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De la crise du Nord à la cherté de la vie, en passant par les malaises de la moribonde école malienne, les pouvoirs publics brillent aujourd’hui par leur incapacité. C’est du moins l’avis de l’Association démocratie et justice (ADJ). Lors d’une conférence de presse qu’elle a animée samedi dernier (5 avril 2008) au quartier général de la presse à Bamako, l’ADJ a fait savoir que le Mali est dans l’impasse.

Pourquoi ? S’était interrogé le Pr. Abdou Traoré dit Diop, président de l’association. En réalité, «de très nombreuses crises secouent le pays ; il n’y a pas une réactivité optimale des institutions républicaines et de nombreux contre-pouvoirs ; il y a un aveu d’impuissance de la part de certaines hautes autorités de l’Etat». Et c’est ce qui dérange les membres de l’ADJ.

Pour parler de la position de l’association face à ces crises aux journalistes, il y avait en dehors du Pr Diop d’autres éléments actifs de l’association. Parmi les têtes d’affiche, on peut citer Ahmed El Madani Diallo, Hamidou Ongoïba, Kaba Diakité et Djiguiba Keïta dit PPR.

Selon l’ADJ, c’est sur tous les fronts que le Mali est en difficulté. D’abord, il y a les crises institutionnelles. Ce que le conférencier principal, le Pr. Diop, appelle : «mise à l’écart, court-circuit et même exclusion d’institutions républicaines majeures sur des questions nationales» comme les accords d’Alger.

Sur le même registre, l’ADJ pense qu’ATT prend un plaisir fou à faire une gestion solitaire des affaires de la nation. Le pire, c’est la difficile insertion des partis politiques dans le jeu démocratique. «Les problèmes de la nation sont liés au fait que tous les chefs d’Etat ont jeté des peaux de banane sous les pieds de leurs successeurs. Et ATT a toujours lancé des peaux de banane sous les pieds des partis politiques. Il a été contre les partis politiques depuis la conférence nationale. Récemment, les partis politiques devraient avoir l’aide publique avant les élections présidentielles de 2007 mais c’est ATT qui a bloqué l’argent», a dénoncé Djiguiba Keïta.

L’association a aussi parlé de la crise de gouvernance : corruption généralisée, pertes de repères républicains au niveau de l’administration à savoir le parti pris de certains agents pour un candidat lors des dernières élections présidentielles. A cela, l’ADJ ajoute qu’il y a une crise financière alarmante au niveau de la trésorerie publique et des banques.

Mais le malaise actuel du Mali va beaucoup plus loin, jusqu’au niveau rural. Hormis la crise cotonnière, celle des céréales inquiète l’ADJ. «La crise céréalière est incompréhensible dans le seul pays de l’ouest africain qui dispose d’un potentiel de plus d’un million d’hectares irrigable par gravité dans la même zone», a déclaré le président de l’ADJ.

Le monde rural connaît également une crise foncière que le conférencier a qualifiée de dramatique. Cette situation est davantage déplorable à cause de l’ignorance du droit coutumier par l’administration. «Le paysan est dans un état de précarité insoutenable, il n’est qu’un simple usager sur les terres que sa famille exploite très souvent depuis des générations : l’Etat peut l’exproprier à tout moment, sans compensation», a expliqué le conférencier.

A propos de la crise de l’école, l’ADJ estime que c’est peut-être la plus grave. «Car ce n’est ni l’or ni le pétrole, ni l’argent qui tirent un pays vers le haut, mais bien ses hommes et ses femmes», assurent les militants ADJ dont Hamidou Ongoïba.

La crise du Nord, du point de vue de l’association, a paru être gérée de façon aussi informelle et hasardeuse comme en témoigne la valse incessante entre négociateurs libyens et algériens. «Jamais l’irrédentisme du Nord n’a pris autant des allures de revendication territoriale. Comment peut-on demander à une armée nationale de se retirer d’une partie du territoire national ? Pour aller où ? Entre ciel et terre?», s’interrogea le Pr. Diop.

La cherté de la vie fait partie surtout des crises qui fâchent le plus. Tout ne s’explique pas par le prix du pétrole et la dégringolade du dollar. «Même les blanchisseurs prennent la décision d’augmenter unilatéralement leurs tarifs», s’indigne Kaba Diakité.

Mais l’ADJ ne fait pas que critiquer. Elle propose aussi des solutions. « Nous ne ferons pas l’insulte aux Maliens de leur faire croire que nous disposons d’une recette miracle qui pourrait faire de ce pays un petit paradis terrestre […] nous pensons qu’en politique comme ailleurs, seul un respect minimum des principes peut imprimer à un pays une prévisibilité et une perspective porteurs d’espoir. Le mal malien est profond et multifactoriel. Une gestion isolée de certaines crises est peu susceptible d’aboutir à des résultats positifs», a longuement commenté le Pr. Diop. La solution des problèmes du Mali nécessite pour lui l’implication de tous.

C’est pourquoi l’association a lancé un appel pour l’organisation des états généraux du Mali. «L’heure n’est plus au charlatanisme politique et au marketing des illusions pour masquer les gestions calamiteuses», a conclu le président de l’ADJ.

Soumaila T. Diarra.

07 avril 2008.