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Le Mali a connu, de 1968 à 1974, un régime militaire musclé appelé Comité militaire de libération nationale (CMLN) qui passa le relais en 1976 à un parti unique constitutionnel baptisé Union démocratique du peuple malien (UDPM).

L’un et l’autre furent des régimes hautement autoritaires, mais sous des formes différentes et avec des hommes quelque peu différents. Il faut dire que de 1963 à 1988 le Tiers-monde se couvrit de régimes militaires venus au pouvoir par la voie du coup d’Etat qui, dans bien des cas, fut accompagné d’assassinats politiques quand ce ne fut pas l’exil pour les dirigeants déchus.

Le Mali, en novembre 1968, avait cédé à la tentative du coup de force et se laissa gouverner par un régime militaire très dur qui, contrairement à ses promesses, ne fit rien pour l’amélioration des conditions de vie et de travail des populations.

Au contraire, la situation s’était si dégradée à tous les niveaux que sous les pressions de la communauté internationale et des luttes internes, le régime en place avait accepté de s’ouvrir aux civils et de mettre en place un régime dirigé certes par la bourgeoisie militaire, mais aidé par les cadres nationaux, les grands commis de l’Etat notamment.

Officiellement, l’UDPM naquit en juin 1974, mais dut attendre 1979, le temps que les militaires règlent leurs comptes entre eux, pour commencer à fonctionner en tant que parti. Ce parti unique ainsi créé fut conçu sous la forme d’un grand parti comme il en existait un peu partout à l’époque dans le sillage des coups d’Etat militaires et des complots politiques. Le fait n’était d’ailleurs pas nouveau puisque l’US-RDA que les militaires avaient renversé, avait fonctionné comme un parti unique pendant plusieurs années.

Mais, ses dirigeants savaient qu’à l’intérieur comme à l’extérieur, il avait des opposants et que le parti ne mobilisait qu’une infime partie de la population. De plus, aucune mesure coercitive n’était envisagée pour amener les citoyens à adhérer au parti dont les responsables se satisfaisaient de la faible mobilisation pour sa cause. L’UDPM, au contraire, avait le projet de dépasser ce cadre et de mobiliser tout le peuple de ce pays.

C’est pourquoi, le parti était déclaré national et populaire et ne tolérait aucune opposition ni contestation. Il avait été créé sur le modèle des grands partis politiques uniques de l’époque dont le type achevé était représenté par le Parti communiste de l’Union soviétique (PCUS) et le Parti communiste chinois.

En tant que tel, la primauté du parti sur l’Etat était puissamment affirmée, c’est-à-dire que le parti coiffait l’Etat et toute l’administration étant aux ordres du parti dont le programme de développement – quand il en avait – était celui du gouvernement et de la nation tout entière – Parti de masse, tous les citoyens, à l’exclusion des anciens dirigeants de l’US-RDA, étaient ses militants et payaient de gré ou de force les cotisations pour le faire fonctionner.

Dans les principes fondateurs, aucune opposition de quelque nature que ce soit, n’était prévue et les citoyens qui prenaient le risque de contester les décisions du parti couraient droit à la prison et au bannissement politique. Les choix du parti étaient ceux de l’Etat et avaient force exécutoire pour tout le monde. Aucun fonctionnaire, aucun travailleur ne pouvait accéder à des postes de responsabilité ni être nommé à des emplois supérieurs s’il n’était un grand militant du parti.

Les députés, les ministres et les directeurs nationaux étaient censés être les militants de premières lignes du parti. Dans ces conditions, la peur de la marginalisation malgré la compétence et la valeur intrinsèque a poussé dans les bras de l’UDPM des cadres valeureux de ce pays qui, pourtant, ne partageaient pas sa vision monolithique des choses.

Sur le plan de la doctrine économique, l’UDPM développa la thèse de l’économie nationale indépendante et planifiée. C’était d’autant plus curieux et aberrant que scientifiquement, en économie, on ne connaissait alors que deux voies de développement qui avaient fait leur preuve : le capitalisme et le socialisme.

Mais, l’UDPM, ainsi que quelques partis uniques de cette époque, croyant sans doute innover, proposa sa propre vue de développement économique. Il est vrai qu’au même moment, certains partis uniques parlaient de socialisme africain alors que d’autres encore énonçaient la thèse de l’authenticité et, tout cela, pour cacher leurs échecs économiques.

En ce qui concerne l’UDPM, son économie nationale indépendante et planifiée ne servit qu’à promouvoir le clan de son secrétaire général et quelques cadres nationaux. Le peuple, sous son règne, fut mis de côté et les revendications salariales des travailleurs considérés comme une insulte au pouvoir et matées comme telle.

Le parti ne parvint jamais à mobiliser le peuple malien et, en 17 ans d’existence (1974-1991), la contestation, malgré les apparences, fut plus présente dans ses rangs que la cohésion véritable parce que pour beaucoup de gens, ce n’était rien d’autre que le CMLN rechemisé et remis au goût du jour.

C’est pourquoi, l’insurrection l’emporta comme un feu de paille en 1991 sans que personne, même pas ses cadres, eût le temps et les moyens de la défendre.


Facoh Donki Diarra

08 Mai 2009