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La subvention des équipements agricoles est un programme national qui cible toutes les zones de cultures. Elle vise à impacter positivement l’exploitation en permettant la célérité dans le travail et l’augmentation de la production et de la productivité agricoles

Le phénomène du dérèglement climatique constitue aujourd’hui une grande menace pour les activités agricoles. Dans ce contexte, les équipements agricoles modernes peuvent être d’un apport significatif pour une agriculture émergente et résiliente. Ces équipements participent non seulement à la modernisation de l’agriculture mais aussi à l’augmentation de la production et de la productivité agricole.

Fort de ce constat, le gouvernement a mis en place le Programme national de subvention des équipements agricoles. Cette initiative de l’État permet aux producteurs d’accéder aux équipements avec une subvention à hauteur de 50 à 80%. La culture à la seule force des bras ayant montré ses limites, il n’est pas aujourd’hui souhaitable de prendre la houe ou la daba pour gratter la terre. C’est pourquoi, de nombreux jeunes ont déserté les villages. La subvention des équipements agricoles permet aux paysans, les moins nantis de pouvoir s’acheter des équipements pour l’agriculture.

L’économie de notre pays repose essentiellement sur l’agriculture. La plupart des producteurs sont des petits exploitants. Leurs moyens de production sont rudimentaires et le coût élevé des intrants ne leur permettent pas d’atteindre une bonne productivité. C’est pour pallier cette situation que le gouvernement apporte cet appui aux producteurs agricoles en leur apportant une subvention, explique le chef de division mécanisation agricole à la Direction nationale du génie rurale (DNGR), Hantlé Diarra.

Au début, les matériels agricoles n’étaient pas taxés et cela permettait aux exploitants de l’acquérir à un prix raisonnable. En plus de renoncer à ces taxes, l’État a décidé de subventionner les équipements agricoles au profit des producteurs. Selon le spécialiste de la DNGR, ces équipements qui font l’objet de subvention de l’État sont composés de gros matériels notamment, de tracteurs, de batteuses, de décortiqueuses, de motoculteurs et des motos pompes subventionnés à hauteur de 50%. Les autres sont composés de petits matériels fabriqués par nos artisans locaux. Il s’agit de charrues et semoirs subventionnés à hauteur de 80%. Pour le chef de la division mécanisation agricole de la DNGR, ces petits matériels locaux sont de plus en plus exclus de la subvention compte parce qu’ils sont moins fiables.

LES ARTISANS LOCAUX EXCLUS DES MARCHÉS PUBLICS- Le programme massif de subvention a commencé en 2015 avec 1.000 tracteurs qui ont été injectés dans la production au prix subventionné de 50%. L’état paye 50% et le paysan bénéficiaire qui a été sélectionné, paye les 50% restants. Mais, si ce dernier est adossé à une banque, celle-ci paye 30% et le paysan lui-même ne paye que 20%.

Il faut préciser que les 30% de la banque constituent un crédit qui sera remboursé par le paysan avec un taux d’intérêt de 8,75% pendant quatre ans de campagne agricole sans compter la première année. Selon Hantlé Diarra, les paysans qui sont loin du système bancaire seront contraints de payer en espèce les 50%. À ce titre, il dispose de deux possibilités de payement soit par un système bancaire ou en espèce.

Concernant le processus d’attribution des équipements, le spécialiste détaille qu’il existe des critères d’éligibilité, qui constituent également un cahier de charges. Le paysan qui veut bénéficier de la subvention se rend à la représentation locale de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture du Mali (APCAM). Il peut prendre également attache avec les services techniques de l’Agriculture. Les fiches de demande ou les cahiers des charges sont disponibles au niveau des Chambres régionales d’agriculture et à l’APCAM.

Le bénéficiaire doit remplir la fiche de demande qui sera adressée au ministère de l’Agriculture. Une commission composée de différents membres du département, analyse les dossiers pour identifier les bénéficiaires avant de procéder à la distribution des équipements. Selon Hantlé Diarra, le nombre de gros équipements programmés varie entre 200 à 300 par an, suivant les campagnes et en tenant compte des besoins exprimés par les producteurs. Il ajoute que pour la campagne agricole en cours, la subvention porte sur 225 tracteurs qui ont fait l’objet d’appel d’offres.

Malgré la pertinence du programme, sa mise en œuvre rencontre des difficultés, souligne-ton à la DNGR. Il s’agit, entre autres, de la lenteur dans l’attribution des équipements et du retard dans la livraison des matériels par les fournisseurs. «Si nous programmons pour cette campagne agricole normalement, au plus tard au mois de juin, les paysans doivent disposer des équipements pour pouvoir labourer. Dans la réalité, tel n’est pas le cas.

Même pour cette campagne, certains équipements ne sont pas encore disponibles et les dossiers des autres sont en cours de traitement», déplore-t-on. On note également que la plupart des équipements agricoles subventionnés sont importés. Au Mali, le tissu industriel n’est pas bien développé. Nos artisans locaux qui fabriquent les petits matériels ne sont pas éligibles aux marchés publics. Les appels à concurrence, selon les spécifications, portent sur des équipements industriels et non artisanaux.

LE PROJET INCLUSIF VOLE AU SECOURS DES PRODUCTEURS- Les artisans locaux qui font de l’assemblage ou du bricolage ne peuvent pas accéder à ces marchés. Donc majoritairement, les équipements agricoles sont importés de la Chine où les prix sont moins chers par rapport aux pays occidentaux. Il y a aussi le fait que nos artisans locaux ne peuvent pas satisfaire aux exigences du marché compte tenu de leur quantité de production liée à leur surface financière.

Le président de l’Interprofession de la filière anacarde du Mali (Iprofam), Dr Ibrahim Togola, confirme que son groupement a bénéficié des subventions en équipement, du projet de financement inclusif des filières agricoles (Projet Inclusif) en 2020. Selon lui, la subvention était constituée de matériels de transport de noix de cajou dans l’objectif d’accroître les capacités de résilience des petits producteurs face aux effets de la maladie à coronavirus.

À l’en croire, les matériels que l’interprofession de la filière anacarde a bénéficiés, étaient composés de 60 tricycles motorisés, 120 charrettes et ânes et de 300 appareils de traitement phytosanitaire. à propos de la qualité de ces matériels, ces équipements qui ont été fournis aux acteurs de la filière anacarde sont de bonne qualité, témoigne Dr Ibrahim Togola, en citant les témoignages des bénéficiaires. Ils ont permis aux acteurs de bénéficier d’un appui important à un moment où ils ne s’y attendaient pas.

L’année 2020 a été une année difficile pour les producteurs, car la maladie à coronavirus les a beaucoup affectés (producteurs, commerçants et transformateurs). Cela s’est traduit par une baisse des prix de vente de la noix, due à l’arrêt des activités d’exportation, déplore le président de l’Interprofession de la filière anacarde du Mali.

Concernant l’attribution de ces équipements, Dr Ibrahim Togola explique qu’il n’y a pas eu de difficultés majeures, car les choses étaient structurées entre le projet, les fournisseurs et les bénéficiaires. La répartition s’est bien déroulée au niveau de son organisation, s’est félicité le patron d’Iprofam. Le processus d’allocation n’a pas été contraignant pour les acteurs. Les critères étaient bien objectifs et incitent les organisations à se structurer davantage et à être efficaces dans leur gestion.

Notre requête auprès du directeur des finances et du matériel du ministère du Développement rural pour obtenir des précisions sur le montant annuel accordé à la subvention des équipements agricoles, est restée sans suite.

Makan SISSOKO

Source: L’Essor