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A l’instar de l’exploitant agricole qui, pour avoir de bonnes récoltes, doit préparer quelques mois à l’avance sa tenure ou du candidat qui doit s’y prendre à temps pour réussir à son examen ou à son concours, un match de football, pour être remporté, nécessite une bonne préparation physique et psychologique.

Il n’est certes pas loin le temps où dans les rencontres footballistiques une grande place était accordée à la chance (et au hasard), mais aujourd’hui, aussi bien les joueurs que les dirigeants sportifs croient de plus en plus qu’un match de football se gagne avant et pendant la rencontre, c’est-à-dire sur le terrain.

Les premières rencontres de football ont été des affrontements entre amateurs jouées presque sans préparation et évidemment sans obligation de résultat. Les équipes ne s’entraînaient presque pas et dans beaucoup d’entre elles, c’était le joueur le plus âgé ou le plus influent qui dirigeait l’effectif aussi bien sur le terrain qu’au-dehors.

Cette situation a duré jusqu’à l’organisation des premières coupes du monde dans les années 1930 en Amérique Latine où une rupture est intervenue avec l’apparition d’hommes chargés d’aider les joueurs à gagner leur match. La professionnalisation naissante des équipes, la volonté pour elles de gagner les rencontres avaient posé l’exigence de recruter des techniciens du football appelés entraîneurs.

Au départ, ce n’était pas un métier, mais un emploi temporaire qui n’exigeait aucune formation particulière mais seulement de l’expérience et c’est pourquoi les premiers entraîneurs furent d’anciens footballeurs ayant fait localement ou internationalement leurs preuves avant de raccrocher les crampons.

Ce n’était donc pas un métier qui offrait des millions comme aujourd’hui, mais des amateurs qui, en dépit d’une riche carrière, se contentaient des éloges de la part de la direction des clubs, des remerciements des supporters et de la portion congrue financièrement quand il y en avait.

Mais très rapidement, cette tendance va s’estomper avec l’irruption sur l’aire de jeu des financiers et des industriels qui s’intéressent au football et le financent à coup de millions. Le football se métamorphose alors et devient un deal dans lequel tout le monde peut avoir de l’argent à défaut de s’enrichir : joueurs, dirigeants de clubs, techniciens, etc.

Dans cette phase, les entraîneurs ont le beau rôle parce qu’ils sont considérés comme aussi – sinon plus – importants que les joueurs. D’autant qu’ils ont quitté l’amateurisme pour le professionnalisme avec l’ouverture des centres de formation et d’apprentissage pour entraîneurs de haut niveau censés faire des miracles.

Dans ces centres sont enseignées presque scientifiquement toutes les techniques du jeu moderne avec un matériel adéquat accompagnant les explications de formateurs eux aussi issus des meilleures écoles de Planète Foot.

Désormais sur le terrain, rien n’est laissé au hasard, l’entraîneur ne pouvant se tromper avec ses méthodes hautement scientifiques, la défaite de l’équipe ne peut s’expliquer que par le mauvais temps (des conditions atmosphériques défavorables) ou par des erreurs d’arbitrage.

L’apparition des entraîneurs spécialisés va changer le visage du football, car de par la pratique on en vient à comprendre et s’en convaincre que l’entraîneur, même s’il ne joue pas sur le terrain, peut faire gagner le match à condition de lui faire confiance et de lui laisser les mains libres.

Et vu qu’ils sont de plus en plus sollicités, que la mentalité est installée que sans eux il n’y a ni bonne équipe ni victoire sur le terrain, les entraîneurs sont devenus chers et placent la barre très haut lors de leur recrutement.

Si ceux d’Afrique sont encore modestes, leurs homologues d’Europe et d’Amérique latine par contre arborent une mine de grands seigneurs qui fait que ce n’est pas n’importe quelle équipe qui peut les approcher, surtout s’ils ont déjà fait gagner une coupe de quelque importance ou sont arrivés à faire gagner un championnat à l’équipe qu’ils entraînent.

A côté d’eux le salaire des entraîneurs d’Afrique ressemble à des miettes parce que là aussi joue le complexe de supériorité de l’Européen avec l’idée que sans un bon coach originaire d’Europe, l’équipe ne peut pas faire de résultat.

Il est vrai que quelques-uns, une petite poignée, sont arrivés à donner raison à cette croyance, mais les 3/4 d’entre eux sont venus faire le tour des stades africains, ont ramassé leur magot et sont repartis calmement les poches pleines, laissant nos peuples dans la faim de la victoire.

Face à cette situation, la tendance est de se rabattre sur les techniciens locaux jusque-là dévalorisés au profit des Occidentaux et encore ne s’agit-il que des rares qui ont convaincu avec leur passé et leurs résultats.

Non seulement, ils coûtent moins cher que leurs collègues moins qualifiés qu’eux pourtant, mais en outre ils connaissent le milieu et les joueurs plus qu’eux et sont condamnés pour ainsi dire au résultat.

Au Mali, on a vu des entraîneurs croupions entretenus dans des hôtels de luxe pendant des années, mais qui n’ont fait que conduire l’équipe nationale au désastre avant de s’envoler dans leur pays en nous narguant.

De leurs piètres prestations, nos autorités sportives, complices de leur médiocrité, n’ont eu de choix que de se satisfaire du fiasco, les ayant recrutés par copinage et en sachant de quoi cela retournait.

Tout comme dans le jeu où la priorité n’est plus forcément aux joueurs professionnels évoluant dans les championnats européens ou arabes et qui nous reviennent exténués lors des rencontres internationales où ils déçoivent, dans le recrutement des entraîneurs, la préférence n’est plus aux Européens dont les plus médiocres, ceux qui chôment nous sont proposés.

On se dirige donc de plus vers le recrutement des techniciens locaux, mais il semble que le gros problème avec ceux-ci soit leur manque de fermeté à l’égard des dirigeants sportifs qui leur font faire du n’importe quoi en leur imposant des joueurs médiocres à bout de souffle dont on aimerait seulement qu’ils soient alignés pour l’honneur de la famille.

S’il est vrai que l’entraîneur doit chercher à monnayer ses services et ses compétences de façon honorable, cela ne doit pas être pour lui une manière de chercher un fonds de commerce dont l’expérience prouve à chaque fois qu’en tant que bien mal acquis, il profite peu à son propriétaire qui, de ce fait, n’a de cesse de courir de stade en stade à travers les continents parce que plus moniteur du football que maître.

Facoh Donki Diarra

11 Juillet 2008