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Le syndicalisme, au sens moderne du terme, dans notre société, commença véritablement à la fin de la 2e Guerre mondiale avec l’acquisition pour tous de la citoyenneté française.

Avant cette date, avec le régime de l’indigénat et des travaux forcés en vigueur dans les colonies françaises d’Afrique, il n’était question pour aucun travailleur des colonies de revendiquer quelque droit que ce soit. Les journées de travail étaient démesurément longues et les salaires trop bas sans que le travailleur put protester parce que son statut de sujet de l’Empire français ne lui en donnait pas le droit.

Toutefois, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, des syndicats se créèrent chez nous sous l’égide de deux principales centrales syndicales de la métropole : la CGT et la Sfio. Pendant des années et cela jusqu’à l’indépendance en 1960, les syndicats du Soudan furent sous l’influence des deux grands syndicats métropolitains qui eux-mêmes obéissaient aux ordres du Parti communiste français (PCF) et du Parti socialiste (Sfio).

Cette conjoncture favorable permit de créer des syndicats dans les principales branches d’activités : administration générale, éducation, santé, douane, etc. Ces divers syndicats s’allièrent aux partis politiques dominants pour faire aboutir la revendication politique et nationaliste de l’indépendance en 1960. Il s’avère donc que dès 1945, le syndicalisme et la sphère politique fonctionnèrent comme des vases communicants dans la mesure où les acteurs des deux secteurs peuvent aller sans grande difficulté d’un bord à l’autre.

L’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), créée en 1960 de la fusion des divers syndicats de la période coloniale, fut presque un syndicat au service du parti politique US-RDA qui mit d’ailleurs sur les fonts baptismaux en 1960. Le régime étant à parti unique de fait, l’UNTM fut le seul syndicat autorisé de 1960 à 1968 et c’est ce qui explique que dans cette période il n’y eut ni grande grève ni mouvement de revendication salariale de grande ampleur. Le coup d’Etat de novembre 1968 supprima d’ailleurs cette centrale syndicale et on peut considérer que de 1968 à 1974 il n’y eut aucune vie syndicale du Mali.

Le syndicalisme dans le secteur privé fut toujours un fait mineur dans ce pays en raison de l’orientation socialiste de l’US-RDA qui s’opposa au développement considérable du privé. En conséquence le syndicat du privé furent toujours timorés et jouèrent rarement un rôle politique.

En 1974, avec le secteur du pays à une vie constitutionnelle normale, mais surtout à partir de 1978 avec la mise en place effective de l’UDPM, l’UNTM put renaître de ses cendres mais cette fois-ci comme caisse de résonance du parti unique constitutionnel. Ses secrétaires généraux étaient soigneusement choisis par les instances dirigeantes du parti afin de bien le surveiller et le mettre à la disposition du parti.

La plupart des responsables syndicaux de la période de l’UDPM (1974-1991) furent des hommes politiques à côté des hommes de l’appareil. En d’autres termes, le syndicalisme était non seulement le militant du parti, mais également son porte-parole dans le monde du travail. Le syndicat des travailleurs fut caporalisé sous l’UDPM comme le furent les organisations des jeunes et des femmes, l’UNJM et l’UNFM.

Mais le régime n’arrivant pas à donner satisfaction aux travailleurs sur le plan salarial (les salaires étaient trop bas et irrégulièrement payés) et à améliorer leurs conditions de travail, l’UNTM fut condamnée à se séparer du parti et à rejoindre le Mouvement démocratique qui luttait maintenant à visage découvert contre l’autocratie.

Les événements de mars 1991 sont ainsi considérés certes comme la lutte des travailleurs contre l’autocratie et la pensée unique, mais aussi celle des élèves et étudiants contre le même régime. Ceci explique la présence dans le Comité de transition pour le salut du peuple (CTSP) du secrétaire général de l’UNTM, Bakary Karambé et d’Oumar Mariko, celui de l’AEEM.

L’avènement de la démocratie en 1991 a accéléré et fait accroître la politisation du mouvement syndical en décrétant le pluralisme syndical dont la conséquence est la prolifération des syndicats, mais au service des hommes politiques et des partis politiques.

Facoh Donki Diarra

31 Mai 2013