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Dans certaines structures, l’insalubrité accueille les usagers dès l’entrée. Malades, accompagnateurs et personnel soignant sont donc exposés davantage aux infections nosocomiales

Dans les Centres hospitalo-universitaires (CHU) et autres établissements hospitaliers, la problématique de l’hygiène est désormais, un vrai casse-tête. Les malades et autres usagers s’en rendent compte tout de suite, une fois qu’ils y entrent, et s’accommodent très mal de la situation. Parce qu’il est admis par tous que l’hygiène en milieu hospitalier doit être de rigueur pour éviter les infections nosocomiales, autrement dit les maladies que l’on contracte au sein des hôpitaux et qui sont encore plus redoutables.

Les structures hospitalières accueillent quotidiennement beaucoup de monde. Chaque usager arrive avec ses angoisses (peu de gens échappent à ce phénomène du fait de notre vécu quotidien) et ses habitudes. Malheureusement, les comportements reflètent les habitudes en famille, au marché et au bureau. Et les services d’hygiène dans les hôpitaux peinent à faire réellement face à la situation très souvent faute de ressources financières mais parfois aussi par manque d’initiative et de promptitude dans les décisions.

Nous sommes vendredi 13 août au CHU Gabriel Touré, l’un des établissements hospitaliers les plus fréquentés du fait de sa position géographique. Le ciel est nuageux. Devant le Service d’accueil des urgences (SAU), des parents au chevet de leurs malades sont allongés sur des nattes à même le sol.

Des poubelles remplies à ras bord déversent leur surplus et personne ne semble s’en préoccuper, encore moins l’administration hospitalière. Au niveau de l’entrée principale, un vigile veille au respect des mesures barrières contre la Covid-19, notamment l’application du gel hydro alcoolique sur les mains et le port du masque par les usagers qui ne sont pas en grand nombre. Cela se comprend puisque les blouses blanches dans les hôpitaux arrêtent de travailler les vendredis à midi. Ce qui justifie la faible affluence.

Au niveau du laboratoire d’analyses biomédicales, des patients, dont un échantillon de sang a été déjà prélevé, attendent d’avoir leurs résultats et d’autres patientent avant d’être reçus par les laborantins dans l’ordre d’arrivée. Pour éviter que le désordre s’installe, une infirmière procède à l’appel des malades et distribue aussi les résultats des analyses effectuées.

A quelques mètres de ce service de diagnostic, des personnes (probablement des accompagnants et des visiteurs) devisent autour du thé, «la boisson nationale». Mais entre ces individus se faucillent des vendeurs ambulants de gâteaux, d’arachide et d’articles divers.

GESTION DES DÉCHETS- Avant d’arriver au service de la pédiatrie, on remarque des bagages et autres objets posés sur les murets. Des sachets plastiques et des cartons jonchent le sol. Une restauratrice sert des plats sans tenir compte de la moindre règle d’hygiène. Les poubelles, installées à plusieurs endroits, ne servent plus à grand-chose.

Les déchets sont jetés à même le sol.Une dame, sûrement du comité d’hygiène, s’attache à rappeler les usagers à l’ordre. «Il y a des poubelles partout. Mettez-y les déchets». Et d’ajouter que «les déchets doivent être mis dans la poubelle correspondante».

Une femme enceinte pointe du doigt le manque d’hygiène dans cet établissement hospitalier. Pour elle, cette situation justifie amplement les infections nosocomiales. Comme elle, d’autres usagers n’apprécient guère de vivre une telle situation. Aux alentours de la mosquée et du département de gynécologie obstétrique, des lavandières essorent des linges avant de les exposer au soleil sur les murs.

Pourtant, un endroit a été spécifiquement aménagé pour ça. Tout comme un espace a été réservé pour la cuisine des accompagnants des malades, explique Djimé Kanté, membre d’un comité syndical de Gabriel Touré.

Yaya Diallo, au chevet de sa femme hospitalisée, raconte le calvaire de son épouse qui partage une salle d’hospitalisation avec une autre malade. Cette dernière reçoit de nombreuses visites qui perturbent notre quiétude. Djimé Kanté s’indigne du non respect des mesures d’hygiène dans nos hôpitaux publics. Il estime que c’est encore plus grave à Gabriel Touré compte tenu de la grande fréquentation de cet établissement hospitalier.

Respecter une bonne hygiène dans les établissements de santé est très important. Pour Djimé Kanté, cela est du ressort de l’administration hospitalière. Il y a un règlement intérieur qui définit les conditions d’hygiène. Il revient à la direction de l’hôpital d’y veiller. Il préconise des efforts de sensibilisation pour obtenir un changement de comportement dans les hôpitaux. Il pointe aussi un doigt accusateur sur les surveillants des différents services qui doivent veiller au respect des mesures d’hygiène et qui, selon lui, ne font pas correctement leur travail

Sur la problématique de l’hygiène, Dr Bakary Dembélé de l’Hôpital du Mali explique que les usagers ne connaissent pas la différence entre les contenants des poubelles. Selon lui, des produits traditionnels et des recettes de grand-mère sont discrètement introduits à l’hôpital pour les utiliser.

INFECTIONS NOSOCOMIALES- À le croire, tout cela augmente la production des déchets au niveau de l’hôpital. Or ce manque d’hygiène peut être à l’origine de certaines infections pour les malades et autres usagers du fait de la propagation de microbes, indique Dr Bakary Dembélé qui compte sur un changement de comportement des visiteurs en milieu hospitalier.

Le surveillant général de l’Hôpital du Mali précise que l’usage du gaz butane n’est pas autorisé dans les établissements de soins parce que des circuits d’oxygène sont installés dans certains services. Dans ces conditions, le gaz représente un risque d’incendie.

Dans les hôpitaux, on retrouve souvent au chevet d’un seul malade quatre ou cinq accompagnants, voire plus. Ceci contribue à la dégradation de l’environnement et transgresse la réglementation hospitalière. Bakary Dembélé pense qu’il n’est pas nécessaire de prendre ses aises en grand nombre dans un hôpital. Cela représente à la fois un risque pour les accompagnants et pour le malade lui-même. Tous peuvent se retrouver avec des infections nosocomiales.

Pour la sensibilisation, le surveillant général de l’Hôpital du Mali partage l’expertise de son établissement qui a mis en place la carte d’accompagnant. On explique aux parents qu’il ne faut pas plus de deux accompagnants.

Dans les centres de santé de référence (Csref) que notre équipe de reportage a visités, c’est le même constat. L’hygiène laisse à désirer. Le manque d’initiative et de techniciens de surface en nombre suffisant, le comportement des malades et des autres usagers peuvent être incriminés comme facteurs d’aggravation de la situation.

Au Csref de la Commune IV, en réhabilitation, le manque d’hygiène est criard. à l’entrée, le port du masque est imposé aux visiteurs mais il y a un relachement dans le lavage des mains au savon.Une patiente explique qu’une fois dans l’enceinte de l’établissement, les usagers s’en débarassent. Or l’hôpital peut être une poche de contamination.

Autant, il y a de quoi décrier l’hygiène dans certains hôpitaux, autant d’autres font de gros efforts pour maintenir les lieux propres. Il faut aussi amener les usagers à intégrer le réflexe de la propreté.

Souleymane SIDIBÉ

Source: L’ESSOR