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Une élection est une compétition entre plusieurs prétendants ou adversaires qui essaient de la gagner avec leurs propres moyens, mais selon les normes légales. En principe, les règles de cette confrontation sont précisées non seulement par la Loi fondamentale, mais également par le code électoral et par la charte des partis.

Au niveau de l’organisation technique et administrative du scrutin, plusieurs structures sont impliquées, mais toutes sont coiffées par le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation tenant lieu de ministère de l’Intérieur. Au Mali, deux structures préparent l’élection en étroite collaboration avec le ministère de l’Administration territoriale : la DGE et la Céni.

Les candidats sont habituellement issus des rangs des partis politiques, mais il peut arriver qu’ils le soient en dehors de ceux-ci, autrement dit dans les cercles des indépendants généralement épaulés par des forces puissantes agissant dans l’ombre. Dans beaucoup de cas, la force principale du candidat réside dans sa formation politique par le fait que celle-ci ayant une implantation nationale, fait activer des structures en sa faveur.

Sur le plan financier également, les caisses du parti serviront à booster sa candidature et plus un parti politique est grand, plus il est riche et son candidat sera classé parmi les favoris. A contrario, le candidat d’un petit parti sera défavorisé par le fait que le parti a une faible audience et des moyens financiers si aléatoires qu’ils seront insuffisants à couvrir la campagne du candidat.

Ce manque de ressources financières conduit d’ailleurs certains partis politiques à ne pas présenter de candidat, au moins pour l’élection présidentielle et à se contenter de soutenir les candidats d’autres formations politiques. A côté de ce qu’on appelle la machine électorale du parti, il y a la personnalité du candidat lui-même qui selon qu’elle est forte ou pas peut être un atout ou un handicap.

Un candidat qui a fait ses preuves comme ministre ou comme député pourra facilement convaincre ses électeurs mais un nouveau venu sur la scène nationale aura de la peine à se faire adopter par le public. Il y a aussi le programme du candidat, c’est-à-dire la plateforme électorale qu’il expliquera à ses électeurs et qui est généralement le résultat d’un travail collectif abattu par le parti à travers ses commissions de travail.

La consistance de ce programme peut aussi aider à mobiliser les foules en faveur d’un candidat si celui-ci bénéficie déjà d’un préjugé favorable. Mais les programmes politiques les plus clairs et les plus réalistes sont ceux-ci qui mobilisent le plus les électeurs qui, chez nous, sont majoritairement analphabètes.

Les croyances religieuses et spirituelles ont-elles aussi une grande place dans les élections de chez nous à cause de notre histoire et de l’organisation même de la société. Notre culture mélangeant les éléments de la religion traditionnelle avec ceux de l’islam et du christianisme accorde beaucoup d’importance au surnaturalisme. Par ce terme, il faut entendre la croyance aux phénomènes que la raison seule ne peut expliquer et le recours à des forces surnaturelles pour leur impulsion.

Les marabouts et les féticheurs étant considérés comme les meilleurs interprètes de ces forces surnaturelles, sont fortement courtisés en période de campagne électorale. Les candidats, en dépit de leur formation universitaire occidentale leur font appel qu’ils y croient ou non.

Dans le cas actuel du Mali, il serait suicidaire pour un candidat de méconnaître les compétences de ces forces obscures parce que les électeurs majoritairement y croient et souvent se laissant guider par les leaders religieux qui, souvent, donnent des consignes de vote. Le résultat de tout cela est que la période de la campagne électorale est une période faste pour les charlatans, les marabouts et les géomanciens même si leurs recettes sont souvent inefficaces à faire passer un candidat au 1er tour.

En tous les cas, leur popularité est si grande en période de campagne électorale que beaucoup de leurs collègues des campagnes quittent leur habitat pour venir s’établir en ville et récolter l’argent des candidats. Il n’y a pas un seul candidat qui n’ait pas son marabout, son féticheur ou son géomancien. Dans l’esprit de certains candidats, la victoire est impossible sans l’implication de ces gens-là.

La grande différence entre la campagne électorale de chez nous et celle des pays d’Europe réside sans doute dans l’importance que nous accordons aux forces surnaturelles mais certaines sources, celles de France notamment, affirment aussi que de plus en plus certains Européens croient en ces choses-là et parmi ces croyants des leaders politiques.

Facon Donki Diarra

19 Juillet 2013