Partager

Le territoire actuel du Mali est issu de plusieurs découpages administratifs intervenus sous la période coloniale selon les activités de l’administration d’occupation et portant de ce fait des noms différents dont le dernier fut le Soudan français. Les conquérants français, ayant détruit les formations politiques antérieures, se virent contraints d’organiser à leur manière les espaces vaincus et de les administrer selon les vues de la IIIe République, le régime le plus long de l’histoire de la France contemporaine.

Dans les années 1920, à l’issue d’un dernier réaménagement administratif le nom de Soudan français fut donné à la colonie du Haut Sénégal-Niger, notre pays, qui le garda jusqu’à la loi Gaston Defferre de 1956, laquelle loi le fit évoluer vers la République soudanaise à partir de 1958 à l’issue de l’installation de la Communauté franco-africaine du Général De Gaulle. Le pays, en gros, garda ses frontières de 1924, celles du Soudan français qui fut toutefois amputé de la partie de Bobo-Dioulasso au profit de la Haute-Volta (Burkina Faso) et une partie du Sud au bénéfice de la Côte d’Ivoire.

Les responsables politiques de l’US-RDA, soucieux de conduire le pays à l’indépendance dans la paix et désireux d’éviter d’inutiles affrontements territoriaux avec les colonies voisines, acceptèrent ces restrictions décidées en partie par la France. En 1960, à l’indépendance, le Mali représentait le territoire le plus vaste de l’ancienne AOF avec cependant moins d’habitants en population et moins de réalisations économiques héritées de la métropole.

Le territoire ainsi conçu se divisait en deux grandes parties : les 2/3 au nord mais, désertiques et l’autre 1/3 au sud bien arrosé et favorable à l’agriculture et à l’élevage. Dans sa Constitution de septembre 1960, le Mali souscrirait au principe de l’intangibilité des frontières héritées de la période coloniale inscrit dans la charte de l’OUA en 1963. Les débats de cette organisation autour de la question des frontières avaient abouti à ce consensus pour éviter des revendications territoriales au nom de l’histoire, qui pouvaient nuire à l’unité du continent et mettre en danger la vie de l’OUA.

Le Mali de 1960 était en fait un pays enclavé n’ayant aucun débouché sur la mer mais disposant de beaucoup de frontières, les unes aussi longues que les autres et très difficiles à contrôler pour un pays aux ressources limitées comme le nôtre. Le pays a en effet des frontières avec pas moins de 7 pays : Sénégal, Mauritanie, Guinée, Côte d’Ivoire, Algérie, Burkina Faso, Niger. Les 5 premiers ont chacun une façade maritime que le Mali utilise souvent dans ses échanges mais les deux autres sont aussi des pays continentaux et enclavés comme le nôtre. La multiplicité des frontières cause d’énormes problèmes de contrôle et de circulation des personnes et de leurs biens.

Mais plus que cela, c’est la continentalité qui retarde le développement économique du pays par l’absence d’un grand port maritime assurant les échanges commerciaux avec le reste du monde. Pour pallier cette absence de débouché maritime, les autorités du pays sont obligées de négocier avec leurs homologues des pays disposant d’un port : Sénégal, Côte d’Ivoire et Guinée. En outre, le pays ne dispose que d’une ligne de chemin de fer datant de la période coloniale : le Dakar-Niger qui lui permet d’avoir accès au port de Dakar.

L’Etat manquant de moyens humains et financiers aux frontières, est souvent obligé de laisser passer les contrebandiers avec les produits prohibés comme les drogues et les armes. La porosité des frontières nuit donc grandement à la santé de l’économie nationale par l’inondation du marché intérieur par les produits étrangers et cette situation représente un énorme manque à gagner pour les finances du pays.

Le caractère vaste, ajouté à d’autres facteurs liés à la souveraineté nationale, conduisit les responsables politiques à mettre sur pied dès 1960 une armée nationale, (le Mali est avec la Guinée les deux pays de l’ancienne AOF à l’avoir fait), chargée de la défense du territoire et de son intégrité en même temps qu’elle assure la sécurité des citoyens et leurs biens.

Le Mali de 1960 était un pays multiracial comprenant plusieurs groupes ethniques de culture et de religion différentes. Cette diversité incita les dirigeants de l’US-RDA, la formation politique qui conduisit le pays à l’indépendance, à mettre l’accent sur le caractère unitaire de la nation malienne, l’inviolabilité de ses frontières issues de la colonisation et le caractère laïc de sa population. De 1960 à ce jour, cette intégrité a pu être préservée en dépit de la récurrence des mouvements rebelles au nord qui tantôt sont d’ordre économique (1963 et 1991), tantôt à caractère irrédentiste (2006 et 2012). Face à cette situation, le Mali emploie souvent des moyens militaires, parfois des moyens pacifiques par la voie de la négociation et de la diplomatie.

Facoh Donki Diarra

02 Mars 2012