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Le député est une création de la démocratie occidentale, plus précisément de certains pays européens comme la France et la Grande-Bretagne qui ont fait l’expérience des révolutions violentes dont l’issue fut la proclamation de la République. Il est né de la nécessité de faire représenter le peuple, dans toutes ses composantes, au niveau supérieur de l’élaboration des lois devant compter pour tout le monde.

Toute la multitude ne pouvant être convoquée sur une place pour prendre des lois comme cela se faisait à Athènes au IVe siècle avant J.-C., on a imaginé aux 18e et 19e siècles, ce type de représentation nationale par voie de délégation du pouvoir pour permettre au peuple de dire son mot dans l’élaboration des lois.

Dans les siècles antérieurs aux 18e et 19e, le système de la représentation nationale n’existait pas parce que la plupart des pays européens étaient des monarchies (soit constitutionnelle, soit de droit divin) où le roi et sa cour prenaient les lois au nom de la nation tout entière.

En Afrique, de façon générale et plus particulièrement au Mali, aucune organisation de ce genre ne fut conçue pour la gestion des affaires publiques et la règle dominante fut de gouverner en s’appuyant sur son clan et avec l’aide de quelques conseillers dont beaucoup étaient d’ailleurs des hommes de caste (griot ou forgerons selon les zones).
En Occident même le pouvoir législatif a mis du temps à s’implanter et à se faire accepter parce que les 3/4 des régimes politiques étaient de nature aristocratique et n’en voulaient pas.

Le système ne devint vraiment une réalité qu’au début du 20e siècle quand les révolutions firent tomber les monarchies en Europe occidentale et après 1945 dans les autres pays.

Dans les colonies françaises d’Afrique, les députés apparurent pour la première fois à la fin du second conflit mondial comme pour remercier les colonies d’avoir contribué à libérer la métropole du joug nazi. De 1945 à nos jours, le Mali a régulièrement voté pour élire des députés sauf pour la période dure du CMLN (1968-1978) où les militaires supprimèrent le pouvoir législatif et dirent n’avoir pas besoin d’Assemblée nationale pour gouverner.

Sous l’UDPM (1979-1991), le Mali eut certes une Assemblée nationale, mais selon les opposants à ce régime, celle-ci fut une chambre d’enregistrement qu’un Parlement véritable dans la mesure où les députés, issus du parti unique constitutionnel, n’étaient élus que pour cautionner l’action gouvernementale.

Cette période se distingua surtout par la pauvreté des débats à l’hémicycle et l’absence totale de député d’envergure et, tout compte fait, ce qui rend célèbre un Parlement, c’est-à-dire l’éloquence de ses membres, lui fit cruellement défaut à cause de l’inculture de ses députés choisis plus pour leur fidélité au parti que pour leurs compétences intrinsèques.

La IIIe République, en principe a produit des députés légèrement différents de ceux de la IIe, en ce sens que ses élus sortent d’une compétition réelle alors que ceux d’avant étaient soit nommés, soit désignés et n’étaient là que pour applaudir le prince et son clan. Sous la IIIe République, en principe, pour être élu député, il faut être militant d’un parti politique et crédité d’un patriotisme éprouvé et d’une probité morale et intellectuelle reconnue sans compter le profond engagement dans la gestion des problèmes de proximité.

Parce que le rôle du député, c’est en plus le contrôle de l’action gouvernementale, tâche qui est plus théorique et aléatoire que réelle, mais également le dégagement des goulots d’étranglement du voisinage. Ainsi élu, le député n’est plus un citoyen ordinaire, il bénéficie notamment de ce qu’on appelle l’immunité parlementaire, c’est-à-dire un ensemble de protection destinées à le mettre à l’abri des poursuites judiciaires et policières (sauf cas de force majeure), de même que les tracasseries administratives.

De la même manière, dans le but de lui donner les moyens de faire correctement son travail, l’Etat consent à lui verser un salaire et des indemnités à hauteur de sa mission parce qu’on juge que dans le besoin il peut montrer des insuffisances. Il tire sa légitimité du fait qu’il est élu au suffrage universel direct, mais par une partie seulement de la population, ce qui le met en retrait du président de la République qui non seulement est élu au suffrage universel direct, mais par tout le pays réel.

En dépit des marques d’attention signalées plus haut, certains députés bifurquent et oublient complètement les électeurs qui leur ont permis d’être à Bagadadji, s’offrant par l’enrichissement un train de vie princier qu’en fin de mandat et non reconduits, ils ne peuvent plus assurer et se mettent dangereusement au bord de la démence.

De 1992 à ce jour, un seul grand parti politique, l’Adéma, domine la scène politique nationale et représente au moins la moitié des élus à l’Assemblée nationale à chaque législature. L’Adéma domine la vie politique nationale de ce pays, tantôt seule, tantôt en alliance avec d’autres formations politiques comme ce fut le cas en 2002 et en 2007.

Mais depuis 2002 cette situation est en train d’évoluer avec l’avènement des indépendants qui deviennent de plus en plus nombreux et polluent l’atmosphère politique avec l’idéologie de l’opportunisme qu’ils diffusent et qui permet aux candidats à la députation de prendre la direction du vent avant de s’inscrire sur les listes.
Plus grave encore, depuis 1997, l’argent a investi l’arène des élections et le magot du candidat, plus que la ligne politique du parti, le fait élire.

La suite, on la sait : plus on est riche, plus on a des chances de devenir député un jour, même quand on est un crétin et, moins on est nanti, même bardé de diplômes obtenus à Paris ou à Varsovie, moins on a de la chance de parader à Bagadadji.


Facoh Donki Diarra

13 Mai 2008