 2013, s’est ouvert à Bamako au Mali et ce, pour trois jours, les États généraux de la décentralisation. Des élus de toutes les régions administratives du pays, des invités de marque, des bailleurs de fonds, soit au total 600 personnes, sont attendus à cette rencontre qui doit permettre de faire le point du processus déjà engagé de décentralisation, de ce qu’en attendent les collectivités territoriales, et de ses dysfonctionnements actuels dont ceux relevés par les populations du nord du pays.

Force est de reconnaître que la question du Nord reste l’un des grands défis qui attendent le président malien, Ibrahim Boubacar Keita (IBK), la grave crise de ces deux dernières années étant venue de cette partie du pays. C’est en effet un vieux problème que le Mali traîne depuis 1963 avec des velléités indépendantistes qui ont été vite étouffées par l’autorité centrale. Mais depuis que les salafistes guerriers et des groupes armés islamistes de tous poils s’en sont mêlés avec la brutalité inouïe que l’on sait, la question du septentrion malien a pris une autre tournure.

Maintenant que les islamistes sont quelque peu maîtrisés même si, on ne cessera pas de le répéter, ils ne le sont pas totalement, il faut s’attaquer aux racines du mal ; d’où la tenue de ces États généraux sur la décentralisation, où il sera principalement question du développement équilibré du territoire, en trouvant notamment des solutions durables à certaines revendications des populations du Nord. En effet, au cours de la rencontre, les participants échangeront autour d’une dizaine de thèmes afin de dresser le bilan d’une dizaine d’années de politique nationale de décentralisation marquée, entre autres, par le passage du nombre des communes d’une dizaine à 703 sans véritable transfert des compétences et des ressources financières aux collectivités territoriales.

72 h donc pour reconquérir le Nord non pas par les armes, cette fois, mais par une politique de développement cohérente et viable. La grande question reste maintenant de savoir ce qui va sortir de cette rencontre.

Déjà, quand on voit le nombre pléthorique des participants, on a bien peur que le rendez-vous ne se transforme en foire d’empoigne comme c’est souvent le cas dans nos pays : à travers ce genre de grand-messe, on veut donner le sentiment d’une large concertation, mais plus il y a de participants, moins les débats sont profonds.

Aussi est-on en droit de se demander si cette rencontre ne risque pas de se muer en Grand Sumu où on va se contenter de s’écouter parler sans que quelque chose de fondamental n’émerge de ce qui devait être une occasion d’aseptiser les plaies toujours rougeoyantes.

Mais, à supposer que les débats soient francs et nourris et qu’ils débouchent sur des propositions concrètes, une autre grande question se pose : pourront-elles véritablement être appliquées ? C’est en effet un secret de polichinelle, il n’y a pas de décentralisation sans moyens, surtout dans un pays comme le Mali où les milliards engloutis dans ce cadre ne sont en réalité que des grains de sable dans le désert malien. Les ressources financières seront-elles suffisamment mobilisées au profit de ces immensités désertiques afin d’impulser le développement local ?

Il y a également les réticences des populations du Nord, qu’il faut vaincre : vont-elles accepter véritablement d’aller à la décentralisation ou vont-elles camper sur leurs velléités indépendantistes ou autonomistes ?

Il s’agit donc de trouver la bonne formule qui convienne à toutes les parties. Va-t-on alors s’acheminer vers un scénario marocain avec le Sahara occidental, ou le Mali va-t-il générer sa propre expérience en se fondant sur ses propres réalités ? Autant d’interrogations qui demeurent sans réponses, mais le mérite d’IBK est déjà de mettre tout ça sur la table pour en discuter.

Hyacinthe Sanou

Lundi, 21 Octobre 2013 22:44

Source: L’observateur Palaaga