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Contenir les manœuvres de positionnement des uns et des autres pendant un dernier mandat n’est pas chose aisée, il faut en convenir. Et ce n’est pas le président Konaré qui dirait le contraire, lui dont l’ultime législature dut affronter plusieurs crises tournant toutes autour de sa succession, vue par les autres et vue par lui-même.

C’est, d’ailleurs, de ces crises que naîtront des entrailles de la mère porteuse qu’est l’Adéma, et le RPM de Ibrahim Boubacar Kéïta peu avant la présidentielle de 2002, et l’URD de Soumaïla Cissé quand ce finaliste malheureux dut tirer les leçons de la défaite.

Toutefois, les soubresauts ne s’enchaînèrent qu’à dix-huit mois de la fin du dernier mandat de Konaré. Le propos ne saurait donc être ici de conseiller aux candidats supposés et réels d’aller prendre une sieste jusqu’au coup de starter du palais. Ce genre d’armistice, au demeurant, manquerait de réalisme puisque la démocratie, par essence, reste un lieu de compétition et de proposition.

Gare à sonner le tocsin trop tôt pourtant. Le danger qui peut en résulter est la dispersion des efforts qui ne serait pas acceptable en cette période de grands défis. Notamment, de la part de ceux des gouvernants supposés y penser en se rasant, parce que la seule priorité qui vaille est de remédier au stress économique actuel du pays et d’essayer de protéger celui-ci de l’onde de choc de la crise financière internationale. Sur ce point, Modibo Sidibé a beaucoup de gages à donner. Il n’a dit à personne qu’il est le candidat naturel, le dauphin, ou le mieux placé pour la succession.

Mais, au sein de la classe politique comme parmi les citoyens ordinaires, il passe pour l’élu. Et si en plus l’on mesure qu’il a été sous Konaré le seul ministre à avoir tenu dix ans, l’on peut craindre (ou espérer, c’est selon) que le « beau ténébreux  » ne s’arrête en si bon chemin. Il a de qui tenir et de quoi tenir (un peu plus de ressources et bien plus de culture et d’expérience administratives que la plupart des candidats de la même génération qui regarderaient dans la même direction que lui.

Mais lui regarde t-il à ce stade, dans cette direction ? Le doute est permis. Sans appareil politique, il ne peut miser que sur son bilan de Premier ministre et sa longévité à ce poste. Ce qui n’est pas donné d’avance. D’autant qu’on le sait par les fuites médiatiques, l’homme n’est pas accueilli partout par des roses. Il le sait et arme en conséquence sa communication. Il lui faudra, ce faisant, faire attention à la sur-réaction et sous cet angle, il nous semble qu’un défilé de majorettes pour saluer le succès de l’initiative riz est trop précoce et qu’au bout du compte, les paramètres fiables de l’évaluation résideront dans le prix du riz bien plus tard dans l’année et dans les statistiques d’importation de cette denrée.

Si les données objectivement analysées à ces moments-là sont encourageantes, alors, il n’y aura aucun doute que le Mali émergent appelé de ses vœux lors de sa Déclaration de Politique Générale est plausible. Et aucune adversité, ne devrait, le cas échéant, empêcher les Maliens de saluer le PM pour y avoir cru dans l’incrédulité générale.

A contrario, que les prévisions ne soient pas réalisées dans l’absolu, prêteront à quelques railleries. Mais sans plus, parce que l’initiative est louable, volontariste et reste la seule réponse aux aléas de la mondialisation. L’autre lauréat de la palme du soupçon, c’est Dioncounda Traoré, président de l’Assemblée nationale depuis près de vingt mois et récemment reconduit président de l’Adéma par les péripéties que l’on sait.

Un cumul qui ne plaît pas partout et qui peut valoir son pesant d’or le moment venu. De surcroît Dioncounda n’est pas n’importe qui et son parti n’est pas n’importe quoi. Le mathématicien sera septuagénaire en 2012 et il en aura, notamment à l’Adéma dont toutes les turbulences l’ont épargné. On a même dit «que toutes les crises se sont servies de lui», non pour le recaler mais le propulser toujours plus avant.

Il a donc un instinct de survivant et ce n’est pas rien. Cerise sur le gâteau, il le nouveau patron de l’Adéma, un parti à ramener à ses justes proportions certes comme les élections de 2002 et 2007 l’enseignent, mais tout de même le parti le mieux implanté, et sans lequel il est difficile pour n’importe quel candidat d’être élu. Il est incontestable que certains des propos tenus par Dioncounda Traoré à l’entame de ce mandat d’ATT peuvent être interprétés comme une façon de dire au Président «merci et au revoir».

Mais à y regarder de près, il ne serait pas honnête d’interpréter ces propos comme la preuve de sa candidature pour 2012. Celle-ci ne peut pas être exclue, et est même envisageable si les choses restent en l’état. L’explication peut également et cela est plus grave, résider dans les erreurs structurelles de communication de l’intéressé. On se souvient, en effet, des propos surréalistes qu’il a tenus sur le Sahraoui au…Maroc, et ces jours-ci, à la faveur de sa conférence de presse du samedi dernier, des piques personnelles et des révélations peu adroites sur les affaires de son parti et sur certains de ses camarades.

Reste que plus que les propos de Soumana Sacko, candidat sauf miracle, la semaine très médiatisée de Soumaïla Cissé à la faveur du tournoi UEMOA de football, les caravanes du Mouvement citoyen, c’est le comportement de l’Adéma et de son président qui peut remettre en campagne le pays à peine sorti des élections.

Adam Thiam

14 Novembre 2008