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En 2002, pour toute la communauté internationale, le Mali avait accompli pacifiquement l’alternance politique après avoir réussi la promesse d’organiser des élections libres et démocratiques. Le processus électoral conclu en avril 2002 avait permis à un indépendant, un militaire à la retraite, de battre tous les candidats de la classe politique et de succéder au premier président démocratiquement élu de la IIIe République.

L’ahurissant dans cette élection fut que presque tous les partis politiques se coalisèrent pour le porter en triomphe au détriment de leurs propres candidats et d’avaliser, à sa suite, un programme politique qui n’existait pas en vérité. Dans toute l’histoire politique de la sous-région, c’était bien la première fois qu’on voyait un homme affilié à aucun parti politique parvenir par cette voie au sommet de l’Etat.

Il est vrai que le promu avait contribué à la chute de Moussa Traoré dont il avait été le chef de la garde et qu’il avait dirigé avec une certaine réussite la transition démocratique de 1991 à 1992 et permis l’élection d’Alpha Oumar Konaré. Il est tout aussi vrai que de 1992 à 2002, en 10 ans, la classe politique s’était dangereusement décomposée et divisée en plusieurs groupuscules cherchant chacun sa vie mais incapables individuellement pris, de faire le poids devant un candidat d’envergure.

L’autre aspect de la question à prendre en considération est que la liberté est, certes, donnée au peuple de voter mais le choix du chef de l’Etat se fait ailleurs, dans les chancelleries occidentales. Dans ces conditions, le candidat qui ne plaît pas aux institutions de Bretton Woods ou à l’Union européenne a peu de chance d’être élu, même s’il est populaire.

Le scénario de 2002 ressembla à s’y méprendre à un complot ourdi contre le peuple malien et sur le dos de la classe politique qui ne sut pas réagir à temps contre la forfaiture. La division de la classe politique permit ainsi de prétexte au plébiscite d’un indépendant qui affichait son mépris des partis politiques après avoir déclaré quelques années plus tôt qu’il ne se présenterait pas à l’élection présidentielle de 2002.

Contre le malheureux candidat de l’Adéma qu’il affronta au 2e tour après la mise à l’écart d’Ibrahim Boubacar Kéita pourtant annoncé vainqueur du scrutin, Amadou Toumani Touré enleva la mise et devint ainsi le 2e président de la IIIe République. La classe politique qui l’avait rallié soit au début soit à mi-parcours se rendit vite compte qu’il n’était pas manipulable à souhait et avait non seulement ses gens à lui mais également sa propre vision de la politique.

Les élections législatives qui avaient suivi la présidentielle avaient donné à l’Adéma et au RPM un nombre suffisant de députés pour permettre à l’un de ces deux partis politiques de revendiquer la Primature. Le nouveau président ignora leurs préoccupations et choisit son chef du gouvernement hors des partis politiques en la personne de M. Ag Hamani qui fut par ailleurs un ancien ministre de Moussa Traoré.

Non seulement ATT viola le fait partisan à cette occasion, mais également la formation de son 1er gouvernement se fit de la même manière, c’est-à-dire que les ministres, appelés ministres de la République, furent choisis indépendamment de leur appartenance à tel ou tel parti politique.

Le ministre dans le gouvernement d’ATT ne représente que lui-même théoriquement en fonction de sa compétence intrinsèque et des services qu’il peut rendre au pays. Dans les faits, on assista à un développement sans précédent du clientélisme et du copinage puisque des individus affiliés à aucun appareil politique et qui ne s’attendaient pas à faire partie d’un gouvernement le furent au nom de la nouvelle formule politique du consensus ATT, s’attachèrent à partir de 2002 à expérimenter cette nouvelle formule dite du consensus qui était en fait la négation du fait majoritaire et de la démocratie tout court.

Celle-ci, qu’elle soit parlementaire ou présidentielle suppose l’existence d’une majorité et d’une opposition pour fonctionner. Le consensus d’ATT avait la volonté politique de mettre d’accord tout le monde, y compris les plus opposés politiquement et idéologiquement. En rejetant toute forme d’opposition et en recrutant ses ministres un peu partout, le consensus apparut, aux yeux de beaucoup de Maliens, comme l’autre face du parti unique par la propagation qu’il faisait de la pensée d’un seul homme et de son clan.

Ayant pris les partis politiques en aversion pour des raisons personnelles, ATT s’appuya sur une nébuleuse appelée Mouvement citoyen et qui regroupait tous ceux qui voulaient faire des affaires à ses côtés et réaliser de gros bénéfices. Les cadres du Mouvement citoyen, ayant perçu la faille du système, s’attelèrent à vouloir lui donner un contenu, mais ne purent réaliser ce vœu parce que comme l’économie nationale, indépendante et planifiée de l’UDPM, le consensus était creux et ne permettait en rien le développement économique et social du pays.

Facoh Donki Diarra

18 Juin 2010