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Pour la 13è fois consécutive, des citoyens se sont adressés directement aux membres du gouvernement sur des dossiers qui constituent pour eux des préoccupations, voire de profondes inquiétudes.

Ce moment très attendu a drainé, hier, du monde au Centre international des conférences de Bamako. L’ouverture et la clôture des travaux étaient présidées par le Premier ministre, Modibo Sidibé. Elles ont enregistré la présence de membres du gouvernement et de nombreux invités de marque.

L’événement qui a occupé toute la journée a été marqué par plusieurs interventions. Mais le moment le plus attendu était, sans doute, le passage des interpellateurs et les réponses des membres du gouvernement. L’engouement des Maliens pour l’EID reste toujours intact.

Pour cette édition, la commission de dépouillement a reçu 121 interpellations (et non 120 comme nous l’avions annoncé dans notre édition d’hier) dont 16 ont été publiquement lues et 24 (et non 30 comme nous l’avions annoncé hier) classées pour suite à donner. Ce sont donc 61 dossiers qui ont été rejetés pour non conformité aux règles de l’Espace.

Parallèlement, la commission a reçu 10 autres dossiers qui n’entrent pas dans le cadre des interpellations. Au nombre de ceux-ci figurent quatre dossiers de satisfaction, un de remerciement, trois contributions et deux classés dans la catégorie « autres dossiers ».

Le plus grand nombre d’interpellations revient au ministère de la Justice et celui de l’Administration territoriale et des Collectivités territoriales. Le premier devait répondre à huit interpellations, et le second à treize. Certains ministères n’étaient pas du tout concernés par les interpellations. Il s’agit notamment du département de la Culture et celui chargé des Relations avec les institutions.


Une véritable tribune de plaidoyer

Dans son discours d’ouverture, le Premier ministre a souligné toute l’importance de l’EID dont la tenue se coïncide cette année avec la commémoration du 60è anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

L’institution de l’Espace d’interpellation démocratique en 1994, a rappelé Modibo Sidibé, découle de notre histoire et de notre volonté de bâtir une société démocratique, respectueuse des droits et des libertés de la personne humaine.

« L’EID, au fil des éditions, a su devenir un rendez-vous attendu, voire souhaité par notre population, parce qu’il a su éviter de devenir un simple exercice de communication pour les autorités, pour au contraire constituer une véritable tribune de plaidoyer pour les différents acteurs de la promotion des droits humains », a jugé le Premier ministre. Cette appropriation de l’EID par la société civile, dira Modibo Sidibé, est certainement la preuve que pour originale que soit cette démarche de démocratie directe, elle répond à une réelle attente.

Le Premier ministre a réaffirmé la volonté des plus hautes autorités, au premier rang desquelles le président de la République, de revitaliser l’EID afin de faire de notre pays, un modèle de bonne gouvernance. Modibo Sidibé a, par ailleurs, souhaité que cette édition constitue une avancée supplémentaire dans l’ancrage des droits humains et de la démocratie. Il a salué tous ceux qui contribuent à l’organisation de l’EID.

L’intervention du chef du gouvernement a été suivie par la présentation et l’installation des 9 membres du jury d’honneur. Ce jury était présidé par Me Ibrahima Seydou Maïga, bâtonnier de l’Ordre des avocats du Mali.
Le public a appris avec émotion l’absence de Mme Gerty Hesseling, professeur de droit aux Pays-Bas qui est actuellement gravement malade. Elle faisait partie du jury depuis sept années consécutives. Dans son message, Mme Hesseling a demandé à nos autorités de consolider et d’améliorer l’EID et les droits humains au Mali.

Son message a été lu par Mme Catherine Choquet, un autre membre régulier du jury d’honneur.
Le bilan de l’édition précédente de l’EID a été dressé par le ministre de la Justice. Cette édition, a rappelé Maharafa Traoré, avait enregistré 56 interpellations dont 10 avaient été lues et 18 retenues pour suite à donner. Le reste avait été rejeté par la commission de dépouillement pour non conformité aux critères de l’EID.

Pour le ministre de la Justice, tout s’est passé dans les règles de l’art, sauf que deux ministères n’avaient pas répondu à la clôture de l’évaluation sur des interpellations classées pour suite à donner.

Pour les recommandations du jury d’honneur relatives au renforcement des moyens de la commission d’organisation, à la pérennisation de l’EID et à l’organisation de sessions d’interpellation par une structure indépendante, Maharafa Traoré dira que le gouvernement reste ouvert sur la satisfaction du premier point. Le second point fait encore l’objet d’études.


Tirer la sonnette d’alarme

Comme lors des éditions précédentes, les associations et organisations de défense des droits humains se sont succédé cette année à la tribune pour dénoncer des situations spécifiques. La Coalition nationale villes propres du Mali a été la première à intervenir. Elle a tiré la sonnette d’alarme sur la situation d’hygiène et d’assainissement de Bamako et de nos grandes agglomérations.

Selon les statistiques de cette association, la quantité de déchets solides pour la ville de Bamako est estimée, annuellement, à 378 000 tonnes. Quant aux déchets liquides et aux pesticides obsolètes, leur quantité est estimée respectivement à plus de 36 000 m3 et plus de 80 000 tonnes. L’association a dénoncé l’insuffisance de dépôts de transit, l’inexistence de décharges contrôlées et compactées, le comportement négatif des populations.

Amnesty international Mali a stigmatisé les atteintes aux droits humains, notamment l’excision, la paupérisation des populations.
La Commission nationale des droits de l’homme a souhaité l’indépendance effective de la justice. Elle s’est de tout même réjouie de constater l’absence de tortures dans nos prisons.

L’Association malienne des droits de l’homme (AMDH) a souhaité l’aboutissement du projet de Code de famille et celui de l’abolition de la peine de mort. Elle a dénoncé l’incivisme, les accidents de la circulation, les actes de banditisme et surtout les expulsions récentes de nos compatriotes de Libye dont certains seraient en situation régulière.
Le passage des interpellateurs était le moment le plus attendu. Comme annoncé plus haut, 16 interpellations ont été lues dans la salle.

L’interpellation d’un ancien commissaire de police et celle du porte-parole des jeunes volontaires de l’Apej ont suscité beaucoup d’émoi dans le public. Ce fut ensuite au tour des membres du gouvernement de répondre aux interpellations.

Nous reviendrons sur ces interpellations, les réponses des membres du gouvernement, les recommandations et la cérémonie de clôture dans notre prochaine parution.

M. KÉITA

Essor du 11 Décembre 2008