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Le président fuyard nous laisse pour tout héritage une sale guerre
Le F.D.R. nouveau dans sa composante majoritaire l’y a aidé, qui fut la conscience de ce putschiste. Pardon, de cet UBU «qui n’a fait que parachever…». Nuance.

Une défaite ? D’un chef d’Etat sans doute, le plus piètre. Tout le monde savait qu’il représentait par lui-même le handicap de son pouvoir. Mais aussi la berezina de ce F.D.R., où se côtoient hélas le bon, la brute, le truand.

Le F.D.R. d’aujourd’hui, ce n’est pas une gauche ordinaire, civilisée, convenable, façon Seydou Badian, Amadou Djicoroni, Oumar Sory Ly, Alpha, IBK, Aly, Tiébilé, Aminata Dramane, Bintou Sanankoua, Malamine Gakou, Bakary Pionnier, Professeur Diop, Ousmane Sy, Maître Demba Diallo, Cheick Oumar Sissoko, Zou, fidèle à des idéaux, ceux de Marx, Lénine, Mao, Jaurès, Castro, Mandela, Mitterrand, N’krumah, Modibo, général Soumaré, Lumumba, Neto, Cabral, Ibrahima Ly, mais une caste brute, incandescente, sauvage, gloutonne, parasite, qui ne réussira plus jamais à remonter seule la pente, (CEDEAO, Alassane, Boni Yayi au secours) à rattraper son impressionnante faillite, qu’en renouant perfidement avec une rhétorique injurieuse et diffamatoire, un tapage effréné, une philosophie déboussolée et un égocentrisme que les soubresauts de notre histoire récente avaient fait remiser dans les poubelles de l’Etat de non-droit.

Faire du patrimoine et non de la fratrie le ciment de la nation, promouvoir le dénigrement, le terrorisme intellectuel, l’achat des consciences, des voix, des plumes, des suffrages, des diplômes, des fonctions, placer la corruption à tous les niveaux de l’activité humaine, en bordage indépassable de l’horizon de nos ambitions, idéaliser la médiocrité et la servilité, personne ne l’avait fait au Mali avant eux.
Un président fuyard dont le bilan dans tous les domaines est tellement négatif, incarnait cette musique, ce folklore, cette rhétorique, ce plombage des forces vives, s’affublant des 2/3 des suffrages, sanctifiant l’esprit de défaite et la résignation des hommes et des femmes épris de progrès, de patriotisme.

Et de manière indécente, pour la première fois depuis notre indépendance, le rejet de la souffrance et de la misère, de l’illettrisme, de la déprédation foncière, du manque d’hôpitaux ne s’est pas investi dans le Modibisme comme en 1960, dans le CMLN comme en 1968, dans la Transition comme en 1991, mais se retrouve dans un discours et des écrits de régression sociale qui ne font que décalquer et absoudre celui qui, au centre d’une crise majeure, a mis le pays en pièces détachées et a permis aux forces laudatives de liquider ou anesthésier celles de l’avenir .

Principale leçon du 22 Mars 2012 donc : les tenants d’un système en faillite sont en passe de se maintenir à flot en mobilisant en leur faveur une partie de la rage suscitée par leur système, à l’aide de l’Etranger. Et cela, en proposant, pour en sortir, pour s’en libérer en vue de leurs renaissance et perpétuation non pas de se projeter en avant, mais de retourner le plus loin en arrière.

Pourquoi se le dissimuler ? Ils ont été, ces partis, tellement incapables, tragiquement incapables de s’ouvrir aux aspirations légitimes qu’ils ont lénifiées, qu’au scrutin terrifiant de 2007, celui à l’occasion duquel les lâchetés, les bassesses, les combinazione, les crapuleries, ont révélé par leur généralisation et leur banalisation, la profondeur de la faille morale qui balafre sinon notre pays, au moins sa couche qui se croit supérieure- ce quota institutionnel- ils ont tant lacéré les valeurs, martyrisé les convictions, humilié les militants, déchiqueté les principes, piétiné les combats, accepté de devenir des laquais de choix, plus encore que de nécessité, et atteint un tel niveau de servitude volontaire qu’ils ont accepté de s’auto dissoudre dans leur propre bain rance.

On aura tout vu, tout entendu : des ascensions spectaculaires, des promotions pittoresques, des enrichissements supersoniques ; des médias aux bottes furent propulsés par le président fuyard comme autant d’étendards dont il s’appropria sans complexe.

Placer des valeurs et des principes au- dessus de ses propres intérêts politiciens, cela relève de la haute trahison, de l’aigreur sociale, de la restauration, de la gourmandise, de l’extrémisme, de l’anarchie, de la félonie, de la confusion idéologique, du mouton noir. Tu parles !
Ceux qui, le temps d’un scrutin, larguèrent leurs valeurs et leurs principes pour obtenir un ministère, un poste de direction, une circonscription électorale achetée, une impunité, sont des héros, comme ceux qui ont fui ou vendu leurs partis pour des strapontins dans les «grands partis» au pouvoir. Tout sauf l’opposition.

Quelles leçons les tenants d’un progressisme de confort, réenracinés dans leur arrogance par le soutien d’une CEDEAO désinformée à dessein ont-ils tiré des débâcles en cascade d’une armée qu’ils ont désarmée ? Surtout ne pas s’émanciper d’une logique qui ne marche que pour une caste minoritaire.

A la moindre velléité de s’en libérer, ou de s’en éloigner on a donné un nom : Vous avez dit tous ensemble pro-putschistes ? Comment des partis d’avant-garde, divers, de fidélité ont-ils pu à ce point s’engouffrer, se dégrader, se laisser convertir au culte d’un bélître, roi d’une pétaudière ?

Et pourtant, notre démocratie était riche de la pluralité et souvent de la pertinence de ses voix, de ses luttes. Elle se transforma en une simple chambre d’écho. Elle ne parla plus, puisque la parole incarnée en président s’était arrogé le monopole du verbe. Elle récita, et des récitations préenregistrées.

Sous Modibo, des Jean-Marie contestaient des orientations du Grand Modibo. Sous Moussa, on put être Alpha. Sous Ne Win de Mopti, de Saboussiré et de «l’Azawad», même les anti-Néron, s’avouassent-ils ainsi, en privé, scandaient en chœur que jamais la bouffe n’avait été aussi délicieuse. D’où la violence posthume de leurs vomissements. Des indexations tonitruantes et mensongères comme des trophées, dans la presse et sur le Net.

Ce qui se paye aujourd’hui dans les intestins carabinés, c’est qu’on a tout ingurgité : la chair et l’os, le zig et le zag, le fric et les frasques, le face et le pile, l’endroit puis l’envers, la négation puis la négation de la négation, le sens, puis le contresens et le sens interdit.
Par excès d’amour pour soi, et de mépris des autres, on rampe après la CEDEAO, l’U.A, l’ONU, l’Internationale socialiste désinformées et inhibées tour à tour à souhait, pour frapper son frère, livrer ses filles, abaisser son pays.

Après un trimestre de disette ministérielle, il se verrait bien tout seul dans un «Gouvernement d’union nationale». Si l’union se fait avec lui sans les autres, par lui seul, le F.D.R. s’en contenterait.
Ils ont plus faim que Jamais. Vous avez dit assassins, complices, commanditaires de régicide ? C’est peut -être la clé du nouveau fast-food, la louche de la nouvelle soupe. Bon Appétit. Un peu plus, ils sacrifieraient leur président. Courage, fuyons. En marche arrière. Dans l’ordre et le désordre.

Me Mamadou GAKOU, Avocat à la Cour

L’Inter de Bamako du 25 Juin 2012