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Plus de 200 millions de F CFA par ses partenaires espagnols.
Il s’appelle Ousmane Sow, un autodidacte, Directeur général du Centre international pour le commerce (CIC) créé par lui-même en 1995 pour promouvoir le commerce du pois sucré (tiogon en bamana). La qualité et le prix compéritif de sa marchandise sur le marché de l’Espagne vont attirer la jalousie de certains opérateurs économiques de ce pays qui n’hésiteront pas à organiser un sabotage à grande échelle qui va lui faire perdre plus de 200 millions de F CFA. Récit d’un complot.

Le pois sucré est un produit qui réussit bien au Mali au regard des immenses potentialités agropastorales dont regorge notre pays.

S’y ajoute le fait que le produit n’a besoin seulement que d’une zone sablonneuse et de quelques bonnes pluies pour germer.

Ayant compris cela et sachant bien qu’il peut faire de bonnes affaires avec le pois sucré sur le marché national et international, notamment en Espagne, considéré comme le premier producteur mondial du pois sucré alors que ce pays n’a qu’une seule zone de production, Valence, Ousmane Sow s’est entièrement dédié au commerce de ce produit aux côtés de ses activités de vice-président à la Chambre de commerce et d’industrie ainsi que du Conseil malien des chargeurs de Sikasso.

Il ira jusqu’à créer, en 1995, une société dénommée Centre international pour le commerce (CIC) en faisant travailler plus de cent associations villageoises. Le résultat des opérations est satisfaisant, car le volume des exportations a atteint 2 600 tonnes en 2001 contre seulement 200 tonnes, en 1995, le pois sucré malien ayant le vent en poupe sur le marché international à cause de son poids et de son goût assez sucré. Ainsi, de 2002 jusqu’à 2004, Ousmane Sow se livrait à fond au commerce du pois sucré en Espace où sa marchandise était vendue dix fois moins chère que celui produit de l’Espagne.

Cela, bien qu’à la fin de chaque campagne, le partenaire espagnol de Ousmane Sow, en l’occurrence la société Emilo Pen de Ramon Carion réduisât de 30 à 40% la valeur de la marchandise argant que celle-ci contenait de la poussière et des déchets.

Agacé par cette pratique qui sentait une forte odeur de vol, Ousmane Sow va recruter 500 femmes pour veiller sur la qualité de la marchandise.

Une fois cela fait, il décidera de vendre son produit à 400 F FCFA le Kg contre 800 FCFA pour les opérateurs économiques espagnols qui vendent la marchandise mouillée. Toute chose qui fait qu’au cours du stockage, elle perd 60% de son poids et devient, ipso-facto, un produit dont le goût laisse un peu à désirer.

Sabotage à grande échelle

Rongés par la jalousie, des opérateurs économiques espagnols sous la férule de Ramon Carion de la société Emilo Pen vont organiser, en 2004, un sabotage à grande échelle en soutenant que le pois sucré malien contient de l’aflatoxine à 25% alors que le taux admis sur le marché international est de 6%. Une accusation malheureusement confirmée à tort par un laboratoire espagnol.

Ainsi, il fallait soit détruire la marchandise d’une valeur de 60 millions de FCFA, soit la faire ramener au Mali. Conscient que son produit ne contient aucune aflatoxine, Ousmane Sow a opté sur la seconde formule. Surprise : au retour de la marchandise, l’on s’est rendu compte au port d’Adidjan que les conteneurs n’étaient pas déplombés. Question : comment l’analyse a-t-elle été faite alors que les numéros des conteneurs et les plombs sont restés inchangés malgré le voyage effectué du Mali en Espagne ?

L’Etat malien interpellé

En la matière, pour procéder à l’analyse, les numéros des conteneurs à l’aller doivent impérativement être changés au retour et les conteneurs déplombés afin d’avoir accès à la marchandise. Ce qui n’a pas été le cas pour les conteneurs de Ousmane Sow. Ainsi, ce dernier a saisi deux sociétés internationales dont la SGS pour faire une nouvelle analyse de son produit : le résultat est, on ne plus clair : il n’y a pas un taux prohibé d’aflatoxine dans la marchandise.

Mieux, les documents qui attestaient que le produit de Ousmane Sow contenait de l’aflatoxine étaient faux. En lieu et place de l’adresse du «Centre international pour le commerce» dont Ousmane Sow est le patron, la société Emilo a mis le nom du «Centre international pour la France» sur les conteneurs, une société fictive avec les mêmes coordonnées en provenance du Mali pour qu’on ne puisse pas attaquer juridiquement. Dans ce cas, selon une source judiciaire, seul le gouvernement malien peut poursuivre les fauteurs.

Face à la nouvelle donne attestant que la marchandise de Ousmane Sow ne souffrent d’aucune anomalie, les conteneurs furent réexpédiés en Espagne à la demande de certains opérateurs économiques de ce pays intéressés par le produit.

Bizarrement, il s’est trouvé que le ministre espagnol de la Santé avait lancé une alerte rouge sur tous les produits en provenance du Mali et du Burkina Faso sur la base d’une fausse information. Ainsi, des échantillons ont été, à nouveau, prélevés et analysées dans trois laboratoires espagnols à Barcelone, Madrid et Valence.

Les résultats sont conformes : il n’y a pas un taux d’aflatoxine. Excédé par la procédure qui a duré plus de deux ans et qui lui a fait perdre au total plus de 200 millions de FCFA, Ousmane Sow a été obligé de brader sa marchandise avant de rentrer au bercail afin de saisir les autorités compétentes maliennes pour la voie à suivre.

Car, il entend user de tous les moyens légaux pour la réparation du préjudice causé à lui par des opérateurs économiques espagnols au nom du droit international. Pour le moment, la balle est dans le camp de la justice malienne qui étudie, en ce moment, la procédure à suivre.


Alassane DIARRA

23 Janvier 2009