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Le président malien, Ibrahim Boubakar Kéïta, a ouvert, ce lundi 21 octobre 2013, les états généraux de la décentralisation au Mali. Du 19 septembre, jour où IBK a lancé l’idée de ce forum national, au 21 octobre, où ils ont effectivement démarré, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, laissant quelquefois même planer le doute quant à sa mise en œuvre effective. Et pour cause : un des protagonistes de cette rencontre, à savoir le MNLA, n’a pas cessé de mettre en doute la bonne foi des autorités de Bamako quant à la volonté de recherche d’une résolution réelle aux problèmes des populations du Nord du pays. Que de fois les choses ont failli retourner à la case « départ » ! Oui, que d’agitations et de sueurs froides pour les populations des zones concernées ! On peut dire donc que depuis lundi, la volonté de sortir de cette crise et de vivre comme un seul peuple a finalement pris le dessus sur les pessimismes et le doute permanent, légitimes ou pas.

Il faut apprécier cette habilité d’IBK, qui sait qu’il a tout à gagner en usant de tous les moyens pour mettre fin, dans les meilleurs délais, à cette crise du Nord du pays

Proposés par IBK au lendemain de sa brillante élection, ces Etats généraux de la décentralisation sont un cadre où toutes les composantes du peuple malien sont présentes et participent à la recherche de solutions objectives et durables aux problèmes de la partie Nord du pays. Il s’agit en somme de « faire le point sur le processus déjà engagé de décentralisation, sur ce qu’en attendent les collectivités territoriales, et sur ses dysfonctionnements actuels ».

Le président Ibrahim Boubacar Kéïta qui, à travers cette conjoncture, s’installe un peu plus encore dans ses costumes de président de la République, a tenu un discours rassembleur. Il a reconnu, d’entrée, que beaucoup a été fait dans le sens de la décentralisation, mais que « le transfert des compétences aux collectivités et l’attribution des ressources financières n’ont pas du tout été effectifs pendant les dix dernières années ».
En adoptant d’emblée cette posture, IBK cherche à détendre le climat de méfiance et à tempérer les ardeurs va-t-en guerre de certains groupes, rebelles notamment, qui ne prennent même plus la peine de dissimuler leur hostilité à l’endroit de Bamako.

Il faut apprécier cette habilité d’IBK, qui sait qu’il a tout à gagner en usant de tous les moyens pour mettre fin, dans les meilleurs délais, à cette crise du Nord du pays. Il sait aussi qu’il a besoin de rassurer les représentants des peuples touaregs, afin d’éviter de nouveaux affrontements dans le Nord et un bain de sang inutile qui, du reste, ne ferait que compromettre la mise en œuvre de son programme de développement du Mali.

L’autre grand chantier auquel IBK doit s’attaquer, est la lutte contre la corruption qui gangrène la société malienne et qui est devenue presque banale, à la limite inhérente à la vie malienne

Malheureusement, c’est sur le chantier de la restauration de la confiance qu’il aura le plus à faire. En effet, les populations du Nord, essentiellement les Touaregs, se disent lassées de cette rhétorique de Bamako. Elles préfèrent voir plutôt les actes avant de s’engager à quoi que ce soit. C’est sous doute aussi le sens qu’il faut donner à l’absence remarquée des délégués du MNLA dans la salle lors de la cérémonie d’ouverture des états généraux de la décentralisation, nonobstant le fait qu’ils aient accepté le principe de cette rencontre.

IBK doit donc se démarquer de ses prédécesseurs et traduire rapidement en actes toutes ces belles paroles.

L’autre grand chantier auquel IBK doit s’attaquer, est la lutte contre la corruption qui gangrène la société malienne et qui est devenue presque banale, à la limite inhérente à la vie malienne. Il faut dire que cette corruption est d’ailleurs en grande partie responsable de la situation de crise que le pays vit aujourd’hui. Mais là aussi, les menaces de sanctions qu’IBK ne cesse d’égrener depuis son discours d’investiture resteront vaines tant que lui-même ne donnera pas l’exemple en commençant à appliquer la pédagogie par l’exemple, c’est-à-dire en obligeant les voleurs à rendre gorge.

Où sont passés les milliards de francs CFA destinés à des investissements dans le Nord ? Qui s’est rendu coupable de détournement ou de gaspillage ? Ce sont là des questions auxquelles IBK doit apporter des réponses concrètes, et non des menaces sans suite. Les belles intentions ne suffisent plus ; les Maliens, principalement ceux du Nord, ont besoin d’actes. IBK doit donc savoir manier davantage le bâton que la carotte.

Dieudonné MAKIENI

Publié le mercredi 23 octobre 2013

Source: Le pays