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Dans nos sociétés traditionnelles, les morts sont enterrés dans les cimetières situés le plus souvent à l’ouest du village et ne disposant pas de clôture dans bien des cas.

Toutefois, dans le cas des grands chefs traditionnels (chefs de village ou de société d’initiation), en zone rurale, l’enterrement a eu lieu soit dans l’un de ses champs villageois, soit dans l’enceinte même de la concession familiale, au pied d’un mur ou d’une palissade. Les cimetières de chefs n’existent pas dans toutes les localités et la règle générale semble être l’enterrement dans le cimetière communautaire, à charge pour les descendants du défunt d’aménager le tombeau comme bon leur semble.

Lorsque le tombeau est récent, pour éviter qu’il ne soit visité par les cochons dans les villages où cet élevage existe, ou défait par les taureaux au cours de leurs bagarres, on prend soin de le faire entourer par un petit buisson d’épineux ou par des tas de pierres assez difficiles à soulever. De même que le cimetière villageois n’est pas ordinairement clôturé, il ne dispose pas non plus d’un gardien, mais reste sous la vigilance de toute la communauté, si bien que les gens sont hésitants à y pénétrer les jours où il n’y a pas d’enterrement.

Dans tous les cas, le tombeau, au village, est un simple trou rectangulaire creusé en fonction de la taille du défunt, dans lequel on le fait coucher avant de le recouvrir de terre après l’avoir mis dans un linceul représentant généralement une bande de tissu ou d’étoffe. Dans les temps anciens et jusqu’au début du XXe siècle, on usait d’une planche de figuier (su toro) pour couvrir le mort dans le tombeau et avant de faire descendre la terre sur lui ; cette habitude a évolué, l’influence de l’islam aidant, vers l’utilisation systématique des briques en banco que l’on pose de façon inclinée sur la partie où repose le corps.

Le mobilier funéraire, à la ville comme à la campagne, est relativement pauvre parce qu’en dehors du linceul le mort n’apporte rien avec lui. En tous les cas, dans nos sociétés traditionnelles, il n’est question ni de caveau familial comme chez les Occidentaux, ni de mausolée, encore moins de Pyramide ou de sépulture somptueuse sauf peut-être dans la société sénoufo où l’on utilise des chambres funéraires spéciales comparables aux hypogées gréco-romains. Il faut aussi noter que le choix de l’emplacement du tombeau est libre, mais décidé par le chef de famille ou l’homme en remplissant la fonction.

La place du tombeau n’est pas achetée à l’avance comme c’est le cas en Europe et il n’y a pas non plus de services des pompes funèbres comme en Occident, plus particulièrement dans les grandes puissances capitalistes où l’incinération est prévue pour les gens qui n’ont pas pu s’acheter un tombeau de leur vivant.

Les mausolées de la région de Tombouctou sont certainement dus à la longue présence de l’islam dans cette zone et probablement aussi à l’existence de nombreux saints (333 en tout selon certaines chroniques locales) ayant disposé de sépulture particulière sous forme de mausolée, c’est-à-dire de monument funéraire de grande taille avec une architecture particulière rappelant sommairement la vie du défunt.

La notion de profanation des sépultures, c’est-à-dire le fait de les ouvrir et de s’emparer des ossements pour les disperser, fut peu présente dans nos sociétés traditionnelles à cause de la grande peur qui entoure le phénomène de la mort. De façon générale, le cimetière inspire la crainte et le respect à cause du grand mystère qui entoure la mort. Les gens n’y vont que pour se recueillir devant les tombeaux, généralement ceux des parents, et écoper de leurs bénédictions parce que l’idée est largement répandue que même après les parents sont utiles à cause précisément de leurs bénédictions.

Il y a toutefois des tombes qui sont parfois saccagées par des gens de peu de foi pour recueillir un morceau de linceul avec lequel les charlatans, les marabouts et autres géomanciens prétendent pouvoir faire les miracles. Mais qu’il s’agisse d’une simple sépulture où d’un mausolée, le fait de le profaner est indigne de la part d’un musulman ordinaire, à plus forte raison d’un leader religieux.

Facoh Donki Diarra

Les Echos du 18 mai 2012