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Quand Jerusalem Aregay a quitté l’Érythrée en 2001, elle pensait ne jamais revoir ses amis, ses oncles, ni même Tinseu, la tante bien-aimée qui l’avait élevée comme sa propre fille. Mais partir fut sa seule option: après deux ans de combats sanglants entre 1998 et 2000, l’Érythrée et l’Éthiopie étaient dans une impasse et les habitants d’Asmara, la capitale érythréenne, étaient devenus hostiles à ceux qui, comme elle, détenaient un passeport éthiopien. Elle a donc fui au sud, vers un pays dont elle possédait la nationalité mais qu’elle n’avait jamais considéré comme chez elle, certaine qu’elle abandonnait pour toujours à Asmara tout ce et tous ceux qu’elle aimait. Dix-sept ans plus tard, Jerusalem Aregay descendait il y a quelques jours d’un avion des Ethiopian Airlines à Asmara et se jetait dans les bras de sa tante. Une réunion de famille encore inimaginable il y a un mois, mais rendue possible par la signature le 9 juillet d’un accord de paix entre les deux anciens ennemis. « Nous sommes tellement heureuses. Merci mon Dieu! », s’exclamait la jeune femme peu après les retrouvailles avec sa tante Tinseu Nigusse. La reprise des liaisons aériennes entre Asmara et Addis Abeba a permis nombre de ces retrouvailles émues au sein de familles séparées de longue date par la guerre. Jour après jour, une foule d’habitants sont venus accueillir leurs proches à l’aéroport d’Asmara comme à Addis Abeba. A la vue d’amis ou de parents, des hommes et des femmes en habits du dimanche se mettaient à courir, sanglotaient, les embrassaient. Pour certains, le temps était compté.AFP