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On peut considérer que le vote n’est pas d’origine étrangère chez nous puisque selon certaines sources orales, le 1er empereur de Ségou, Biton Coulibaly aurait été désigné, parmi d’autres prétendants, à l’issue d’un vote spécialement organisé pour cela. Le matériel électoral était constitué de bâtonnets figurant les candidats dans lesquels un garçonnet appelé pour départager les concurrents, devait opérer un choix.

Aux termes de cette opération, Biton aurait été proclamé empereur de Ségou. Mais toujours selon les mêmes sources, cette opération ne fut plus renouvelée dans la mesure où les autres souverains de Ségou arrivèrent au pouvoir par la voie héréditaire quand ce ne fut pas par la violence et les complots politiques.

Le vote lui-même représente une opération par laquelle les citoyens sont appelés à choisir entre différents candidats pour un seul poste, le plus souvent par la voie du suffrage universel direct. Il s’est installé dans notre société à la faveur de la colonisation française et plus précisément après 1945 à la fin de la 2e Guerre mondiale. Le passage de la IIIe à la IVe République française fut l’occasion pour une catégorie de colonisés, les évolués, de participer aux scrutins de 1945 et 1946 pour l’adoption de la Constitution pendant la IVe République et pour l’élection des députés à l’Assemblée nationale.

De cette date à ce jour, le vote fut régulièrement organisé dans notre société, soit pour élire le président de la République, soit pour le faire pour les députés et les conseillers municipaux et communaux, mais toujours au suffrage universel. Toutefois, en raison du contexte politique, le 1er président de la République du Mali ne fut pas élu au suffrage universel, mais par la voie de la désignation en tant que secrétaire général du parti majoritaire de l’époque, l’US-RDA.

Mais les députés du même régime le furent jusqu’à la dissolution de la chambre en 1966-1967 dans la foulée de la Révolution active. Durant d’ailleurs ce régime (1960-1968), le peuple malien vota peu en raison de la nature socialiste du régime qui se voulait populaire et totalitaire.

Le coup d’Etat militaire de novembre 1968 supprima le vote jusqu’en 1974 où pour se donner un vernis démocratique, le CMLN, dans l’optique d’un retour à une vie constitutionnelle normale, dut rédiger une Constitution, celle de 1974 et organiser un vote (référendum) pour l’adopter.

En 1974 donc, les Maliens renouèrent avec le vote avec à la clé des arrestations massives d’opposants (hommes politiques et syndicalistes) qui étaient contre l’adoption de la nouvelle Constitution qui créait un régime à parti unique constitutionnel. Dans cette dynamique, des élections présidentielles furent organisées en 1979 dans le cadre de la politique du parti unique constitutionnel et seul le secrétaire général du nouveau parti unique créé, l’UDPM, fut autorisé à se présenter.

Il le fit et fut élu avec plus de 99 % des voix. Des élections législatives furent organisées de la même manière avec la victoire éclatante de l’UDPM, aucune opposition n’étant reconnue. On constate que de 1974 à sa chute en 1991, l’UDPM, conformément à ses textes fondamentaux, organisa régulièrement des consultations électorales à son seul profit.

Son règne étant celui de la pensée unique, le Mouvement démocratique, qui aspirait au changement, dut lutter d’arrache-pied pour inverser la tendance et c’est ce qui se produisit en mars 1991. Avec l’avènement de la démocratie multipartite, étaient théoriquement finis les bourrages d’urnes de l’UDPM, les votes multiples, les tripatouillages des résultats et les scores nord-coréens.

Le régime démocratique installa un vote nouveau avec des règles précises et la multiplicité des candidatures, la liste électorale mise à jour et du matériel de vote que peuvent inspecter tous les partis politiques des premiers essais, ceux de 1992 et de 1997 semblèrent être un franc succès mais l’échéance de 2002 fit entrevoir déjà des dérapages avec la modification des résultats en faveur du candidat le plus mal placé.

Cette pratique ne cesse plus parce que les fraudes et les modifications de résultats continuèrent à entacher les élections. ATT fit la même chose pendant 10 ans, donnant au pays une façade démocratique sur fond de fraude, de corruption, de mal gouvernance et de laisser-aller.

Le vote d’avril 2012 aurait été la continuation du même système de tricherie et de mensonge qui aurait encore installé au sommet de l’Etat une bande de voleurs et de pilleurs des deniers publics pendant 10 ans encore.

Facoh Donki Diarra

08 Juin 2013